L’UE et les États-Unis entament leur première conférence sur le commerce et la technologie sur fond de tensions

Le sommet devrait donner plus de poids à l’Europe et devrait fixer des normes et des règles adaptées au XXIe siècle, ont déclaré les responsables du commerce et du numérique de l’UE en début de semaine. [Shutterstock]

Le nouveau Conseil UE-États-Unis sur le commerce et la technologie (TTC) doit tenir sa première réunion à Pittsburgh ce mercredi 29 septembre, sur fond de différend sur les sous-marins entre la France et Washington.

Le sommet devrait donner plus de poids à l’Europe et devrait fixer des normes et des règles adaptées au XXIe siècle, ont déclaré les responsables du commerce et du numérique de l’UE en début de semaine, soulignant les préoccupations mondiales concernant la puissance croissante de la Chine.

Les commentaires du vice-président de la Commission européenne chargé du commerce et de l’économie, Valdis Dombrovskis, et de la vice-présidente chargée du numérique, Margrethe Vestager, sont intervenus alors que les deux parties affrontaient la Chine dans des domaines allant du commerce à la défense en passant par la technologie et les droits de l’homme.

« Cette nouvelle plateforme revêt une réelle importance stratégique et géopolitique en tant que moyen d’établir des normes et des règles pour le XXIe siècle. Nous avons donc besoin de ce Conseil pour amplifier notre statut », a déclaré M. Dombrovskis aux journalistes.

Outre Mme Vestager et M. Dombrovskis, les discussions seront également coprésidées par le secrétaire d’État américain Antony Blinken, la secrétaire d’État américaine au commerce Gina Raimondo et la représentante américaine au commerce Katherine Tai.

Les dix groupes de travail du Conseil se concentreront sur les normes technologiques, les technologies vertes, la sécurité de la chaîne d’approvisionnement, la gouvernance des données, les contrôles des exportations, le filtrage des investissements et les questions relatives au commerce mondial.

Une ébauche de la déclaration commune attendue à Pittsburg, qui a été divulguée à EURACTIV, souligne l’autonomie réglementaire des deux parties.

LEAK: Le projet de déclaration du Trade and Technology Council révèle les priorités des négociations transatlantiques

Les principaux domaines dans lesquels l’UE et les États-Unis chercheront à converger lors de ce Conseil sont les investissements étrangers, le contrôle des exportations, l’IA et les semi-conducteurs, selon une information divulguée à EURACTIV.

Dans le document qui a fait l’objet d’une fuite, l’UE et les États-Unis soulignent également l’importance des droits des travailleurs, des chaînes d’approvisionnement durables et de la lutte contre le changement climatique. Ces positions fortes contribuent à distinguer les deux puissances atlantiques de la Chine.

Les hauts fonctionnaires européens et américains espèrent discuter de la pénurie de semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle et des questions de concurrence technologique lors de la réunion inaugurale.

La pénurie de puces due à des accrocs de fabrication a eu un impact massif sur l’économie américaine, entravant la production automobile et augmentant les prix.

« La pénurie de semi-conducteurs a été une priorité absolue pour le président et ses équipes chargées de l’économie et de la sécurité nationale », a déclaré un haut responsable de l’administration américaine aux journalistes lors d’une conférence de presse, ajoutant que la Maison-Blanche a fait des heures supplémentaires pour remédier à la situation.

La réunion sera l’occasion de « continuer à développer notre partenariat avec l’UE sur les semi-conducteurs », en mettant l’accent sur les « perturbations à court terme » ainsi que sur les questions de fiabilité de l’approvisionnement à plus long terme.

Réserves françaises

Toutefois, les diplomates de l’UE ont déclaré que la France souhaitait rayer une référence à la deuxième réunion au printemps 2022, lorsque l’élection présidentielle française aura lieu.

Il n’était pas clair comment les membres de l’UE parviendraient à un accord à temps pour la réunion de mercredi, bien que la Commission européenne discute avec la France et d’autres pays de l’UE, ont déclaré des diplomates européens.

Les premiers pourparlers de la TTC ont été remis en question la semaine dernière en raison de la colère de la France suite à l’abandon par l’Australie d’un contrat de 40 milliards de dollars portant sur des sous-marins nucléaires et à sa décision d’opter pour un accord avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Toutefois, le commissaire européen Thierry Breton a déclaré mardi (21 septembre) que les perturbations des relations transatlantiques s’accumulent depuis des années et ne peuvent être réduites à la seule frustration suscitée par le refus des sous-marins.

Un sommet franco-britannique annulé à la suite du différend sur les sous-marins avec l'Australie

Un sommet franco-britannique sur la défense, prévu cette semaine, a été annulé en raison de la polémique sur l’accord controversé de coopération en matière de défense avec les États-Unis et l’Australie (Aukus).

 

Lorsque la Commission européenne a annoncé son intention de lancer le TTC après l’élection du président Biden l’année dernière, certains ont pensé au TTIP, une tentative ratée de conclure un accord commercial global entre l’UE et les États-Unis. Cependant, le TTC est moins ambitieux dans sa portée et a un objectif différent.

Alors que les droits de douane sur l’acier et l’aluminium de l’ère Trump sont toujours en vigueur, les dirigeants européens et américains ont convenu de suspendre l’application des droits de rétorsion liés au différend sur les avions en juin de cette année.

Dans un discours prononcé plus tôt lundi, M. Dombrovskis a également souligné la nécessité de prendre des mesures conjointes à l’égard de la Chine, mais a semblé indiquer une approche plus large et plus multilatérale plutôt qu’un effort UE-États-Unis.

« Nous partageons également les mêmes préoccupations quant à la nécessité urgente de s’attaquer aux pratiques commerciales déloyales émanant d’économies non marchandes », a-t-il déclaré.

Mais il a appelé à un effort conjoint pour renforcer l’Organisation mondiale du commerce, qui n’a pas été conçue pour traiter des questions telles que les transferts de technologie par la force, les « politiques industrielles agressives » et les « subventions industrielles massives. »

Convergence des politiques technologiques 

Cette réunion inaugurale est un « moment constitutionnel » où les deux partenaires doivent définir ce sur quoi ils peuvent s’accorder, a déclaré à EURACTIV Fredrik Erixon, directeur du Centre européen d’économie politique internationale.

Une priorité pour Washington est d’aborder les perturbations à court terme sur les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs, a déclaré aux journalistes un haut fonctionnaire de l’administration américaine. Un des aspects essentiels est d’éviter une « course aux subventions » et d’organiser un système de subventions qui serait complémentaire aux deux partenaires.

Les deux blocs semblent avoir l’intention de mieux coordonner les prises de contrôle étrangères à l’avenir, bien que l’Europe ne dispose toujours pas d’une approche commune en la matière. Il est également reconnu que les restrictions commerciales unilatérales doivent être évitées, car elles risquent d’affecter la chaîne d’approvisionnement du partenaire.

Pour Tyson Barker, responsable technologie et affaires mondiales au Conseil allemand des relations étrangères, les résultats les plus significatifs pourraient venir à long terme avec une approche coordonnée de l’accès aux technologies duales et de l’intégration sur la recherche et le développement. « [Le TTC] vise à établir des relations », a déclaré M. Barker.

Les partenaires transatlantiques s’engagent également à travailler ensemble sur l’intelligence artificielle, malgré des approches réglementaires très différentes. L’objectif est d’établir des principes communs qui définiraient les normes internationales en matière d’IA, afin d’empêcher la Chine de devenir la référence dans ce domaine.

Les négociations sur le « bouclier de protection de la vie privée » (Privacy Shield) se sont officiellement tenues en marge du Conseil étant donné que tous les acteurs impliqués dans la négociation sur la protection de la vie privée ne sont pas impliqués dans le TTC. « Pour moi les deux choses sont liées ; les négociations sur le Privacy Shield sont à un stade avancé », a déclaré Caitlin Fennessy, directrice de recherche à l’International Association of Privacy Professionals.

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