L’UE va sanctionner la Banque centrale russe, ce qui déstabilisera le rouble

Photographie du bâtiment du siège de la Banque centrale de la Fédération de Russie à Moscou, prise le 14 décembre 2018. [YURI KOCHETKOV (EPA-EFE)]

L’Union européenne a annoncé dimanche 27 février de nouvelles sanctions européennes à l’encontre de la Banque centrale de la Fédération de Russie. Ces sanctions limiteront fortement la capacité de la Banque centrale à accéder à ses réserves et déstabiliseront ainsi le rouble russe.

Les sanctions ont été approuvées par une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE qui a eu lieu dimanche soir.

« Nous allons […] interdire les transactions de la Banque centrale russe et geler tous ses avoirs pour l’empêcher de financer la guerre de Vladimir Poutine », a indiqué la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dimanche, faisant référence au Président russe Vladimir Poutine et à l’invasion de l’Ukraine qu’il a ordonnée.

Le plus haut diplomate de l’UE, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères Josep Borrell, a déclaré que cela « paralyserait effectivement le marché financier russe ».

Samedi déjà, l’UE, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada avaient annoncé des « mesures restrictives » à l’encontre de la Banque centrale russe. Il est maintenant clair que cela signifie un gel total de ses actifs par le bloc.

« Le gel des actifs de la Banque Centrale de Russie est probablement la sanction la plus importante », a expliqué Piotr Arak, directeur de l’Institut économique polonais, à EURACTIV, en la comparant aux sanctions économiques annoncées précédemment contre la Russie.

« Cela signifie que la Banque centrale sera très limitée dans la réalisation d’opérations de marché pour influencer le taux de change du rouble », a-t-il ajouté, affirmant que le taux de change du rouble chutera considérablement suite à cette mesure.

Tellement d’argent, pourtant si lointain

La Banque centrale russe détient des réserves internationales d’environ 630 milliards de dollars, qui pourraient normalement être utilisées pour soutenir la monnaie russe lorsqu’elle est en difficulté. Toutefois, ces réserves ne servent pas à grand-chose si elles ne sont pas accessibles.

La plupart des réserves sont détenues en titres étrangers, dont beaucoup sont libellés en euros, qui seront désormais bloqués et inutilisables pour la Banque. Une autre partie importante des réserves est détenue sous forme de dépôts en devises étrangères, principalement en euros.

Selon les estimations de Chris Marsh, analyste macroéconomique et financier international, une grande partie de ces dépôts en devises étrangères sont probablement détenus par la Banque nationale allemande, la Bundesbank.

Le chef de la Bundesbank, Joachim Nagel, a déclaré qu’il soutenait pleinement les sanctions contre la Banque centrale russe.

M. Marsh estime que la Banque centrale a encore accès à environ la moitié de ses réserves, principalement constituées d’or et de titres détenus en renminbi (RMB) chinois. Cela accroît la dépendance de l’économie russe vis-à-vis de la Chine, une dépendance qui pourrait être exploitée par le gouvernement chinois.

« La Chine est très douée pour extorquer de l’argent et des concessions aux pays en détresse », a expliqué Piotr Arak à EURACTIV.

L’exclusion de certaines banques russes du service de messagerie interbancaire SWIFT, annoncée samedi (26 février), pourrait accroître cette dépendance, car le seul autre système de communication interbancaire international de la Russie est celui qui la relie aux banques chinoises.

Une insécurité grandissante

Pourtant, les sanctions financières ne coupent pas encore totalement le secteur financier russe des économies européenne et nord-américaine.

Les paiements pour les livraisons de gaz et de pétrole sont toujours possibles dans le cadre du dernier paquet de sanctions, ce qui signifie que, pour l’instant, la plus importante source de revenus et de devises du gouvernement russe reste ouverte.

« Nous sommes encore un pas avant des sanctions complètes comme en Iran en 2012 », a déclaré M. Arak, soulignant que la sanction la plus efficace serait une interdiction des importations de gaz et de pétrole en provenance de Russie.

Néanmoins, les vidéos publiées sur les réseaux sociaux au cours du week-end, montrant de longues files d’attente de clients retirant de l’argent aux distributeurs automatiques, semblent indiquer les premiers signes d’une ruée vers les banques, les Russes essayant de mettre la main sur un maximum d’argent liquide et, si possible, de devises étrangères, tant qu’ils le peuvent.

Une ruée vers les banques déstabiliserait les banques russes, ce qui aurait des répercussions négatives sur l’ensemble de l’économie du pays.

De plus, un rouble nettement plus faible augmenterait le prix des importations pour les consommateurs russes, ce qui pourrait à son tour entraîner une forte inflation en cas de ralentissement économique.

Selon M. Arak, le gouvernement russe sera probablement contraint d’imposer un contrôle des capitaux, limitant à la fois les retraits d’argent et l’échange du rouble contre des devises étrangères.

Outre les sanctions contre la Banque centrale de Russie, l’Union européenne a décidé de fermer l’espace aérien européen aux avions russes, d’interdire les principaux médias russes dans son territoire et de sanctionner certains oligarques proches du régime Vladimir Poutine, après avoir inscrit le Président russe lui-même de même que son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, sur la liste des sanctions vendredi (25 février).

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