L’Europe encore loin de ses objectifs en recherche et développement

La Suède est le pays qui consacre le plus de dépenses en recherche et développement, rapportées au PIB. [flickr.com/photos/tommiehansen/8…]

Bien que les États et les entreprises en Europe redoublent d’efforts pour financer la recherche et les innovations, le niveau des dépenses demeure inférieur aux objectifs fixés par Bruxelles. Un article de notre partenaire, La Tribune.

La recherche et développement ne fait pas partie des priorités de l’Union européenne actuellement. Selon de récents chiffres de la Commission européenne, les États membres de l’UE ont dépensé plus de 302 milliards d’euros en 2016 contre 300 milliards en 2015. Mais derrière ces chiffres relativement importants se cachent des disparités entre les pays et une stabilité dans les dépenses qui pourraient se révéler préjudiciables pour l’Europe dans la course planétaire à l’innovation.

La Suède largement en tête

Au classement des pays les plus engagés dans la recherche et le développement, figurent la Suède (3,25 % du PIB) et l’Autriche (3,09 % du PIB) suivies de l’Allemagne (2,94 % du PIB). À l’inverse, la Lettonie (0,44 %), la Roumanie (0,48 %), et Chypre (0,50 %) se placent en bas de tableau. Pour la France, Eurostat indique que les dépenses ont représenté 2,22 % du PIB selon des données pour 2015 encore provisoires. (Les données pour 2016) n’étaient pas disponibles. La moyenne européenne se situe à 2,03 %.

Sur la dernière décennie, l’intensité de R&D (*) a progressé dans 22 États membres, les plus fortes hausses étant relevées en Autriche (de 2,36 % en 2006 à 3,09 % en 2016, soit +0,73 point de pourcentage – pp) et en Belgique (+0,68 pp). En revanche, l’intensité de R&D a diminué dans 6 États membres et plus particulièrement en Finlande (de 3,34 % en 2006 à 2,75 % en 2016, soit -0,59 pp) et au Luxembourg (-0,43 pp).

Un retard aux conséquences néfastes

Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, les institutions européennes réaffirment régulièrement la nécessité « de convertir l’expertise scientifique de l’Europe dans des produits et services commercialisables, en recherchant l’intervention du secteur public pour stimuler le secteur privé et supprimer les goulets d’étranglement qui empêchent les idées d’atteindre le marché ».

L’un des indicateurs régulièrement évoqués correspond à l’objectif de 3 % à atteindre pour l’intensité de recherche dans l’Union d’ici à 2020. Mais au regard des chiffres précités, seulement 2 pays sur 28 ont atteint cet objectif et il est peu probable que la majorité des États atteignent cette cible d’ici à 2020. Par ailleurs, cet objectif des 3 % avait déjà été fixé au sommet de Lisbonne en 2000 pour être atteint… en 2010.

Avec ce retard pris, la place de l’Europe dans la course à la recherche et à l’innovation pourrait se détériorer sur la scène internationale. En effet, l’intensité de R&D dans l’UE était beaucoup plus faible qu’en Corée du Sud (4,23 % en 2015), qu’au Japon (3,29 % en 2015) et qu’aux États-Unis (2,79 % en 2015), tandis qu’elle se situait à peu près au même niveau qu’en Chine (2,07 % en 2015). Ce retard pourrait avoir un impact important en termes de compétitivité pour les entreprises du continent européen notamment.

Les entreprises s’investissent

En 2016, les entreprises ont été les premiers acteurs en termes de dépenses dans la recherche et le développement à l’exception de Chypre, de la Lettonie et de la Lituanie (où le secteur de l’enseignement supérieur était dominant). Les taux les plus élevés de dépenses de R&D effectuées dans le secteur des entreprises ont été observés en Slovénie (76 %), en Hongrie (74 %), en Bulgarie (73 %), Sur les des dix dernières années, le taux de R&D effectuée par les entreprises a augmenté dans 20 États membres, tandis qu’il a baissé dans 8 autres.

Pour la France, la part des entreprises a légèrement augmenté (de 63 % en 2006 à 65 % en 2016) tout comme celle de l’enseignement supérieur (de 19 % à 20 % en 10 ans). À l’inverse, la part des administrations publiques a baissé passant de 16 % à 13 %.

 

 

 

(*) L’intensité de R&D d’un pays est définie comme le total des dépenses de R&D exprimé en pourcentage du produit intérieur brut (PIB).