Les 28 et 29 mars 2006, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont vu des millions de travailleurs faire grève et manifester contre les réformes du marché du travail que les gouvernements respectifs de ces trois pays jugent nécessaires pour créer des emplois et favoriser la croissance.
En France, jusqu’à trois millions de travailleurs et d’étudiants ont manifesté contre le contrat première embauche, qui permet aux employeurs de licencier les moins de 26 ans au cours d’une période d’essai de deux ans sans donner de motifs.
L’Allemagne a connu une série de grèves ces dernières semaines en grande partie liées aux salaires. Cependant, la principale raison de ces manifestations est liée aux réformes du marché du travail comme le passage de l’âge de la retraite à 67 ans. Le gouvernement de coalition des chrétiens démocrates et des socio-démocrates est confronté à son premier conflit interne relatif à la mise en oeuvre de programmes facilitant le licenciement des travailleurs, qui ressemblent au contrat première embauche français mais ne comportent pas de limite d’âge. Selon les observateurs, le gouvernement Merkel pourrait subir davantage de pression si les parties concernées sortent de l’impasse actuelle sur ces réformes et lancent un débat public sur leur mise en oeuvre.
Le 28 mars 2006, la Grande-Bretagne a connu sa première grève depuis 80 ans avec environ 1,5 million de fonctionnaires manifestant contre une réforme du système de retraite qui, selon eux, les rend plus vulnérables à la pauvreté pendant leur retraite.
Réactions
John Monks, secrétaire général de la CES (Confédération européenne des syndicats), a déclaré que l'ensemble du mouvement synidical européen soutient la campagne des syndicats français contre le contrat première embauche. M. Monks a affirmé: "L'originalité du modèle social européen réside dans la capacité des négociations avec les partenaires sociaux. Or, en France, il s'est passé exactement le contraire: il n'ya pas eu de négociations".
Ernest-Antoine Seillière, président de l'UNICE, association des employeurs européens, a déclaré : "La stratégie de Lisbonne qui a été mise en place en 2000 pour moderniser l'économie européenne et a été recentrée sur la croissance et l'emploi l'année dernière, est la bonne stratégie. Mais la communication sur les réformes auxquelles les dirigeants européens se sont engagés lors des sommets précédents a été insuffisante. Par conséquent, nous soutenons pleinement le message de la Commission délivré lors du sommet de printemps 2006 : "il est temps de communiquer sur nos engagements [...] Les réformes les plus importantes doivent être réalisées à l'échelle nationale".
Contexte
Dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, les Etats membres de l'UE ont décidé d'adopter un certain nombre de mesures douloureuses comme le relèvement de l'âge de la retraite et l'introduction d'une plus grande flexibilité sur le marché du travail. 2010, date limite pour la mise en oeuvre de ces mesures, se rapprochant, et le chômage n'ayant diminué de façon significative dans aucun des grands pays européens, ces Etats sont confrontés à des difficultés de plus en plus importantes dans la communication de ces objectifs qui doivent désormais être atteints dans le peu de temps qui leur reste. Dans des pays connus pour leur forte tradition de dialogue social, les syndicats estiment qu'ils ont leur mot à dire au sujet des réformes du marché du travail.
Prochaines étapes
Le contrat première embauche français doit entrer en vigueur en avril 2006. Les syndicats ont annoncé une nouvelle journée de grève le 4 avril 2006.
Alors que le mouvement de grève des fonctionnaires allemands est terminé, les manifestations des médecins se poursuivent, et les metallurgistes d'Allemagne de l'Est viennent de se mettre en grève. Des manifestations de plus grand envergure touchant plusieurs secteurs pourraient être organisées lorsque le gouvernement présentera de nouvelles règles de licenciement déjà prévues.
En Grande-Bretagne, les manifestants ont fait savoir qu'ils poursuivraient leur action jusqu'à ce que le gouvernement retire son projet de réforme du système des retraites, qui doit entrer en vigueur en octobre 2006.
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