Le travail indépendant en pleine mutation en Europe

Travailleurs indépendants dans un espace de co-working [Kzenon]

Le travail indépendant se diversifie en Europe, et touche de plus en plus de types d’activités. Une petite révolution qui pose des questions en matière de protection sociale.

En Europe, l’image du travailleur indépendant se renouvelle. Les réalités liées à ce statut se diversifient et le modèle du freelance séduit de plus en plus de métiers.

Par opposition aux travailleurs indépendants « traditionnels », les freelances n’ont « pas de fonds de commerce ou de licence, ne sont pas dans une profession réglementée [médecins, avocats, etc.] », a expliqué Laetitia Vitaud, spécialiste du futur du travail, lors d’une conférence organisée par Euractiv le 26 juin à Paris. « Ils choisissent de travailler directement avec les entreprises sans passer par la case « salarié » et refusent le lien de subordination. »

Si l’informatique et les professions créatives (designer, graphiste) ont été les premiers concernés, le modèle du freelance se répand dans de nouveaux secteurs, d’après Vincent Huguet, PDG de la plateforme MALT, qui met en lien travailleurs en freelance et entreprises. « Aujourd’hui des jobs de coordination dans le marketing, la communication, ou encore de chefs de projets, traditionnellement réservés aux salariés, peuvent être conduits par des personnes en freelance. »

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Autrefois associé au chômage et à la précarité, le statut de freelance serait aujourd’hui majoritairement choisi, selon un sondage mené par la plateforme auprès de ses utilisateurs, qui représentent toutefois un public bien spécifique. Pour 90 % d’entre eux, le travail en freelance résulte d’un choix.

Une tendance moins affirmée au niveau européen sur l’ensemble des travailleurs indépendants. D’après l’agence européenne Eurofund, 60 % des sondés auraient choisi ce statut, tandis que 20 % l’adoptent par nécessité.

De fortes disparités européennes

Tout comme au niveau français, les catégories bougent au sein de la population des travailleurs indépendants européens. Ce statut concerne aujourd’hui avant tout des « travailleurs à leur compte stables », présents surtout dans l’administration publique et les services.

En Europe, le travail indépendant est cependant encore loin de représenter la norme. L’agence européenne recense 32 millions de travailleurs indépendants au sein de l’Union, soit 14 % de la population active. Un taux stable depuis les années 2000, mais qui cache de fortes disparités.

« La situation est très variée entre les États membres, précise Max Uebe, chef d’unité à la DG emploi de la Commission européenne, sur la base des données de l’agence européenne. « Par exemple en Grèce, la part est plus élevée, 31 % des travailleurs étant indépendants, tandis qu’au Danemark où on trouve le chiffre le plus bas, elle est de 8 %. »

Sur la division travail choisi/subi également, « dans les pays nordiques le choisi est plus développé, jusqu’à 80 % » quand « dans d’autres pays tels que la Roumanie, le Portugal ou la Croatie, le côté subi se retrouve à des taux plus élevés. »

Plateformes et sécurité sociale

Ces différences tiennent notamment à la part de travailleurs indépendants « vulnérables » dans chaque pays. D’après Eurofund, ces derniers représentent 17 % du total des travailleurs indépendants dans l’Union. Alors que les Européens discutent d’un socle commun de droits sociaux, la question demeure celle de l’adaptation des modèles de sécurité sociale, « que nous avons inventé, plus ou moins tous en Europe, autour du salariat », rappelle Laetitia Vitaud.

Malgré des propositions de la Commission, notamment sur l’accès à la sécurité sociale des salariés et des travailleurs indépendants, les États membres peinent à se mettre d’accord sur un sujet hautement politique.

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Les acteurs du monde du travail indépendant pourraient cependant bien ne pas attendre leurs dirigeants. Plateformes et applications développent leurs services sur ces sujets, négociant directement avec les banques et assureurs.

« Toutes les missions qui passent par notre plateforme sont assurées en termes de responsabilité civile et professionnelle par AXA, explique Vincent Huguet. On veut aller plus loin et on est en train de travailler (…) avec un partenaire bancaire et de santé pour avancer sur la prévoyance. »

Autre exemple, la plateforme emblématique Uber a conclu un partenariat avec cette banque, ouvrant à ses chauffeurs VTC une assurance accident du travail et maladie professionnelle. D’après Clara Brenot, responsable des affaires publiques à Uber, la firme souhaite développer des services de formation et de reconversion professionnelles pour ses chauffeurs.

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