Les taux négatifs, remède et plaie pour les finances publiques européennes

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A Biarritz, le G7 se penche à partir du 24 août sur la conjoncture mondiale. Les taux extrêmement bas représentent à la fois une opportunité et une tentation risquée pour les pays européens trop endettés.

Deux milliards d’euros en 2019, sans doute quatre milliards en 2020, et jusqu’à 12 milliards d’euros jusqu’à fin 2022 : les taux d’intérêt négatifs représentent une recette surprise, et bienvenue, pour le budget français.

Le ministre des Finances publiques, Gérald Darmanin, a salué cette situation

Les taux d’intérêt sur la dette française sont passés en territoire négatif en juin dernier, suivant la trajectoire des bons du trésor allemand. Le manque de confiance des investisseurs dans le futur de l’économie mondial les pousse en effet à se retrancher vers les actifs les plus sûrs. La dette européenne libellée en euros fait partie de ces actifs recherchés, surtout lorsqu’elle est émise par l’Allemagne, dont la solidité de l’économie rassure. Mais aussi par la France, ce qui est une grande première pour l’Hexagone.

Soulagement pour les pays endettés

D’autres pays européens, ayant frôlé la faillite il y a quelques années, se retrouvent aussi dans ce territoire étrange de taux proche de zéro. Les investisseurs ne reçoivent rien pour détenir leur dette, alors qu’ils exigeaient des taux usuriers il n’y a pas si longtemps, à la suite de la crise financière.

C’est le cas de l’Espagne, du Portugal et de l’Irlande par exemple, l’Espagne empruntant actuellement à près de 0 %.

Pour les finances publiques françaises, dont le redressement programmé en début de quinquennat d’Emmanuel Macron a été revu à la baisse au printemps, après la crise des Gilets jaunes, cette situation macro-économique est une aubaine.

La Commission européenne prévoit une croissance en berne

La Commission a une nouvelle fois abaissé ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2019 et 2020, dans un contexte d’incertitudes sur le commerce mondial et l’éventualité d’un Brexit sans accord. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Mais pour la Cour des comptes, cet argent facile ne doit pas faire perdre de vue le cap du désendettement : le problème structurel de la dette n’est en effet pas résolu par ce bonus conjoncturel.

« Moins ambitieux que le précédent, le programme de stabilité d’avril 2019 a revu à la baisse les objectifs de réduction du déficit et de la dette publics. Établis sur la base de prévisions de croissance plus réalistes, ils intègrent l’impact des mesures supplémentaires de diminution des prélèvements obligatoires et d’une moindre maîtrise des dépenses. En conséquence, la trajectoire des finances publiques de la France devrait s’écarter encore davantage de celle de la plupart de ses partenaires », s’inquiétaient les sages de la rue Cambon fin juin.

La tentation de plus de dettes

Les taux négatifs reflètent en effet une situation macro-économique plutôt préoccupante pour les recettes publiques en général : le tassement de la croissance économique déjà constaté en Allemagne devrait rattraper la France et réduire le montant des prélèvements fiscaux, alors que la dépense peine à se réduire.

Un contexte sur lequel le G7 Finance, qui démarre le 24 août à Biarritz en France, se penchera. La croissance s’annonçant plutôt atone pour 2019 et 2020, certains États seront tentés d’y répondre en s’endettant un peu plus, histoire d’utiliser l’outil de relance fiscale. Les ménages pourraient eux aussi être séduits par les taux très bas pour emprunter plus. Mais en l’absence de croissance, cette course à l’endettement est préoccupante. Pour la France, Gérald Darmanin a assuré que le pays n’emprunterait pas plus pour autant. Un discours qui devrait rassurer la Commission européenne, qui reste préoccupée par les niveaux d’endettement de la France et de l’Italie.

Les cinq recommandations économiques de la Commission aux États membres

Alors que les finances publiques de tous les États membres de l’UE sont désormais en dehors de la zone rouge, la Commission européenne a encore des recommandations de politique économique strictes pour l’Espagne, l’Italie, la Belgique, la Grèce et l’Allemagne.

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