L’Italie refuse de changer son budget

Le gouvernement de Giuseppe Conte est isolé face au reste de l'Eurogroupe. [Alexandros Michailidis/Shutterstock]

La coalition populiste italienne refuse de plier face à la Commission européenne et ne devrait présenter aucune modification de son budget pour 2019. Elle prend ainsi le risque de se faire imposer des sanctions financières, qui restent assez hypothétiques.

La coalition formée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) assure que le budget anti-austérité va relancer la croissance exsangue, qui va elle-même permettre de réduire le déficit public et la dette.

Les autorités européennes, soutenues par l’ensemble de la zone euro, restent en effet sourdes aux arguments italiens et fustigent ce budget annonçant un déficit à 2,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019 et à 2,1 % en 2020.

La Commission et Rome évaluent différemment la croissance à venir pour la péninsule. Bruxelles table sur une croissance de 1,2 %, alors que Rome prévoit 1,5 %. Selon les estimations européennes, les mesures prévues dans le budget risquent donc de pousser le déficit à 2,9 % l’an prochain et à 3,1 % en 2020, alors que le plafond réglementaire est de 3 %.

Le 23 octobre, elles ont rejeté ce projet, une première dans l’histoire de l’Union européenne. L’Italie a jusqu’à midi le 13 novembre pour revoir sa copie.

Moscovici promet la fermeté sur le budget italien

Lors de la dernière présentation des prévisions économiques, le commissaire européen en charge de l’économie, Pierre Moscovici, a rappelé le 8 novembre qu’il y avait peu de chances que Bruxelles fasse un compromis sur le budget italien.

« Défaillance technique »

Ces derniers jours, le ministre italien de l’Économie, Giovanni Tria, a accusé Bruxelles de « défaillance technique » dans ses calculs et a expliqué que le gouvernement entendait confirmer les « piliers » de son projet de budget, tout en maintenant le dialogue.

Alors que le précédent gouvernement de centre gauche s’était engagé à réduire le déficit à 0,8 % du PIB en 2019, Giovanni Tria a jugé que ce plafond représentait un « suicide » étant donné que la croissance italienne est la plus faible des pays de la zone euro.

Le ministre a en outre rappelé que le gouvernement était prêt à prendre les mesures nécessaires pour s’assurer que le déficit ne dépasse pas le seuil de 2,4%.

Pour Giuseppe Conte, le Premier ministre, les prévisions de la Commission « sous-évaluent l’impact positif » du budget et des réformes proposées : « le déficit diminuera avec la croissance et ceci permettra de baisser le ratio dette/PIB à 130 % l’an prochain et jusqu’à 126,7 % en 2021 ».

En refusant de changer son budget, Rome s’expose à l’ouverture d’une « procédure pour déficit excessif », susceptible d’aboutir à des sanctions financières correspondant à 0,2 % de son PIB (soit quelque 3,4 milliards d’euros).

L’UE et les marchés s’inquiètent car l’Italie ploie déjà sous une immense dette publique de 2 300 milliards d’euros, qui représente quelque 131 % de son PIB, le deuxième ratio de la zone euro derrière la Grèce.

Pour le président du Parlement européen, Antonio Tajani, une procédure d’infraction est « inévitable ».

L'Eurogroupe demande à l'Italie de changer son projet de budget

Les ministres des Finances de la zone euro ont demandé à l’Italie de modifier son projet de budget 2019 et de respecter les règles budgétaires de l’UE, mais Rome campe sur ses positions.

« Laissez-nous travailler »

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a cependant multiplié les appels au dialogue, espérant arriver à un compromis.

Matteo Salvini, patron de la Ligue, n’en a cure. Il a appelé à manifester le 8 décembre à Rome pour dire « pacifiquement » aux « messieurs de Bruxelles : laissez-nous travailler, vivre et respirer ».

Il n’a en effet pas de quoi s’inquiéter dans l’immédiat, confirme Lorenzo Codogno, fondateur du cabinet LC Macro Advisors. « La Commission fera un premier pas pour mener l’Italie vers la procédure de déficit excessif (PDE) avec la publication d’une mise à jour du rapport sur la dette attendue le 21 novembre. »

« D’ici fin janvier, l’Italie sera en PDE mais le délai prévu pour préparer des plan de correction (environ trois à six mois) permettra à l’Italie d’atteindre les élections européennes sans obstacle », a précisé l’ancien économiste en chef du Trésor italien. Et « rien ne se passera avant que la nouvelle Commission soit en place » à l’automne 2019.

D’après Lorenzo Codogno, faute d’action rapide au niveau européen, les marchés financiers seront, « comme d’habitude, les vrais gardiens de la discipline budgétaire ».

Depuis mi-mai, date du début des discussions pour la formation de la coalition populiste, le spread, l’écart très surveillé entre les taux d’emprunt italien et allemand, a doublé, oscillant désormais autour de 300 points. Selon la Banque d’Italie, cela représente un coût supplémentaire de 1,5 milliard d’euros en intérêts sur six mois.

La bataille du budget italien face à la zone euro

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