Les politiques européennes trop définies selon les intérêts des entreprises? [FR]

Les organisations de la société civile accusent la Commission de suivre les intérêts des entreprises tandis que ces dernières estiment que l’UE ne fait pas encore assez pour elles.

Les organisations de la société civile, représentées par L’Alliance pour des règles de transparence et d’éthique renforcées en matière de lobbying (ALTER-UE) et le réseau de Seattle à Bruxelles (S2B), ont présenté le 16 octobre 2006 les résultats d’un rapport, dont l’objectif est de montrer que les lobbyistes professionnels ont trop d’influence sur la définition des politiques européennes – notamment sur son agenda pour le commerce – et que cette influence a un impact négatif sur la justice sociale, l’environnement et la lutte contre la pauvreté.

Toutefois, réunis à l’occasion de l’événement annuel « UNICE Day » le 17 octobre, les représentants des entreprises européennes ont l’intention de dire aux commissaires qu’ils doivent davantage écouter la voix des entreprises quand ils définissent les politiques européennes.

L'UNICE souligne que les entreprises profitent à l'Europe en restant compétitives et innovantes, en proposant des emplois et des formations et en augmentant la prospérité des régions dans lesquelles elles exercent leurs activités. En échange, les décisions européennes doivent, selon elles, renforcer et non affaiblir leur position dans un environnement international de plus en plus compétitif.

Le président de l'UNICE, Ernest-Antoine Seillière, a déclaré : "Nous représentons un système social qui est unique au monde... et nous travaillons dans un environnement politique bien plus sévère que dans le reste du monde... Nous en sommes fiers, mais cela implique des coûts. Nous attendons en échange une bonne gouvernance de la part de l'UE."

Présentant les résultats d'un sondage reposant sur un panel de 320 entreprises, le secrétaire général de l'UNICE, Philippe de Buck,  a souligné que plus de 40% des entreprises avaient l'impression que l'UE n'était pas assez attentive à leurs intérêts.

L'UNICE a donc l'intention de faire davantage pression sur l'UE pour garantir que ses politiques intérieure et extérieure vont dans l'intérêt du monde des affaires, soit réformer le marché du travail et le système social, achever le marché intérieur, lutter contre le protectionnisme et améliorer l'accès aux marchés étrangers.

M. Seillière a ajouté : "Jusqu'à présent, l'influence du monde des affaires en Europe a été assez faible et nous avons l'intention de la renforcer le plus possible."

Membre du réseau S2B et auteur du rapport "L'influence des entreprises sur la politique commerciale de l'UE"  (Corporate Power over EU Trade Policy”), Mirjam Van Der Stichele estime qu'il est temps de mettre fin à la relation privilégiée entre les entreprises et la Commission. Elle souligne que même le Parlement européen n'a pas de mandat pour influencer la politique commerciale de l'UE, mais que les entreprises semblent pouvoir influencer la position de la Commission "à leur guise".

Selon son rapport, en tentant de garantir la compétitivité extérieure de son industrie à tout prix, l'UE a nui au cycle de développement de Doha et à ses objectifs internes de création d'emploi, de cohésion sociale et de protection de l'environnement.

Mme Van Der Stichele souligne : "Bien que les entreprises tiennent souvent compte de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) dans leurs stratégies, si on observe ce qui se passe vraiment sur le terrain, je ne pense pas qu'on puisse dire qu'elles sont intéressées par l'environnement ou par la création d'emploi." Elle ajoute : "Les entreprises veulent simplement plus d'accès au marché," faisant référence à la pression exercée par les entreprises sur l'UE pour obliger les pays en développement à donner plus d'accès à leurs marchés pour les produits industriels au cours des négociations à l'OMC - malgré le mandat d'origine du Cycle de Doha, selon lequel les pays en développement ne devaient pas faire les mêmes concessions que les pays développés. 

Le directeur de Greenpeace UE et membre d'ALTER-UE, Jorgo Riss, a souligné qu'une étape incontournable pour lutter contre l'influence excessive des entreprises était de renforcer la transparence du lobbying européen, en obligeant tous les groupes de lobby à s'enregistrer et à révéler leurs données financières. Selon lui, il est probablement normal que 40% des entreprises aient l'impression que l'UE ne les écoute pas car "cette Commission a une oreille sélective... elle écoute avant tout les grandes multinationales."

En réponse à ces accusations, Ernest-Antoine Seillière a déclaré que l'UNICE représentait, selon lui, une approche équilibrée, mais a ajouté : "Nous n'avons pas d'autre mission que de contribuer à plus de croissance et d'emplois en Europe". 

Selon Philippe de Buck, quand les entreprises réclament plus d'accès aux marchés étrangers, elles ne demandent pas à l'UE de forcer les pays les plus pauvres, comme l'Afrique, à ouvrir leurs portes. Elles cherchent simplement à établir une concurrence équitable avec les grandes économies émergentes. "Nous sommes contre tout ce qui nuit aux pays en développement," a-t-il souligné, ajoutant qu'en soutenant les conclusions de l'agenda pour le cycle de Doha, l'UNICE est en faveur d'une hausse du commerce international et qu'une hausse des échanges de 1% pour l'Afrique représente plus que toute l'aide réunie. 

Le lobbying joue un rôle important dans le processus décisionnel au niveau européen. Avec près de 15 000 lobbyistes à Bruxelles (cabinets de conseil, avocats, associations professionnelles, entreprises, ONG), la Commission a décidé, en mai 2006, de présenter un 'Livre vert sur une initiative européenne en matière de transparence', dont l'objectif est de lancer un débat sur ce que les citoyens doivent savoir au sujet des lobbyistes et de leur financement.

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