L’économie russe reste arrimée à l’or noir

Après deux années de récession provoquées par une baisse des prix du pétrole et les sanctions occidentales, la sortie de crise profite à Vladimir Poutine qui brigue un nouveau mandat. Mais cette embellie ne durera pas longtemps sans réforme structurelle.

La reprise économique en Russie tombe à point nommé pour Vladimir Poutine. Après un pic à 15 % en 2015, l’inflation est retombée l’année dernière à 3 %. Quant à la croissance, elle se remet doucement après le plongeon de -3,7 % en 2015. Ainsi, après une progression de 1,5 % en 2017, elle devrait atteindre 1,8 % en 2018.

Fin février les agences de notation ont relevé la note de crédit du pays et l’ont assortie d’une perspective stable. La note de S&P est ainsi sortie la catégorie spéculative. Un retour à la stabilité qui s’explique par le lien fort entre le rouble et le pétrole : la remontée de l’or noir est le principal responsable de cette éclaircie.

« La conjoncture joue en sa faveur, le relâchement de la politique budgétaire lui a permis de mettre en place des allocations pour enfants, des aides pour les ménages à bas revenus, et d’autres avantages facilités par la remontée des prix du pétrole », explique Dominique Fruchter, économiste à Coface, la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur.

Vladimir Poutine, maître incontesté en son royaume

La popularité de Vladimir Poutine, 18 ans après son arrivée au pouvoir, ne laisse planer aucun doute sur l’issue du scrutin en Russie le 18 mars prochain. Un engouement lié à une communication étudiée qui passe par la décrédibilisation systématique de tous les opposants.

 

Dépendance au pétrole

Si la montée des prix du pétrole donne une certaine marge de manœuvre à Vladimir Poutine, les Russes attendent désormais davantage de lui sur le plan économique.

Même si sa popularité ne faiblit pas, le président ne peut plus se reposer sur le succès de l’annexion de la Crimée ou sur les performances économiques de ses deux premiers mandats (2000-2008), où la croissance atteignait les 7 %.

« Il estime encore avoir une certaine marge, mais pas éternellement. Les Russes sont las de son activisme international, il va maintenant devoir agir sur le plan économique », affirme le spécialiste. « Il ne faudrait pas que les prix chutent à nouveau. S’ils restent au niveau actuel, il aura des moyens pour réformer, notamment le secteur manufacturier. »

La perspective des prochaines années reposera sur la capacité du pays à s’affranchir de la dépendance aux revenus pétroliers. Ils représentent actuellement 30 % du PIB et 50 % du budget de l’État. Par ailleurs, les comptes publics sont peu déficitaires – le déficit devrait tomber à 1,5 % en 2018 – mais sans les recettes liées aux hydrocarbures, le déficit public est de 7 % du PIB, selon la Coface.

Reste à savoir si Vladimir Poutine profitera de ces six prochaines années de mandat pour mettre en place des réformes en profondeur de l’économie. Dans son discours du 1er mars, il a montré que les réformes économiques et sociales étaient loin d’être sa priorité, se concentrant sur les questions militaires et stratégiques. Et la remontée des prix du pétrole devrait encore moins encourager le Kremlin à opérer des changements.

Environnement néfaste pour les affaires

En termes d’analyse des risques, la Coface donne à la Russie un B, c’est-à-dire que le risque est assez élevé pour le monde des entreprises.

Le monde des affaires souffre de l’interventionnisme étatique et de la corruption. Depuis son accession au pouvoir, Vladimir Poutine a développé une nouvelle sorte de capitalisme : celui du capitalisme d’Etat. Aujourd’hui, 70 % de l’économie russe est aux mains du gouvernement. « Ça pousse aux arrangements », commente Dominique Fruchter. « Tant que les chefs d’entreprise vont dans le sens du gouvernement, tout va bien, mais si ce n’est pas le cas, la justice peut s’attaquer à eux ».

Un climat qui provoque la méfiance des investisseurs, tant au niveau domestique qu’à l’étranger, quant à la pérennité de l’économie russe.

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