L’Espagne est sortie de la crise, pas de la précarité

Croissance, exportations, tourisme, les voyants sont au vert. Le pays sort de la récession après le coup d’arrêt de 2008. Mais les salaires ont baissé et les contrats courts se multiplient. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

« Ce fut un honneur de laisser l’Espagne dans un meilleur état que celui dans lequel je l’ai trouvée. » Mariano Rajoy, l’ex-Premier ministre, tenait à défendre son bilan économique avant de s’en aller par la petite porte début juin.

Quand la droite a pris le pouvoir en 2011, au plus fort de la crise, le taux de chômage était de 23 %. ll allait grimper jusqu’à 27 % en 2013. Le secteur immobilier était très affecté, les banques en danger, l’Espagne sur les rotules. Malgré une dette publique s’élevant toujours à 98 % du PIB, le pays s’est relevé. Le taux de chômage avoisine désormais les 17 % et la croissance dépasse 3 % depuis trois ans.

L’explosion des CDD

« Le grand miracle de l’économie espagnole a été les exportations de biens et de services, explique Rafael Pampillón, professeur d’économie à l’IE Business School de Madrid. Les entreprises espagnoles se sont positionnées dans le commerce mondial pendant la crise parce que la demande interne était faible. Cette production a généré de l’emploi et l’emploi a provoqué une augmentation de la consommation. »

Le secteur touristique (82 millions de visiteurs en 2017) a aussi boosté la reprise. Mais le rebond de l’activité a surtout été encouragé par la politique d’austérité mise en place par le gouvernement conservateur : coupes budgétaires, réforme fiscale et assouplissement du Code du travail en 2012. « Il fallait un remède de cheval, estime Rafael Pampillón. L’Espagne a maintenant dépassé la crise même s’il reste des points faibles. »

La zone euro sort progressivement du chômage de masse

Le taux de chômage dans la zone euro a continué de reculer en novembre, s’établissant à 8,7 % contre 8,8 % en octobre, a annoncé l’Office européen des statistiques, Eurostat.

« Le pays est peut-être sorti de la crise mais une partie des Espagnols y est encore », nuance Ángela Muñoz. Cette femme de chambre de 56 ans a subi de plein fouet les effets de la réforme du marché du travail. Une des mesures a permis la sous-traitance de nombreux services, dont celui des femmes de chambre dans le secteur touristique.

Ángela Muñoz s’est alors retrouvée sans emploi, a dû « enchaîner les contrats courts avant de retrouver un CDI, en 2016, dans un hôtel cinq étoiles ». Mais son salaire, « lié au taux de remplissage », a baissé. Celui de ses collègues a aussi fondu « de 40 % en moyenne »,assure la vice-présidente de Las Kellys, acronyme de Las que limpian (celles qui nettoient), un collectif qui dénonce l’instabilité de leur situation.

Las Kellys n’est pas le seul à s’inquiéter de la précarité de certains emplois. En Espagne, 27,5 % des travailleurs avaient, en 2017, un contrat temporaire. Deux fois plus que la moyenne européenne. Si la sortie de crise est passée par une baisse du coût du travail, beaucoup d’employés, à l’image des femmes de chambre, demandent maintenant la redistribution des fruits de la croissance.

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