Les entreprises françaises se tiennent prêtes à faire leur entrée dans le métavers

Le géant du luxe LVMH propose son stand plusieurs expériences immersives.

Les entreprises françaises sont bien déterminées à se faire une place dans le métavers, mais avancent avec prudence, alors que tout reste à inventer.

Tout le monde veut son bout de métavers. L’engouement pour cette prochaine étape annoncée d’internet ne redescend pas et les entreprises françaises, réunies à l’événement VivaTech qui se tient à Paris cette semaine, ont placé cette édition du salon sous le signe de la réalité virtuelle, partie intégrante des futurs métavers.

Si Meta et d’autres acteurs de la tech étaient bel et bien présents, d’autres entreprises se sont fait remarquer pour les innovations qu’elles ont mises en avant.

Le géant du luxe LVMH propose son stand plusieurs expériences immersives. Il y est par exemple possible de visiter l’appartement virtuel de « Livi », le nouvel avatar du groupe pour promouvoir l’innovation, ainsi que d’essayer certains produits de plusieurs des marques du groupe grâce à la réalité augmentée.

Les retombées économiques pourraient bien être considérables pour les entreprises qui arrivent à transformer l’essai. Le marché pourrait rapporter jusqu’à 5 000 milliards de dollars d’ici à la fin de la décennie, à commencer par le secteur de l’e-commerce, dont l’impact sur le marché est estimé entre 2 000 et 2 600 milliards.

Le métavers pourrait générer 5 000 milliards de dollars d'ici à 2030

Le cabinet de conseil McKinsey & Company appelle les entreprises et les gouvernements à ne pas passer à côté des opportunités qu’offre le métavers, alors que le marché devrait générer jusqu’à 5 000 milliards de dollars pour l’économie d’ici à la fin de la décennie.

Signe que ce potentiel est pris au sérieux, les assureurs cherchent également à se positionner sur le marché du métavers.

« Le métavers, c’est un nouvel univers qui émerge. Et il nous parait nécessaire chez AXA d’y aller, de nous familiariser, de le comprendre vite, pour ensuite être parmi les premiers à en tirer parti », a déclaré à VivaTech Sophie Marian, responsable stratégie et innovation, précisant qu’il ne fallait pas surestimer l’impact que le métavers aurait à court terme, mais qu’il ne fallait pas non plus sous-estimer son impact sur le long terme.

Le métavers se cherche encore

L’engouement est « énorme » de la part des entreprises françaises, reconnaît Brahim Abdesslam, de la société de conseil Keyrus. « On est vraiment au tout début. Il y a beaucoup d’effets d’annonce et les cas d’usage réels sont encore à inventer », explique-t-il à EURACTIV.

« La prime sera vraiment à ceux qui sont capables à la fois de créer des choses innovantes, mais aussi rémunératrices et viables, au-delà du bling bling et du spéculatif », précise-t-il, tout en soulignant que la course était lancée.

« On n’a pas envie d’être celui qui est en train de créer son premier site alors que d’autres en sont déjà à bâtir leurs marketplaces », note-t-il.

Mais investir dans le métavers reste encore un pari sur l’avenir. « On a beaucoup de nos ingénieurs qui regardent ces technologies pour essayer de mesurer si elles sont suffisamment matures pour être utilisées dans nos solutions », explique à EURACTIV Arta Alavi, Chief Product Expert chez SAP, une entreprise allemande spécialisée dans les logiciels.

Verdict : la technologie ne l’est pas encore suffisamment pour être déployée à grande échelle

Selon lui, « le métavers n’existe pas aujourd’hui » et la partie « matériel » nécessaire à son avènement, comme les lunettes de réalité virtuelle, a encore besoin de beaucoup de développement avant de pouvoir être adoptée et utilisée par le plus grand nombre.

Si, pour le moment, l’heure est surtout à « l’acculturation » pour les entreprises françaises, selon M. Abdesslam, certaines entreprises espèrent bien tirer leur épingle du jeu.

C’est le cas de la start-up jungle VR, spécialisée dans la formation en réalité virtuelle et augmentée. Pour l’entreprise, il s’agit désormais de travailler à intégrer son offre dans le métavers, mais aussi à développer cette technologie dans la filière du gaming, porte d’entrée incontournable pour cette nouvelle étape d’internet qui bénéficie déjà d’une demande et d’une communauté forte.

« Nous allons essayer de rentrer par le jeu vidéo pour devenir un gros acteur du métavers », explique Florian Pons, CEO de jungle VR, à EURACTIV.

Timidité des pouvoirs publics

« Les pouvoirs publics ne s’y intéressent pas assez », regrette néanmoins M. Abdesslam de l’agence Keyrus, y voyant là « l’éternel problème » pour toutes les innovations technologiques. « Comme ils s’y intéressent souvent un peu tard, ils créent des lois qui ne sont pas forcément toujours très adaptées », explique-t-il, soulignant que l’« acculturation » est primordiale aussi pour les législateurs.

Cette timidité des décideurs politiques, en revanche, n’a pas que des inconvénients. L’absence de régulation « laisse le champ libre » à l’innovation, estime volontiers M. Abdesslam, dressant un parallèle avec le secteur des cryptomonnaies.

Lors de son discours pour sa réélection à la tête du pays, le président Emmanuel Macron avait appelé à se « battre pour construire un métavers européen ». Si la déclaration avait surtout donné lieu à un effet d’annonce, elle dénote une volonté du chef de l’État de mener la bataille de la souveraineté sur ce terrain.

L’objectif affiché ? « Permettre à tous nos créateurs, quel que soit d’ailleurs le champ culturel qui est le leur ou leur champ d’activité, de créer et de ne pas dépendre d’acteurs et d’agrégateurs anglo-saxons ou chinois, qui pourront totalement contourner sinon les règles aujourd’hui de respect des droits d’auteurs et du droit voisin », avait alors déclaré M. Macron.

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