Les PME françaises privilégient les délocalisations au sein de l’UE

63 % des petites et moyennes entreprises (PME), qui ont délocalisé leur activité, ont privilégié l’Union européenne selon une récente enquête de l’Insee. Un article de notre partenaire La Tribune.

Désindustrialisation, fermetures de sites, suppressions de postes, inscriptions à Pôle emploi. Les entreprises qui procèdent à des délocalisations sont régulièrement pointées du doigt pour avoir laissé des salariés sur le carreau. Le dernier plan social programmé chez General Electric a de nouveau placé ce phénomène au cœur des débats. « Nous demandons au gouvernement de stopper ce scandale, ce carnage qui n’a d’autre but que de délocaliser l’activité hors de France et qui n’est aucunement une adaptation au marché », a récemment déclaré le délégué syndical CFE-CGC, Philippe Petitcolin, d’après des propos rapportés par l’AFP.

Pour autant, il existe peu d’études récentes qui mesurent vraiment la réalité de ce phénomène en France. Pour tenter de remédier à ce flou, les services de l’Insee viennent de sortir une enquête documentée qui révèle que 1,9 % des PME de 50 salariés ou plus ont délocalisé au moins une de leurs activités entre 2014 et 2016. La taille de l’établissement peut avoir une incidence sur les délocalisations. Ainsi, les entreprises de 100 à 249 salariés (2,4 %) prennent plus ce type de décision en proportion que les firmes de 50 à 99 salariés (1,7 %).

Les PME françaises privilégient l’Union européenne

Sur l’ensemble des petites et moyennes entreprises ayant délocalisé, 70 % ont décidé de le faire en Europe et 63 % vers l’Union européenne. Les établissements tricolores qui veulent créer de nouvelles activités à l’étranger privilégient également le continent européen. « 57 % d’entre elles l’ont fait en Europe, et 48 % dans l’UE » précise l’Insee.

Le continent africain représente également une destination privilégiée pour les entrepreneurs, aussi bien pour les délocalisations (22 %) que pour la mise en place d’activités nouvelles (17 %). La proximité avec la France et la pratique de la langue française facilitent certaines opérations, rappellent les statisticiens. Viennent ensuite La Chine et l’Inde et enfin le continent nord-américain (États-Unis et Canada).

Les externalisations prioritaires

Dans le contexte de la montée des protectionnismes, les entreprises peuvent adopter une stratégie en fonction des droits de douane, des coûts de transaction ou des coûts de main-d’œuvre. D’après les travaux de l’organisme de statistiques, les firmes françaises privilégient l’externalisation (7,3 %) sur le territoire français aux délocalisations d’activités. Elles sont 2,6 % à y avoir pensé, mais ne l’ont pas concrétisé. Enfin, le phénomène de relocalisation reste très marginal.

Lorsque les entreprises décident de faire faire des activités à l’étranger, la majorité des chefs d’entreprise veulent créer une nouvelle activité et pas forcément un transfert. « Contrairement aux entreprises de taille intermédiaire et aux grandes entreprises, les PME sont probablement moins à même de transférer vers l’étranger des activités déjà réalisées en France » expliquent les économistes. En Europe, les firmes délocalisent plutôt des activités support (44 %)  avant leur cœur de métier (36 %).

Peu de réduction de postes

Les résultats de l’étude signalent que les délocalisations entraînent relativement peu de suppressions de postes. Ainsi, les destructions d’emplois à la suite de délocalisations recensées entre 2014 et 2016 représentent seulement 0,06 % de l’effectif employé dans les PME de 50 salariés et plus et 2,9 % de l’emploi des entreprises qui ont délocalisé. « Ainsi, 1 700 postes ont été supprimés en France dans les PME de 50 salariés ou plus et 700 ont été créés, soit un solde de 1 000 suppressions nettes sur 1,600 000 postes au total » ajoute l’Insee. Les auteurs de l’étude rappellent néanmoins que ces résultats doivent être pris avec précaution en raison du caractère déclaratif des réponses. « De plus, ils ne représentent que les suppressions directes de postes au sein des entreprises ayant délocalisé, sans tenir compte de celles qui peuvent être induites chez les sous-traitants. »

Les postes détruits concernent avant tout l’activité cœur de métier (59 %). Arrivent ensuite, les services administratifs (10 %), le design, l’ingénierie et les services techniques (9 %), ou encore le marketing. Les activités de recherche et développement (2 %) ou les services informatiques semblent en revanche plus épargnés par ces décisions.

La réduction des coûts avant tout

Sans surprise, la réduction du coût de la main-d’œuvre demeure la première motivation des entrepreneurs interrogés. Ainsi, 72 % d’entre eux ont avancé cette raison pour envisager une telle stratégie. Viennent ensuite la baisse des autres coûts (41 %) ou l’accès à de nouveaux marchés (36 %).

Interrogés sur les obstacles, les dirigeants évoquent avant tout les barrières linguistiques ou culturelles, ou le besoin de proximité avec les clients actuels pour 32 % des répondants. Les entrepreneurs redoutent également l’inquiétude des employés et/ou des syndicats. Ils évoquent enfin l’incertitude sur la qualité des biens et des services fournis à l’étranger.

Les temps de livraison trop longs favorisent les relocalisations

Si le phénomène de relocalisation est loin d’être une tendance de fond, elle suscite de l’engouement chez certains entrepreneurs ou consommateurs adeptes du Made in France. Alors que la crise des gilets jaunes a remis la question des territoires au centre du Grand débat organisé au printemps, les dirigeants qui ont décidé de relocaliser des activités l’ont fait pour retrouver une proximité géographique linguistique et culturelle.

« Les difficultés managériales dues à l’éloignement, à la langue et/ou aux différences culturelles sont un facteur déterminant pour la moitié d’entre elles. De plus, parmi celles-ci, deux PME sur cinq ont relocalisé leur activité, en raison principalement des temps de livraison trop longs pour les clients et de la qualité insuffisante des biens et des services fournis à l’étranger » expliquent les économistes.

La Tribune

La Tribune [latribune.fr]

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