Les eurodéputés écologistes exhortent la Commission à agir sur l’impact environnemental du numérique

« Il faut commencer par évaluer les conséquences du numérique sur l’environnement », explique l'eurodéputé écologiste David Cormand, cosignataire d'une lettre ouverte appelant la Commission européen à concilier efficacement transition numérique et enjeux environnementaux. [EPA/ETIENNE LAURENT]

Des législateurs européens issus du Groupe des Verts/Alliance libre européenne demandent à la Commission européenne de s’« assurer que la transition numérique favorise et n’entrave pas la transition écologique » dans une lettre ouverte, alors que la Commission doit présenter aujourd’hui (21 mars) sa proposition d’acte délégué portant sur la taxonomie verte.

« Il y a un présupposé dans l’esprit de la Commission qui part du principe que l’innovation numérique va naturellement de pair avec la transition écologique », regrette l’eurodéputé David Cormand, sollicité par EURACTIV France.

« Or, je pense que ce n’est pas le cas, et ça peut même être potentiellement le contraire », il ajoute.

Avec ses collègues du Groupe des Verts/Alliance libre européenne, il demande à la Commission européenne de « prendre des mesures pour limiter l’impact environnemental du secteur des TIC [technologies de l’information et de la communication, ndlr] » dans une lettre ouverte adressée à plusieurs commissaires européens.

Alors que la Commission européenne évaluait l’année dernière que le numérique représentait 5 à 9% de la consommation d’électricité mondiale et  plus de 2 % de toutes, M. Cormand appelle l’exécutif européen à pallier cet « angle mort » et à passer à la vitesse supérieure dans sa lutte contre ces « externalités négatives extrêmement néfastes ».

Cette invitative, que partagent ses collègues écologistes du Parlement européen, intervient alors que la Commission doit présenter aujourd’hui ses propositions en matière de taxonomie verte – et donc fixer les critères de ce qui peut être considéré comme durable ou non.

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Reporting non financier, Data Act et centres de données

La lettre ouverte attire particulièrement l’attention sur trois sujets. D’abord, les eurodéputés verts appellent l’UE à réviser la directive relative à la publication d’informations non financières. Le texte prévoit que les entreprises de plus de 500 salariés rendent compte « des performances, de la situation de l’entreprise et des incidences de son activité, relatives au moins aux questions environnementales ».

Or, les signataires reprochent à la directive de ne pas suffisamment encadrer les éléments qui doivent y figurer. « Actuellement, les rapports sur l’environnement sont souvent vagues et fragmentés, différentes entreprises utilisant des méthodologies différentes », peut-on lire dans la lettre.

« Il faut des critères d’évaluation objectifs et standardisés », précise M. Cormand. Et d’ajouter : « Aujourd’hui c’est le ‘Far West’, chaque entreprise fait un peu comme elle en a envie. »

A terme, une grille d’évaluation harmonisée permettrait de repérer les pratiques vertueuses, selon lui, et d’envisager des « conséquences » pour les entreprises qui ne respecteraient pas certains critères. « Il faut commencer par évaluer les conséquences du numérique sur l’environnement », explique-t-il.

Les eurodéputés souhaitent également que le futur Data Act permette à tous les acteurs de la transition écologique d’avoir accès à « tous les ensembles de données privés et publics essentiels au Green Deal, accessibles, normalisées et interopérables » pour soutenir « l’innovation durable ».

Enfin, ils soulignent l’impact environnemental « considérable » des infrastructures numériques, telles que les centres de données – ou data centres« Le fonctionnement et le refroidissement des centres de données nécessitent une une partie importante de nos ressources énergétiques, alors que la chaleur produite par les centres de données peut être réutilisée à d’autres fins circulaires, comme le chauffage des maisons », notent les signataires, insistant sur cette « promesse de circularité [qui] n’est actuellement pas souvent remplie ».

Ils souhaiterait des normes obligatoires « claires » lorsqu’il s’agit des data centres et exigent que la première mouture de la taxonomie présentée aujourd’hui doive « au minimum répondre aux normes des groupes d’experts techniques ». 

Les normes envisagées, d’après les documents préliminaires consultés par EURACTIV, fixent pour l’instant le seuil maximal du potentiel de réchauffement global (PRG) des réfrigérants utilisés dans le système de refroidissement du centre de données à 675.

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