L’UE pourrait connaître une récession de 10 % très inégale entre pays

Paolo Gentiloni, le commissaire européen à l'économie.

Selon la Commission, la pandémie risque de plonger l’UE dans une récession « profonde », qui ferait chuter son PIB de 5 à 10 % et frapperait inégalement les États membres. Elle préconise donc une solution ambitieuse, innovante et rapide.

Voilà ce qu’ont annoncé le vice-président de l’exécutif chargé des questions économiques, Valdis Dombrovskis, et le commissaire européen à l’économie, Paolo Gentiloni, aux membres de la Commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen, lors d’un débat sur la réponse financière à la crise du coronavirus.

Les deux commissaires ont fourni peu de détails sur le plan sur lequel ils travaillent et qui doit permettre de relancer l’économie après la pandémie, mais ils ont annoncé s’apprêtaient à présenter des mesures d’assouplissement des règles bancaires, censées augmenter la marge de crédit des particuliers et des entreprises.

D’après Valdis Dombrovskis, le PIB risque de chuter « de 5 à 10 % » cette année — tout dépendra de la progression de la maladie et de la réponse politique de l’UE.

Paolo Gentiloni a précisé que les prévisions macroéconomiques qui seront présentées par l’exécutif européen le 7 mai indiquent « une forte baisse du PIB en 2020, pire encore que lors de la crise financière mondiale [de 2008] ». Les conséquences économiques du COVID-19 seront « d’une ampleur comparable aux dernières projections du Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit une chute [du PIB] d’environ 7,5 % » pour la zone euro, a-t-il ajouté.

Au sein de l’UE, l’organisation internationale anticipe une baisse de 7,1 % du PIB.

Par ailleurs, la Commission s’attend à ce que l’impact financier du virus soit « nettement différent » d’un État membre à un autre, tant du point de vue de la diminution du PIB que de la hausse du chômage. Une différence liée non seulement à l’ampleur de la crise sanitaire, mais aussi à la marge de manœuvre dont les gouvernements disposent pour faire face.

« De telles différences peuvent mettre à mal le marché intérieur et l’égalité des conditions de manière générale. Et un marché intérieur fragmenté a pour conséquence d’augmenter les clivages, ce qui ne va dans l’intérêt de personne », a souligné Paolo Gentiloni.

« Il s’agit d’une crise symétrique et externe, avec un potentiel perturbateur sans précédent, qui demande une réponse inédite et innovante », a ajouté le commissaire européen italien, en soulignant que cette réponse devait être trouvée « urgemment ».

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La crise « sans précédent » du coronavirus nécessite de nouveaux outils. La Commission européenne envisage la création d’un nouvel instrument pour soutenir les entreprises solvables, en particulier dans les États membres vulnérables.

Fonds de relance

La Commission présentera son plan de relance intégré au budget à long terme dans la première quinzaine du mois de mai, par lequel elle espère mobiliser environ un milliard et demi d’euros d’investissements pour relancer l’économie.

Pour ce faire, Bruxelles compte rehausser le plafond des ressources propres du budget de l’UE et s’en servir comme d’une garantie pour émettre de la dette sur les marchés. Cela permettrait d’obtenir un financement qui serait ensuite redirigé vers les États membres.

Les commissaires européens n’ont toutefois donné aucune indication précise sur le montant du fonds ni sur le pourcentage qui proviendra de ressources propres, ou sur la part de l’aide qui sera accordée sous forme de subventions non remboursables, comme le souhaite l’Espagne, et sur celle qui sera accordée sous forme de prêts, comme le demandent d’autres pays.

« Ce sont des questions sur lesquelles nous travaillons encore », a indiqué Valdis Dombrovskis, en confirmant que l’exécutif envisageait de renforcer l’instrument budgétaire de convergence et de compétitivité pour la zone euro (IBBC), créé l’an dernier, comme base du fonds de relance.

Le vice-président a précisé que la recherche d’un financement sur le marché « n’entraîn[ait] pas de mutualisation de la dette existante » et que « pour l’instant, tous les États membres étaient ouverts à cette idée ».

D’après Paolo Gentiloni, il sera nécessaire de débloquer une partie du budget avant 2021, « pour que le fonds [de sauvetage] puisse [venir en aide] dans les prochains mois et non les prochaines années ». Et d’ajouter que les prêts accordés « devront avoir des échéances très longues pour éviter d’augmenter la dette de pays déjà très endettés ».

Jusqu’à présent, 3 400 milliards d’euros ont été levés par les États membres et la Banque centrale européenne (BCE) pour pallier les conséquences économiques directes du coronavirus. Début juin, un autre paquet de mesures sera lancé, incluant 540 milliards d’euros de crédits destinés à soutenir les États, les entreprises et les travailleurs.

Flexibilité bancaire

Mardi 28 avril, la Commission a présenté son règlement amendé en matière d’exigences de fonds propres et de comptabilité, qui vise à soulager temporairement les banques en leur laissant une plus grande marge de manœuvre pour accorder des crédits.

La décision du Comité de Bâle de postposer d’un an l’application de l’accord de Bâle III  a aussi été présentée, tout comme les « dispositions transitoires » pour atténuer l’impact des pertes de crédit attendues par les banques. La Commission a aussi apporté des précisions sur la façon d’appliquer les mesures d’assouplissement prévues par les chefs de l’UE.

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