L’UE et les États-Unis travaillent sur une connectivité de confiance pour contrer la Chine

« Nous sommes bien mieux placés pour établir des normes internationales, si nous combinons nos efforts et travaillons ensemble », a déclaré mardi (7 septembre) Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne chargé de l’économie. [Aron Urb]

L’Union européenne et les États-Unis font pression en faveur d’une approche de connectivité de confiance afin de s’assurer que la demande mondiale d’infrastructures numériques et physiques, qui connaît une croissance exponentielle, soit façonnée par des valeurs démocratiques, dans un contexte d’affrontement commercial et idéologique avec la Chine.

En fournissant une connectivité sûre, digne de confiance et transparente nourrie par des valeurs démocratiques, l’Occident espère apporter une réponse à l’influence croissante des gouvernements autocratiques.

« Certains blocs travaillent sur la connectivité pour créer des dépendances profondes », a souligné le président du Conseil européen Charles Michel lors du sommet numérique de Tallinn, mardi 7 septembre.

« Ils ne nous attendent pas. Leurs offres de connectivité sont déjà sur la table, en fonction de leurs intérêts économiques et politiques. Nous devons donc améliorer notre jeu », a-t-il déclaré.

La menace d’être « devancé » par les autocraties, a ajouté la Première ministre estonienne Kaja Kallas, plane sur la communauté transatlantique, car la balance économique penche en faveur des autocraties.

Bien que les dirigeants présents au sommet de Tallinn n’aient pas explicitement désigné la Chine, le message était clair.

Sous l’impulsion de son initiative dite des « Nouvelles routes de la Soie », qui représente plusieurs milliards d’euros, la Chine investit massivement dans le monde entier pour étendre son influence.

Pivot vers la Chine

Le président américain Joe Biden a déjà tenté de rallier les nations du G7 derrière lui pour contrer l’influence croissante de la Chine auprès des pays en développement en exhortant les nations démocratiques à proposer une alternative aux nouvelles routes de la soie.

Cette alternative, semble-t-il, se précise sous la forme du partenariat « Build Back Better World » (B3W), annoncé lors du sommet du G7 en juin.

L’objectif du B3W est de renforcer l’assise des pays démocratiques dans les pays en développement et de veiller à ce que l’avenir du Sud soit sous-tendu par des valeurs démocratiques telles que la transparence, la durabilité et les normes de bonne gouvernance.

L’UE a également intensifié ses efforts pour que l’Europe obtienne sa part du gâteau dans la course mondiale à la construction d’infrastructures, estimée à 33 800 milliards d’euros.

La secrétaire américaine au commerce, Gina Raimondo, a souligné l’importance du projet transatlantique, car « la définition des règles ne peut être laissée aux gouvernements autocratiques ». L’UE et les États-Unis doivent « montrer au monde que nous pouvons résoudre les problèmes de part et d’autre de l’Atlantique », a-t-elle ajouté.

L’UE travaille actuellement sur une nouvelle « stratégie de connectivité » qui devrait être publiée dans les prochains mois.

« L’Europe doit s’efforcer d’avoir plus d’influence, et moins de dépendance. Cela s’applique tant à notre stratégie numérique qu’à notre stratégie géopolitique », a souligné M. Michel, ajoutant que ce dont l’Europe a besoin, c’est d’une stratégie de connectivité « ancrée dans nos valeurs et reflétée dans nos normes. »

Cette stratégie fait suite à une conclusion publiée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE en juillet, qui ont demandé à la Commission européenne de travailler sur un instrument permettant de promouvoir les valeurs de l’UE à l’étranger et de faire valoir son intérêt via une série de projets et d’actions ayant un fort impact et une grande visibilité au niveau mondial.

Le Conseil atlantique estime qu’avec une meilleure coordination et une meilleure définition des priorités entre les États démocratiques, ces initiatives pourraient représenter entre 422 et 844 milliards d’euros.

Fixer des normes et encourager la coopération

Mme Raimondo a souligné qu’il ne s’agit pas « seulement d’une question d’argent ». Si les investissements dans les pays en développement sont cruciaux, il est tout aussi important de fixer des normes et de garantir l’interopérabilité réglementaire.

Alors que la stratégie d’investissement des États autocratiques ne tient pas compte de valeurs telles que la durabilité, le climat ou les droits de l’homme, la communauté transatlantique pourrait veiller à ce que ces valeurs soient respectées à l’avenir en « conditionnant les investissements et en les certifiant comme étant effectués selon un certain ensemble de normes », a déclaré Mme Raimondo.

Cette approche, a-t-elle ajouté, pourrait libérer d’énormes quantités de capitaux privés et publics.

L’un des principaux cadres de cette approche est le Blue Dot Network (BDN), un système de certification d’excellence lancé par les États-Unis, le Japon et l’Australie en 2019.

Le BDN veut encourager les investissements publics et privés en validant et certifiant des projets d’infrastructure caractérisés par la transparence, la responsabilité et la sécurité. Il souhaite également renforcer la confiance des investisseurs en établissant des pratiques communes.

En outre, les dirigeants de l’UE ont convenu avec M. Biden, en juin, de lancer un Conseil du commerce et de la technologie (Trade and Technology Council, TTC) UE-États-Unis afin de rationaliser la coopération dans des domaines clés du commerce et de la technologie, tels que l’intelligence artificielle, la réglementation des plateformes en ligne ou les flux de données. La première réunion du TTC aura lieu les 28 et 29 septembre.

« Nous sommes bien mieux placés pour établir des normes internationales, si nous combinons nos efforts et travaillons ensemble », a déclaré mardi (7 septembre) Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne chargé de l’économie.

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