Les écologistes français ont envoyé mercredi (31 janvier) une lettre à Emmanuel Macron pour qu’il forme, lors du conseil européen de jeudi (1er février), une coalition des États membres opposés à l’accord UE-Mercosur. Du point de vue du camp présidentiel, l’initiative ressemble à un coup d’épée dans l’eau.
Depuis que les tracteurs labourent jusque dans les grandes villes d’Europe, les opposants aux accords de libre-échange ont refait surface. Le gouvernement français et le président de la République, Emmanuel Macron, en ont, eux aussi, profité pour rappeler leurs oppositions à l’accord entre l’UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) tel qu’il est proposé en l’état.
En face, nombre d’États membres, en premier lieu desquels l’Allemagne, le Portugal et l’Espagne, restent fermement opposés à un report de la signature de l’accord. La piste de la scission de l’accord en deux afin de signer plus facilement certaines parties et même revenue sur le devant de la scène.
Afin de stopper ces mouvements, 35 cadres des écologistes français ont envoyé une lettre mercredi à Emmanuel Macron pour qu’il propose de former une « coalition » d’États membres contre l’accord en vue du conseil des chefs d’États et de gouvernement de l’UE qui se tient jeudi (1er février).
Pour l’heure, le président n’a pas répondu à l’appel des écologistes, renvoyés aux propres contradictions de leur groupe au sein du Parlement européen.
L’accord de trop
Selon les écologistes, le sommet européen de jeudi doit permettre d’apporter des réponses « claires et concrètes » aux agriculteurs, comme « l’arrêt de l’accord commercial UE-Mercosur » qu’ils réclament.
Selon eux, la mobilisation en cours partout en France et en Europe « oblige » Emmanuel Macron à « passer des paroles aux actes ». Par conséquent, d’« œuvrez dès ce sommet européen à la formation d’une coalition d’États membres contre l’accord UE-Mercosur ».
L’accord est en gestation depuis plus de vingt ans.
En 2019, les négociations avaient pris fin, avant que les positions du président brésilien d’alors, Jaïr Bolsonaro, en particulier sur la déforestation, n’empêchent les Européens d’aller plus loin.
Depuis l’arrivée du socialiste Luis Ignacio Lula da Silva à la tête du pays en 2022, les pressions s’intensifient pour reprendre le processus de signature. Sauf que la France s’y oppose, bornée à intégrer des clauses miroirs dans l’accord, c’est-à-dire des clauses de réciprocité entre les normes environnementales et sociales établies au sein de l’UE et du Mercosur.
« La France s’y oppose parce que c’est un accord qui date d’il y a plusieurs années et qui n’impose pas aux agriculteurs, comme aux industriels du Mercosur, des règles qui sont homogènes avec les nôtres », a déclaré mardi (30 janvier) Emmanuel Macron depuis Stockholm, en plein mouvement de contestation agricole.
Soutiens d’ailleurs ?
Le poids politique de la France en Europe a déjà permis de stopper des négociations bien avancées en juillet dernier, a rappelé le député de la majorité (Mouvement démocrate, Modem), Pascal Lecamp, à Euractiv France.
Néanmoins, Emmanuel Macron peut-il, seul, lutter contre la diplomatie allemande, espagnole, portugaise ? Celle de la Commission européenne et des États sud-américains, déterminés à signer l’accord ?
Non, plaident les écologistes, mais de là à ce que soit nécessaire une « coalition », le camp présidentiel s’interroge.
« Nous n’avons pas attendu la lettre des écologistes pour agir », a tancé Marie-Pierre Vedrenne, présidente de la délégation française au sein du groupe Renew Europe.
« La France a toujours cherché des alliés et en a trouvé, comme l’Autriche ou l’Irlande ». Dès lors, pendant que « nous, nous sommes à l’action, Marie Toussaint devrait faire son travail », c’est-à-dire discuter avec ses « collègues verts européens qui sont membres de coalitions de gouvernement pro-Mercosur », a déclaré l’eurodéputée à Euractiv France.
Objet de son ironie, le soutien des écologistes allemands, membre de la coalition au pouvoir outre-Rhin, à l’accord tel quel.
Si le gouvernement défend l’accord, la base militante et les cadres régionaux, eux s’y opposent.
« Nous rejetons l’accord UE-Mercosur dans sa forme actuelle et appelons à des renégociations » pour intégrer, notamment, la possibilité de suspendre les préférences commerciales en cas de violations de normes de durabilité, ont-ils déclaré dans un manifeste des délégués fédéraux publié en novembre 2023.
Pour l’heure, le président n’a pas répondu à la proposition des écologistes, nous confirme Marie Toussaint, eurodéputée française Les Verts / ALE et tête de liste écologiste pour les élections européennes.




