Alors que les syndicats se sont réunis par milliers pour demander une augmentation des salaires face à la hausse des prix, les ministres européens des Finances ont averti que des hausses salariales excessives pouvaient alimenter la spirale inflationniste.
Même si les ministres et les responsables des banques centrales des pays de la zone euro ont déclaré qu’ils comprenaient les actions des manifestants dans la capitale slovène de Ljubljana, ils ont insisté sur le fait que maintenir les coûts de la main d’œuvre à un faible niveau serait « absolument décisif » pour maintenir l’inflation sous contrôle et défendre le pouvoir d’achat des travailleurs.
« Je peux très bien comprendre les revendications des syndicats », a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquín Almunia, après la réunion des ministres de l’Eurogroupe le 4 avril. Il a cependant souligné que les augmentations salariales « dépendront des gains de productivité » pour ne pas provoqué d’inflation.
En mars, l’inflation dans les 15 pays de la zone euro a augmenté à 3,5% – le plus haut niveau depuis l’introduction de la monnaie unique et un niveau bien supérieur à l’objectif de 2% de l’Union. Le ministre slovène aux Finances, Andrej Bajuk, a averti qu’il pouvait s’agir d’un problème à long terme. Il a déclaré que les changements auxquels nous assistons aujourd’hui semblent être chaque jour davantage de nature structurelle qu’une simple question de développement à court terme.
Les responsables des banques centrales estiment qu’augmenter les salaires à ce moment précis risquerait d’alimenter les pressions inflationnistes.
Les récentes hausses de salaires accordées aux travailleurs du secteur public en Allemagne ainsi que le système belge d’indexation automatique des salaires ont été vivement critiqués lors de la réunion au cours de laquelle d’autres Etats membres ont été appelés à ne pas mettre en œuvre de telles politiques.
En ce référant au réglement de la question des salaires en Allemagne, Axel Weber, l’un des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a déclaré que cette accord entraînerait des pressions considérables pour revoir les salaires à la hausse dans les prévisions et a ajouté que la BCE considérait que la situation est préoccupante.
Selon le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, imiter l’Allemagne serait une grave erreur.
Mais les syndicats ont critiqué les appels à la modération. « Les cadres supérieurs gagnent jusqu’à 300 fois plus que leurs travailleurs, dont 30 millions n’ont qu’un salaire de misère », a déclaré la Confédération européenne des syndicats (CES). Dusan Semolic, responsable de la Confédération slovène des syndicats, a fait savoir que l’organisation condamnait les menaces des responsables politiques, des ministres et des employés selon lesquelles augmenter les salaires aggraveraient l’inflation, tout en taisant les véritables raisons.
Les craintes inflationnistes impliquent que la Banque centrale européenne ne réduira probablement pas ses taux d’intérêt dans un avenir proche, malgré le ralentissement de la croissance économique causé par la récente crise des marchés financiers internationaux.
Les perspectives économiques moroses pour 2008 ont pesé sur la réunion, où les ministres des Finances ont accepté d’accroître la coopération dans la gestion des futures crises des marchés et de renforcer la supervision du système bancaire de l’UE.

