Les travailleurs migrants sont souvent exploités dans l’UE

C'est notamment dans le secteur de la construction que les travailleurs sont le plus exploités. [digital cat/Flickr]

Le manque d’opportunités qui pousse des milliers de personnes à émigrer vers l’Europe et l’absence de systèmes de contrôle efficace entraînent une forme grave d’exploitation des migrants dans l’UE. Un article d’Euroefe.

Un rapport présenté le 4 septembre par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) dénonce l’existence de pratiques abusives dans de nombreux secteurs de l’économie, mais aussi l’inefficacité des systèmes actuels d’inspection du travail.

« Des travailleurs sont gravement exploités dans toute l’UE, et les inspections ne sont pas efficaces pour mettre un terme à cette situation », avertit la FRA dans le rapport intitulé Protéger les travailleurs migrants de l’exploitation dans l’UE : renforcer les inspections sur le lieu de travail.

Tel un virus

« L’exploitation des travailleurs est comme un virus. Elle affecte certains secteurs de l’économie et elle s’étend rapidement à cause de la forte concurrence », explique Albin Dearing, directeur du programme de droit pénal à la FRA.

« Si quelqu’un ne paie pas des salaires appropriés et qu’une autre personne verse des salaires légaux, cette dernière est désavantagée », regrette-t-il.

Albin Dearing, l’un des auteurs de l’étude, explique que les abus sont très fréquents dans certains secteurs, comme la construction, l’agriculture et le travail domestique, dans lesquels un faible niveau d’éducation ou la non-maitrise de la langue ne sont pas des obstacles.

Le rapport de la FRA a été réalisé avec les témoignages de 237 travailleurs immigrés, originaires de pays tiers ou d’autres pays de l’UE, et vivant dans l’Union européenne. Ils se sont livrés sur l’exploitation dont ils ont été victimes entre 2013 et 2017 en Belgique, France, Allemagne, Italie, Hollande, Pologne, Portugal et Royaume-Uni.

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La pointe de l’iceberg

Même si l’étude est plus qualitative que quantitative, la FRA assure que ces témoignages « ne sont que la partie visible de l’iceberg » de l’exploitation des travailleurs dans l’UE.

Les experts de l’Agence concluent que les différentes formes d’exploitation (des salaires médiocres ou inexistants, des journées de travail très longues ou des violations des normes de sécurité et d’hygiène) affectent autant les migrants des pays tiers que ceux d’autres pays de l’UE.

« Le principal moteur est la nécessité économique. Le manque d’opportunités est ce qui les motive à venir en UE et souvent, ils sont prêts à accepter de très mauvaises conditions, car ce sera toujours mieux que rien », résume Ludovica Banfi, une autre responsable du rapport.

Elle souligne qu’échapper à l’exploitation est très difficile et qu’après des journées de douze heures les travailleurs « n’ont pas le temps de réfléchir, de réagir et se retrouvent sans défense ».

Ludovica Banfi fait ici référence aux stratégies utilisées par les patrons pour maintenir les travailleurs dans cette situation. Elles vont des menaces de dénonciation ou déportation des personnes en situation irrégulière, à la violence physique ou psychologique, en passant par la tromperie.

Un autre facteur essentiel sur lequel se concentre l’étude est l’inefficacité et la rareté des contrôles des autorités.

Albin Dearing rappelle que le concept de sécurité et de santé au travail s’applique automatiquement au lieu de travail, surtout dans l’industrie, où il y a plus de risques d’accident, plutôt que pour les droits de travailleurs.

Pour beaucoup d’inspecteurs, explique-t-il, ces droits ne sont pas la priorité et certains affirment même que leur seule préoccupation est que le lieu de travail soit sûr et propre.

Il recommande donc de changer de logique pour que les inspections soient aussi orientées sur les droits des travailleurs.

Inspections plus efficaces

Dans ses conclusions, la FRA insiste sur le fait que davantage d’inspections sont nécessaires, mais que celles-ci doivent aussi être plus efficaces, avec des prises de contact avec les travailleurs sans que les chefs fassent barrage et en cherchant des moyens de dépasser les barrières de la langue.

Même si Albin Dearing assure qu’il y a eu des avancées, il reconnaît qu’aucun pays ne fait tout ce qui serait nécessaire.

Le rapport indique par exemple que plus de la moitié des personnes interrogées n’ont jamais vu, ou entendu parler, d’inspecteurs du travail.  De leurs côté, les patrons ont développé des stratégies pour s’en tirer lors des inspections : cacher les travailleurs, présenter des faux contrats de travail ou obliger les employés à mentir.

Nombreux sont les travailleurs exploités qui pensent que ce sont eux qui pâtiraient le plus d’une inspection, puisqu’ils risqueraient de perdre leur travail ou même d’être expulsés du pays. Dans ce cas précis, les victimes de l’exploitation peuvent difficilement dénoncer les abus.

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