Les entreprises de télécommunications dans la course pour les paiements électroniques mobiles

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La semaine dernière, les trois premiers opérateurs mobiles britanniques ont demandé à la Commission européenne l’autorisation de s’associer dans le domaine du paiement électronique mobile. Cette requête est similaire à celle d’un consortium néerlandais, actuellement examinée par l’exécutif européen dans un contexte de concurrence grandissante à l’échelle mondiale.

La décision de l'exécutif européen quant à la création d'une entreprise commune britannique (le « Projet Oscar » présenté par Everything Everywhere, Telefónica UK (O2) et Vodafone UK) est très attendue par les entreprises concurrentes qui envisagent également ce type d'association.

Plusieurs consortiums en Allemagne, au Danemark, en Hongrie et en Suède souhaitent également développer des plateformes pour les paiements mobiles.

Dans le même temps, la Commission examine une proposition antérieure de création d'un consortium néerlandais, Travik, qui comprend un « paquet de six » mesures pour les paiements mobiles. L'examen de cette proposition a pris du retard suite à des obstacles réglementaires.

La Commission garde un œil sur le développement des systèmes de paiement mobiles et en ligne, car elle souhaite intégrer le marché européen. Elle a d'ailleurs lancé une consultation publique à ce sujet en janvier dernier.

La proposition néerlandaise encore à l'examen

Le consortium Travik, qui comprend KPN, Vodafone Netherlands, ainsi que des banques comme ABN Amro, ING et Rabobank, a été proposé fin 2010 et espérait être lancé cette année. Il a toutefois besoin de l'approbation de la Commission européenne.

Les entreprises souhaitent définir des spécifications techniques et commerciales, afin de développer des plateformes pour les paiements mobiles.  Il s'agit toutefois d'une période délicate, dans la mesure où la Commission prépare une consultation sur les paiements numériques et où la concurrence se fait plus forte à l'échelle mondiale.

Google a introduit son propre système de paiement mobile aux États-Unis et vise à présent l'Europe comme l'un de ses marchés internationaux.

La semaine dernière, un groupe de vingt détaillants, dont Wal-Mart et Target, a fait savoir qu'il était en train de développer son propre système de paiement mobile.

La concurrence internationale s'intensifie

Ces détaillants tentent de se faire une place dans un marché déjà très convoité. C'est notamment le cas de Citi, MasterCard et Sprint, tous en lice pour les paiements mobiles de Google. Une autre association fait actuellement l'objet de discussions. Il s'agit du consortium Iris, qui regroupe AT&T, T-Mobile, Verizon et depuis peu Barclays, Capital One et JPMorgan Chase.

Le groupe PayPal privilégie quant à lui une approche différente, avec un système fondé sur le numéro mobile et le code PIN.

Le consortium britannique estime que son entreprise commune pourrait offrir un « guichet unique » pour la publicité mobile, les paiements et d'autres services de règlement en ligne.

Les systèmes de paiement mobile, dont les portefeuilles électroniques, s'inscrivent dans le contexte de la consultation publique sur les paiements numériques lancée par la Commission et qui prendra fin en avril prochain (voir « Contexte »).

Ce secteur fait l'objet d'une concurrence croissante à l'échelle mondiale, alors que le marché des paiements en ligne explose. Selon certaines estimations, le marché des paiements mobiles en Chine devrait presque doubler cette année, par rapport à 2010. Le secteur chinois des paiements mobiles valait alors 2,9 milliards de RMB chinois (350 millions d'euros) et devrait passer à 5,2 milliards de RMB (625 millions d'euros) cette année, avec près de 212 millions de personnes effectuant des transactions mobiles.

Potentiel non exploité

Le marché des les paiements mobiles en Europe n'est pas complètement exploité, si on compare sa pénétration à la région Asie-Pacifique, par exemple. Selon les estimations de l'entreprise de recherche Gartner, l'Europe occidentale comptait 7,1 millions d'utilisateurs de paiements mobiles en 2010, contre 62,8 millions en Asie-Pacifique à la même période.

L'une des raisons expliquant la lenteur de la pénétration du marché en Europe est la très forte fragmentation du marché des paiements mobiles. Les acteurs clés du secteur (opérateurs de réseau mobile, prestataires de services de paiement, fabricants de téléphones mobiles) ne se sont pas encore accordés sur un modèle commercial viable permettant des solutions de paiement interopérables.

En conséquence, les mesures les plus importantes et les plus prometteuses en matière de paiements mobiles sont lancées en dehors de l'UE. Apple, Google et Visa ont d'ailleurs annoncé leur intention d'entrer sur le marché des paiements mobiles.

La consultation actuelle de l'UE sur les paiements numériques s'inscrit dans la volonté de définir un cadre pour les paiements mobiles, parmi d'autres types de paiement, afin de stimuler l'innovation européenne dans ce secteur.

En Europe, le volume du commerce en ligne représentait 141 millions d'euros en 2009 et devrait grimper à 190 millions d'euros d'ici 2014, estime la Commission.

En Chine, le réseau de paiements nationaux China Unionpay, ainsi que trois opérateurs de télécommunications majeurs et des acteurs tiers ont opéré des déploiements stratégiques pour les paiements mobiles. En outre, la pénétration rapide du réseau 3G et des smartphones dans le pays poseront des bases solides pour le développement des paiements mobiles.

Les opérateurs de paiements mobiles veulent que ces paiements soient effectués à partir de leurs téléphones, ce qui leur permettrait d'accéder aux activités de facturation et de publicité, en remplaçant les cartes de débit et de crédit par des applications et la possibilité payer par téléphone grâce à une technologie dite de communication en champ proche.

À propos de sa nouvelle association en matière de paiements mobiles, l'entreprise américaine Target a déclaré dans un communiqué : « Nous examinons les différentes options qui nous permettraient de fournir les services de paiements mobiles les plus rapides et sécurisés possibles pour nos consommateurs. »

« [La proposition de consortium britannique] devrait stimuler la concurrence en rassemblant des acteurs pertinents qui offriront une alternative crédible aux plateformes existantes de paiement en ligne et de publicité proposées par les géants américains de l'Internet », peut-on lire dans un communiqué du Projet Oscar.

En janvier dernier, la Commission européenne a lancé une consultation publique sur les paiements en ligne et mobiles visant à accélérer la création d'un marché européen intégré pour les paiements par carte, par Internet ou mobile et pallier le manque de concurrence dans ce secteur. Cette période de consultation touchera à sa fin le 11 avril prochain.

Cette initiative a été lancée en parallèle de la publication d'une communication sur le commerce en ligne qui prévoyait que le volume de cette activité soit multiplié par deux d'ici 2015.

Les paiements mobiles sont actuellement réglementés au niveau européen par la directive sur les services de paiement adoptée en 2007. Conformément à cette directive, les paiements ne dépendent plus d'un compte ouvert dans une banque précise et peuvent être effectués par le biais d'un éventail de moyens, tels que les entreprises de service public ou les opérateurs de téléphonie mobile.

Cette directive était accompagnée d'une révision de la directive Monnaie électronique, qui permettait de stocker de l'argent liquide via des cartes de paiement, des téléphones portables ou un compte Internet.

  • 11 avril 2012 : fin de la consultation européenne sur les paiements numériques.
  • Dernier trimestre de 2012/ Premier trimestre de 2013 : la Commission devrait présenter sa proposition de loi ainsi qu'un rapport d'analyse d'impact.

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