Les médias liés au Kremlin contournent les sanctions de l’UE, selon un rapport

Début mars, l'UE a introduit des sanctions économiques sans précédent à l'encontre de RT et de Sputnik, interdisant la diffusion et la propagation de leur contenu au sein de l'Union. [Shutterstock / Sergei Elagin]

Le contenu des médias d’État russes est toujours diffusé sur les réseaux sociaux, malgré les sanctions imposées par l’UE en mars, selon un nouveau rapport.

Le contenu produit par les organes d’information Russia Today (RT) et Sputnik, soutenus par le Kremlin, continue d’atteindre des utilisateurs dans l’UE, les réseaux sociaux parvenant à le bloquer avec plus ou moins de succès.

C’est la principale conclusion d’un rapport produit par le Disinformation Situation Center (DSC), une coalition récemment formée d’organisations de la société civile, dont HateAid et l’Institute for Strategic Dialogue, qui se consacrent à la lutte contre la désinformation russe liée à la guerre en Ukraine.

L’UE a introduit le 2 mars des sanctions économiques sans précédent contre RT et Sputnik, interdisant la diffusion de leur contenu au sein de l’Union, en réponse à ce que les responsables de la Commission ont décrit comme leur rôle « essentiel et instrumental » dans la facilitation de l’agression russe contre l’Ukraine.

RT et Sputnik interdits dans l’Union européenne

L’UE a imposé des sanctions économiques à deux médias russes contrôlés par l’État,Russia Today et Sputnik, pour leur rôle « essentiel et instrumental » dans l’agression russe contre l’Ukraine et la déstabilisation des pays voisins.

Bien que les quatre plateformes de réseaux sociaux couvertes par le rapport (Twitter, Facebook, Instagram et YouTube) aient toutes pris des mesures pour se conformer aux sanctions, le DSC a constaté que cela a donné lieu à des degrés de réussite variables, les deux médias russes ayant trouvé de nombreux moyens de contourner les interdictions.

Twitter a été le plus efficace pour identifier, désigner et bloquer les comptes et le contenu de RT, selon l’ensemble du contenu étudié par le rapport, qui n’est pas encore public.

La plateforme a également empêché que les retweets des messages de RT soient visibles en Europe et que des aperçus de son contenu puissent apparaître dans les tweets.

En revanche, les comptes de Radio Sputnik et de SNA, la branche allemande de Sputnik, sont toujours accessibles dans l’UE. La publication de liens vers un site proxy hébergé par RT Allemagne, l’une des entités juridiques visées par les sanctions, est toujours autorisée, bien qu’il ait été identifié et signalé comme un site de média affilié à l’État russe.

Bien que Facebook ait bloqué les pages des médias sanctionnés, le rapport conclut que la plateforme ne reconnaît pas et ne bloque pas les liens vers les sites proxy de RT, le contenu de RT hébergé sur d’autres canaux de réseaux sociaux, et le contenu visuel portant les logos de RT téléchargé par les utilisateurs.

Instagram et YouTube ont tous deux bloqué les comptes officiels de RT, mais les utilisateurs sont toujours autorisés à publier des liens directs vers les sites de RT Allemagne et de Sputnik, ainsi que du contenu provenant de ces sites.

La façon dont le contenu est diffusé a également changé depuis la mise en œuvre des sanctions. À cet égard, le rapport indique que les journalistes de RT et de Sputnik sont des vecteurs essentiels de diffusion.

Par exemple, la rédactrice en chef de RT, Margarita Simonyan, est citée par le rapport comme ayant joué un rôle clé dans la diffusion du contenu de RT depuis l’introduction de l’interdiction. Selon le rapport, au lieu de retweeter le contenu de RT comme auparavant, Mme Simonyan a commencé à en publier des copies textuelles, ce qui signifie que les textes et les contenus multimédias des médias sanctionnés étaient visibles dans l’UE.

Ses publications semblent également coordonnées, les copies apparaissant systématiquement d’abord sur le service de messagerie Telegram, puis, quelques minutes plus tard, sur la plateforme russe VKontakte, suivie de Twitter et de Facebook. Sur l’ensemble de ces comptes, Mme Simonyan est suivie par plus d’un million de personnes.

L’accent mis sur Telegram semble également être plus large au sein de RT. Selon le rapport, la plupart des informations partagées par M. Simonyan proviennent de collègues reporters de RT qui utilisent leurs propres canaux Telegram pour poster directement des informations sur la guerre.

Des tentatives ont également été faites pour empêcher les systèmes automatisés des plateformes de détecter les logos de RT en remplaçant le logo habituel par une variante transparente.

Ce que montre ce changement, conclut le rapport, c’est que quelques semaines après le début des sanctions, « RT n’avait pas seulement trouvé des moyens de contourner les sanctions ; elle avait effectué des changements qui lui donnaient plusieurs longueurs d’avance sur les régulateurs. »

D’autres failles dans la mise en œuvre des sanctions ont également été identifiées par la coalition, dont les VPN. Le principal site web international de RT reste accessible et a reçu en mars une augmentation de 50 % du trafic mondial par rapport aux niveaux d’avant-guerre.

Parallèlement, RT Allemagne continue de produire un podcast, qui, bien qu’ayant été bloqué par Google et Spotify, continue de publier ses derniers épisodes sur Apple Podcasts.

En ce qui concerne la lutte contre ces failles, un porte-parole du DSC a déclaré à EURACTIV qu’il s’agissait d’un bon exemple de ce qui est censé être pris en compte dans le cadre de la loi sur les services numériques (DSA), la législation phare pour réglementer le contenu en ligne qui a été approuvée par les colégislateurs en avril et qui devrait entrer en application dans les premiers mois de 2024.

« En attendant, elle relève du Code de bonnes pratiques contre la désinformation », a précisé le représentant du DSC, ajoutant que les entreprises qui se sont volontairement engagées à appliquer ces bonnes pratiques « ne le font pas toujours. »

Le Code de bonnes pratiques, lancé en 2018, fait actuellement l’objet d’un processus de révision, dont l’échéance avait été fixée au mois de mars mais a été repoussée en raison de la guerre.

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