Les socialistes danois et suédois s’opposent à la directive sur le salaire minimum

h_54301426(1) [LISELOTTE SABROE (EPA/EFE)]

La directive sur le salaire minimum est un objectif politique clé pour les sociaux-démocrates européens, mais, au Danemark et en Suède, les partis de gauche et les syndicats y voient un danger pour leur modèle de marché de l’emploi. Ils ont recueilli suffisamment de signatures pour forcer la tenue d’un vote lors de la séance plénière du Parlement européen de novembre, ce qui pourrait avoir pour effet de retarder la directive de plusieurs mois.

Lorsque la commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement a voté à une large majorité en faveur d’un rapport visant à consolider la position du Parlement sur la directive européenne relative au salaire minimum, les sociaux-démocrates européens ont célébré une première victoire pour leur programme politique.

« Une augmentation du salaire minimum dans toute l’Europe fait partie de notre programme électoral », a confié Agnes Jongerius, co-rapporteur du rapport et eurodéputée des Socialistes et Démocrates (S&D) à EURACTIV.

Le modèle nordique

Pour les sociaux-démocrates danois et suédois, il s’agit pourtant d’un triste jour.

« Nous craignons la disparition de notre modèle des pays nordiques », a déclaré la députée européenne danoise Marianne Vind à EURACTIV.

Les marchés du travail danois et suédois sont presque exclusivement organisés autour de la négociation collective. Les syndicats et les employeurs négocient les conditions de travail directement entre eux, et l’État n’est quasiment pas impliqué dans le processus.

Telle que proposée par la commission de l’emploi du Parlement européen, la directive sur le salaire minimum imposerait aux États membres dont le taux de couverture des négociations collectives est inférieur à 80 % à élaborer des plans d’action nationaux pour augmenter ce taux.

« Dans son ensemble, la directive cherche à avoir un impact politique sur la fixation des salaires. C’est incompatible avec les systèmes de fixation des salaires des pays nordiques qui reposent sur des partenaires sociaux négociant de manière autonome sans ingérence politique », a expliqué Johan Danielsson, social-démocrate suédois, à EURACTIV.

L’ingérence de l’UE

Agnes Jongerius a toutefois constaté qu’il existe de multiples garanties permettant au modèle suédois et danois de rester inaltéré. « Il n’y a rien dans cette directive qui oblige la Suède et le Danemark à introduire un salaire minimum légal », a-t-elle déclaré.

Cependant, ces garanties ne convainquent pas les hommes politiques danois et suédois. En effet, ils craignent que le texte permette à la future Commission européenne ou à la Cour de justice de l’UE d’imposer des obligations au Danemark et à la Suède sur la base de cette directive.

« C’est vraiment frustrant », a déclaré Heidi Rønne, représentante de la Confédération danoise des syndicats au Comité social et économique européen.

« Il y a toujours eu un certain scepticisme vis-à-vis de l’UE à gauche et dans les syndicats au Danemark, mais nous avons toujours été confiants et pouvions dire que l’UE ne toucherait pas à notre marché du travail. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas », a-t-elle indiqué.

Mme Jongerius, elle-même ancienne syndicaliste, a déclaré qu’elle comprenait les craintes.

« Mais comment répondre à des craintes avec un texte juridique ? La peur rend les gens difficiles à convaincre », a-t-elle affirmé.

Une petite fenêtre d’opportunité

La large majorité en faveur du rapport rédigé par Mme Jongerius et son co-rapporteur Dennis Radtke au sein de la commission de l’emploi du Parlement européen permettrait d’utiliser le rapport comme base de négociation avec les ministres des États membres, sans autre approbation du Parlement européen.

Le Conseil des ministres de l’UE devrait valider la position des États membres au début du mois de décembre.

Cela signifie que les négociations entre le Parlement et le Conseil pourront commencer sous la présidence française du Conseil au cours du premier semestre de 2022.

« Nous savons que les Français veulent vraiment travailler sur cette directive. Il y a donc une petite chance que la directive passe avant les élections présidentielles françaises d’avril 2022 », a expliqué M. Jongerius.

Les membres danois et suédois du Parlement européen ont toutefois rassemblé suffisamment de signatures pour forcer la tenue d’un vote en plénière du Parlement européen sur l’ouverture ou non du rapport aux amendements.

Si le Parlement vote en faveur de l’ouverture aux amendements, les partisans de la version actuelle craignent que la directive ne s’enlise dans un flot de propositions d’amendements, ce qui entraînerait un retard de plusieurs mois, la directive manquant ainsi la « fenêtre d’opportunité » sous la présidence française.

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