Les eurodéputés français champions des activités parallèles

Le joueur de poker Antanas Guoga, membre de 18 conseils d'administration, déclare 200.000 euros de revenus mensuels en plus de sa rémunération d'eurodéputé.

Les revenus parallèles des eurodéputés posent question : certains élus, surtout à l’extrême-droite, développent des activités susceptibles d’aboutir à des conflits d’intérêt. Et le Parlement européen ne prend jamais la moindre sanction.

Les eurodéputés français de la mandature française remportent une drôle de palme au Parlement européen : celle des revenus complémentaires les plus importants. Sur les 30 eurodéputés ayant gagné le plus d’argent en dehors de leur salaire de parlementaire, on retrouve en effet 8 Français, selon Transparency International qui a compilé les données déclarées par les élus.

Les eurodéputés sont rémunérés de 8484 euros par mois, mais jusqu’à 12000 voire 14000 après impôts si l’on inclut les forfaits pour frais alloués sans justificatifs par le Parlement.

« Ce qui est marquant, c’est que les élus d’extrême-droite français ont profité de leur mandat d’élu pour accroître leur revenus extérieurs » souligne Daniel Freund, auteur de l’étude chez Transparency International.

Sur les 49 élus ayant démarré de nouvelles activités durant le mandat, 3 d’entre eux ont gagné plus de 100.000 euros par an par ce biais.

Le FN prend le Parlement européen pour une machine à cash

Le groupe du FN du Parlement européen, Europe des Nations et des Libertés, a le plus fort taux d’élus exercant une activité complémentaire, soit 54 %.

Contrairement à un ancien Premier ministre comme Guy Verhofstadt qui était déjà membre de nombreux conseils d’administration avant de devenir députés, ce qui lui garantit des revenus importants en plus de ceux de sa fonction politique, les nouveaux élus du Front national ont développé de nouvelles activités depuis. Sur les 24 élus en 2014 sur la liste Front National, dont 5 ont depuis quitté le parti, nombreux présentent des ressources en forte croissance.

C’est ainsi le cas de Jean-Luc Schaffauser, qui capitalise sur des activités de conseil pour une société installée à Dubai, pour 20.000 euros par mois. Ou encore Bernard Monot, qui gagne entre 5 et 10.000 euros par mois en tant que « cadre-économiste-financier ». On retrouve aussi Philippe Loiseau, qui cumule les fonctions de conseiller régional, conseiller d’agglomération, agriculteur et organisateur de chasses, ou Gilles Lebreton, qui ne déclarait aucun reven d’activités parallèles avant d’être élu, et qui en déclare désormais 60.000 par an.

Parmi les Français, c’est Renaud Muselier qui se hisse au plus haut du classement européen, arrivant à la 4ième place grâce à ses revenus de médecin ainsi que dans une société immobilière. Juste derrière, on retrouve Rachida Dati, maire du 7ième arrondissement, qui déclare 20.000 euros de revenus mensuels liés à ses activités d’avocat en sus de son salaire d’eurodéputé. Contactés par Euractiv, les deux élus n’ont pas souhaité réagir sur le sujet.

La situation la plus étonnantes est sans doute celle de l’Italien Renato Soru. PDG de l’opérateur Tiscali avant d’être élu, le député a abandonné sa fonction, pour devenir simple conseiller. Il a en revanche conservé sa rémunération de 30.000 euros par mois…

Cryptomonnaie, cannabis et poker pour le 2nd élu le plus rémunéré du Parlement 

Au total, les eurodéputés on déclarés 1366 activités parallèles, parfois non rémunérées ; mais elles concernent une minorité de députés, soit moins d’un sur trois. Le tiers restant cumule parfois un nombre impressionnant de mandats.

C’est ainsi le cas du grand gagnant concours des revenus, le Lituanien Antanas Guoga. Avec des revenus de 200.000 euros par mois mystérieusement extraits de son activité de banque de cryptomonnaie utilisant la technologie blockchain, l’élu fait grimper le revenu moyen de toute la représentation lituanienne au Parlement européen.

Le joueur de poker, déjà remarqué en 2014 sur Euractiv pour avoir recruté 27 assistants parlementaires, est aussi membre d’un nombre impressionnant de conseils d’administrations, pour des projets très variés.

Le Parlement européen s'interroge sur les assistants parlementaires pléthoriques

Les assistants locaux des eurodéputés sont parfois très nombreux, surtout chez les eurosceptiques, mais aussi en Pologne, Lituanie, Bulgarie et Roumanie. Une dérive à laquelle le Parlement européen veut s’attaquer.

Ainsi, il est membre du conseil d’administration et conseiller d’une société baptisée Grand Cannabis International, mais aussi des sites de jeux, de poker, ou une société de vêtements de sports. Contacté par Euractiv, l’élu précise avoir déjà déclaré un capital de 25 millions d’euros lors de son arrivée au Parlement européen.

Le comité d’éthique aux abonnés absents

Trois élus sont aussi membres de lobbys, comme la Chambre de commerce autrichienne ou la fondation Bertelsmann, où siège l’ex commissaire Viviane Reding. « Il est possible qu’ils ne tentent pas d’influencer leurs collègues » souligne, dubitatif, le rapport de Transparency, en rappelant que le code de conduite du Parlement européen interdit toute activité de lobbying de la part des eurodéputés.

Le code de conduite en question, mis en place après le scandale « cash for amendments » en 2011, n’a pas grande incidence sur le fonctionnement du Parlement. Aucun des 24 dossiers dont le comité d’éthique du Parlement européen a été saisi depuis 5 ans n’a fait l’objet de la moindre sanction, et les débats à huis clos laissent planer le doute sur ce qui se passe au sein de l’instance. Ainsi, la participation d’eurodéputés à l’observation d’élections en Azerbaidjan, lors de laquelle les élus avaient rédigé une tribune attestant de la  n’a fait l’objet d’aucune sanction.

Alerte aux conflits d'intérêt au Parlement européen

Le Comité consultatif du Parlement européen s'apprête à adopter des pénalités pour la première fois envers des eurodéputés. Avant de se pencher sur le cas de Rachida Dati, co-tête de liste pour les européennes en Ile-de-France.

«Lorsque des révélations sont faites, on demande simplement aux élus de mettre à jour leurs déclaration» souligne Transparency.

L’ONG souligne qu’aux Etats-Unis, tout revenu d’élu supérieur de 15 % à son salaire est directement reversé au budget fédéral, et les activités d’avocats, de banquiers ou de consultants sont interdites.

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