L’UE réunit un groupe d’experts sur la lutte contre la désinformation et la promotion de la culture numérique

Mariya Gabriel assiste à une conférence de presse lors du lancement du groupe d’experts de la Commission européenne sur la lutte contre la désinformation et la promotion de la culture numérique. [YVES HERMAN/EPA]

La Commission européenne a constitué un groupe d’experts sur la lutte contre la désinformation et la promotion de la culture numérique, mardi 12 octobre. Ce groupe a pour mission d’élaborer des lignes directrices communes à l’intention des éducateurs afin de lutter contre la désinformation et de former les citoyens à la culture numérique.

Le groupe, composé d’entreprises, d’organisations et de particuliers issus de divers secteurs, est dirigé conjointement par la DG EAC et la DG CNECT, les services de la Commission chargés respectivement de l’éducation et de la culture, et des affaires numériques. Elles s’efforceront d’élaborer un cadre normalisé permettant aux enseignants européens de lutter contre la désinformation et de promouvoir la culture numérique.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan d’action en matière d’éducation numérique de la Commission, qui a débuté cette année. Ce plan cherche à relever le double défi du passage à l’ère numérique et du monde post-pandémique. Cette initiative intervient après la création en 2018 d’un groupe d’experts de haut niveau similaire sur les « fake news » destinés à contrer la propagation de la désinformation en ligne.

« Aujourd’hui, l’esprit critique et l’évaluation de la qualité des informations auxquelles nous avons accès en ligne sont des compétences aussi cruciales que la lecture et l’écriture », a déclaré Mariya Gabriel, commissaire à l’innovation, la recherche, la culture, l’éducation et la jeunesse.

« Nous voulons donner à nos jeunes les moyens de contribuer au monde du débat et de la discussion en ligne. Pour réussir, nous travaillerons, par le biais de ce groupe d’experts, avec nos enseignants et nos éducateurs, véritables moteurs du changement dans l’éducation et la formation. »

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Le groupe d’experts

Le groupe se compose de 25 membres, dont des représentants du monde universitaire, des médias, de l’éducation et de la cybersécurité, ainsi qu’un certain nombre d’instituts de recherche, d’ONG et d’agences internationales et européennes.

Ses membres s’efforceront d’élaborer des approches communes en matière d’éducation et de sensibilisation des jeunes aux compétences numériques. Ces approches seront déployées dans tous les pays de l’UE. Dans le cadre de son plan pour une décennie numérique, la Commission s’est fixé pour objectif de garantir que 80 % de la population européenne dispose de compétences numériques basiques d’ici à 2030. En 2019, ce chiffre ne dépassait pas 56 %.

Lors du lancement, Mme Gabriel a déclaré que l’un des principaux objectifs du groupe était de transmettre aux jeunes les réflexes et l’« esprit critique » nécessaires pour remettre en question les contenus qu’ils trouvent en ligne et pour distinguer la réalité de la fiction.

Parmi les organismes recrutés pour le groupe figure Facebook Ireland. Une inclusion qui pourrait prêter à controverse en raison des critiques formulées à l’encontre de la plateforme pour son incapacité à lutter contre la désinformation.

Sur la question de l’implication de Facebook, Sonia Livingstone, professeure au département des médias et des communications de la London School of Economics, a déclaré à EURACTIV qu’elle était « plus frappée par l’absence de certains experts essentiels en matière de désinformation et d’éducation aux médias à travers l’Europe – à la fois des individus et des organisations. »

« Bien sûr, ce qui importera en ce qui concerne l’inclusion de Facebook, c’est que l’ensemble du groupe fonctionne de manière solide, indépendante et transparente… ceux d’entre nous qui se trouvent à l’extérieur surveilleront cela de près ! »

Juliane von Reppert-Bismark, fondatrice et directrice exécutive de l’organisation d’éducation à l’information Lie Detectors, membre du groupe d’experts, a déclaré à EURACTIV que « l’Europe doit réfléchir au rôle que la formation et l’éducation peuvent jouer dans la lutte contre la désinformation et son effet corrosif sur la démocratie. »

« Les enseignants nous font part chaque jour de leur inquiétude quant à l’effet polarisant des silos d’information en ligne, et il est important que nous apportions la bonne solution. Mesurer les effets de la formation aux médias doit être une composante essentielle du travail que nous effectuons dans le cadre de ce processus consultatif. Nous restons préoccupés par le rôle des grandes entreprises technologiques dans la désinformation sur les réseaux sociaux », a-t-elle ajouté.

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Initiatives médiatiques

Dans le cadre du plan d’action pour l’éducation numérique, la Commission entend renforcer la connectivité et la numérisation dans les pays de l’UE et améliorer les capacités numériques de leurs citoyens. Le lancement d’aujourd’hui n’est toutefois pas la seule initiative actuelle de la Commission en matière de désinformation.

Dans le cadre de son plan d’action de 2018 contre la désinformation, la Commission a lancé l’Observatoire européen des médias numériques, un regroupement d’organisations de vérification des faits, de médias et d’universitaires qui s’efforcent de coordonner une approche de la surveillance et de la lutte contre la désinformation. Une branche italienne de ce réseau a été lancée le mois dernier.

La mise à jour du Code de bonne pratique contre la désinformation est également en cours. Cet outil d’autorégulation auquel souscrivent les plateformes en ligne, lancé en 2018, a gagné huit nouveaux signataires potentiels au début du mois.

La Commission reste toutefois préoccupée par la perspective de progrès sur l’accord volontaire et sa marge de manœuvre une fois la mise à jour terminée. Elle s’inquiète également face à la possibilité que les négociations sur la prochaine loi sur les services numériques détournent les grandes plateformes en ligne de leurs engagements.

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