L’interdiction des kebabs par le Parlement européen, info ou intox?

Le secteur du Kebab emploie près de 200 000 personnes en Europe.

Une objection, votée en commission santé et visant à faire interdire les additifs phosphatés de la viande de kebab, a généré une polémique orchestrée par le groupe PPE et par certains titres de presse.

Le titre était trop beau. « Le Parlement européen veut interdire les kebabs ». L’annonce, faite dans la presse dès le 29 novembre, a pourtant des allures de fake news. La semaine dernière, à la majorité de 32 voix contre 22, les eurodéputés réunis en commission santé ont rejeté une proposition de la Commission européenne autorisant l’utilisation d’acide phosphorique et de ses dérivés dans la viande de kebab.

Effet papillon

C’est la député PPE, le docteur Renate Sommer, qui a mis le feu aux poudres. A la suite du vote, cette Allemande membre du parti conservateur de la CDU, a publié un statut sur sa page Facebook. « Une interdiction de l’ajout de phosphates mettrait fin à la production de broches car il n’y a pas encore de solutions techniques pour stabiliser les broches. Cela entraînerait la perte de milliers d’emplois » écrit-elle le 28 novembre. La polémique va rapidement enfler, relayée par une partie de la presse allemande, pour finalement s’européaniser.

Le 1er décembre, le quotidien britannique The Guardian, publie un article EU kebab meat move could make döner a goner (« Le nouveau coup de l’UE sur la viande de kebab pourrait forcer le döner à faire ses adieux »). Le journal anglais affirme que 200 000 emplois seraient directement liés à l’industrie du kebab en Europe. Le sandwich, inventé à Berlin par la communauté turque allemande, est devenu au cours des années 2000 un incontournable de la cuisine urbaine européenne.

Comme pour la polémique autour du glyphosate, la question posée par le phosphore dans la viande de kebab revient à un débat sur le principe de précaution, qui veut qu’un produit soit interdit s’il existe un doute sérieux sur sa dangerosité.

Les eurodéputés Verts, dont Bart Staes, auteur de l’objection, soutiennent que les dérivés de phosphates présents dans les viandes de kebabs entrainent un risque d’accident cardiovasculaires chez les consommateurs. Ils se basent sur deux études, publiées respectivement en 2012 et 2013 en Allemagne et aux Etats-Unis, qui démontrent des liens potentiels entre les additifs phosphatés et les complications cardiovasculaires. Une autre étude, menée par l’Agence européenne de sécurité des aliments en 2013, infirme ce lien.

Faux raccourcis

Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a, par voie de communiqué, tenté de faire retomber la polémique. « Personne ne veut interdire les kebabs » affirment les représentants des consommateurs qui ne voient « aucune nécessité technologique convaincante » justifiant l’utilisation de ces additifs. Le communiqué mentionne de plus un fabriquant de viande de kebab sans phosphate.

« On fait des raccourcis qui sont faux ! » déplore Michèle Rivasi, eurodéputée Les Verts et membre de la commission santé qui réfute les accusations de Renate Sommer : « nous ne voulons pas interdire les kebabs en Europe ». Les additifs à base de phosphate n’auraient, d’après l’eurodéputée française, qu’un rôle cosmétique : « Le phosphate sert à rendre la viande plus tendre et à renforcer le goût ».

Les additifs visés par l’objection parlementaire sont en fait déjà interdits par l’Union européenne dans tous les produits « carnés », mais les exceptions sont nombreuses. La viande de kebab est ainsi considérée, dans certains États, comme une préparation « à base de viandes », et échappent ainsi à la réglementation.

Pour que l’objection parlementaire soit retenue, elle devra-t-être votée à la majorité lors de la session plénière qui débutera le 11 décembre 2017.

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