Macron impose une réflexion mais pas son calendrier sur la réforme de la zone euro

Malgré les difficultés actuelle à Berlin, Angela Merkel a donné son feu vert à un sommet en mars. [Council]

La discussion politique sur l’avenir de la zone euro est reportée au mois de mars, et la feuille de route en juin 2018.

Lors d’une conférence de presse commune, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont réaffirmé leur volonté de réforme, malgré l’opposition de certains États, dont les Pays-Bas.

Étant donné les difficultés rencontrées par l’Allemagne pour former une nouvelle coalition, le président français a néanmoins accepté d’attendre un peu. « Pour aller de l’avant, nous devons pouvoir compter sur une Allemagne forte et stable », a-t-il déclaré.

Les attentes concernant le sommet de la zone euro, le 15 décembre, étaient basses, mais Emmanuel Macron a quand même convaincu la chancelière allemande et les autres chefs d’État et de gouvernement à se pencher davantage sur les manières dont la zone euro pourrait être réorganisée.

« Il est temps de mettre en place des réformes » dans la zone euro, a d’ailleurs insisté Angela Merkel, parce que les pays partageant la monnaie unique sont à présent dans une situation plus facile que durant la crise de la dette.

Les dirigeants européens demanderont donc à leurs ministres des Finances de préparer « un sommet formel sur la zone euro », en mars, qui jettera les bases d’une « discussion politique stratégique » visant l’adoption de réformes « dans les cinq à dix ans à venir », a expliqué Emmanuel Macron.

Le président français s’est pourtant retenu d’insister sur certaines de ses idées phares, comme le budget de la zone euro, qui se serait heurté à une opposition farouche de la part des Pays-Bas, de la Finlande et de l’Autriche. Le sujet est également encore difficile pour Angela Merkel elle-même.

Il a donc estimé « indispensable » de discuter en premier lieu d’une vision à long terme avant de se pencher sur des propositions spécifiques.

L’objectif sera d’adopter une nouvelle feuille de route de réformes pour la zone euro en juin. Une date qui convient à Berlin, qui aura d’ici là réglé les difficultés actuelles.

Volonté politique

« Nous avons la volonté, nous trouverons le moyen », a indiqué aux journalistes la dirigeante allemande, rappelant qu’il avait également fallu faire preuve de beaucoup de bonne volonté pour s’accorder sur une vision commune aux premiers jours de la monnaie unique. « La volonté est là, et c’est essentiel », a-t-elle insisté.

Les crises en Europe mettent à l'arrêt la réforme de la zone euro

La crise grecque, celle des réfugiés et les désaccords franco-allemands ont sérieusement hypothéqué les avancées de réforme de la zone euro, un des chantiers portés par Jean-Claude Juncker et Mario Draghi pour répondre aux causes de la crise de la dette. 

Pour l’instant, les chefs d’État et de gouvernement se concentreront sur la complétion de l’union bancaire. Ils doivent à ce sujet régler un débat épineux, à savoir s’ils donnent la priorité à la réduction du risque ou à la mutualisation des dépôts.

La Commission européenne propose pour sa part de réduire le volume des créances douteuses des banques, tout en introduisant graduellement un Programme européen d’assurance des dépôts, l’élément le plus controversé de l’union bancaire.

L’exécutif a cependant revu son ambition à la baisse dans le paquet de propositions présenté en décembre sur la finalisation de l’union économique et bancaire. L’institution a ainsi remis au mois de mai toute proposition liée à une nouvelle compétence fiscale et a averti que tous les espoirs d’Emmanuel Macron ne seraient pas concrétisés.

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La crise grecque, celle des réfugiés et les désaccords franco-allemands ont sérieusement hypothéqué les avancées de réforme de la zone euro, un des chantiers portés par Jean-Claude Juncker et Mario Draghi pour répondre aux causes de la crise de la dette. 

Rutte contre Macron

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, n’est favorable à aucune des propositions d’Emmanuel Macron et s’oppose en particulier à la création d’un budget de la zone euro. Pour lui, il ne peut y avoir d’assurance européenne des dépôts avant que les banques aient réduit les risques.

« Je ne suis pas en faveur d’un grand fonds européen d’absorption des chocs, mais pour la création de 19 fonds plus modestes, pour chacun des pays, avec leur capacité individuelle à gérer les crises », a-t-il indiqué à son arrivée au sommet.

Rutte et Schulz, deux visions opposées de l'avenir de l’Europe

Le Premier ministre néerlandais et l’ancien président du Parlement européen se sont affrontés sur la stratégie de relance de l’Europe au Forum de Davos, illustrant les divisions profondes au sein de l’UE.

Il a également critiqué la Commission, qui n’a pas mis en pratique le Pacte de croissance et de stabilité, l’ensemble des règles fiscales européennes. L’exécutif « nous affaiblit au lieu de nous renforcer » quand elle prend ce genre de décisions, et cela arrive « trop souvent » a-t-il insisté.

À la veille du sommet, certains diplomates avaient noté le durcissement de la position néerlandaise, remarquant que La Haye était à présent opposée à toute discussion sur l’union économique et monétaire lors du sommet du 15 décembre.

Le président du Conseil, Donald Tusk, avait tout de même mis le sujet au programme, mais avait écarté les propositions ambitieuses et s’était concentré sur les points plus consensuels. L’annonce d’un nouveau sommet en mars n’en reste pas moins une déconfiture pour Mark Rutte.

De son côté, son homologue espagnol, Mariano Rajoy, en faveur d’un approfondissement de la zone euro, a rappelé qu’il était nécessaire de faire la distinction entre le long et le court terme. Il estime que l’union bancaire pourrait être finalisée l’an prochain et qu’il faudrait alors « voir si nous pouvons transformer le Mécanisme européen de stabilité en un Fonds monétaire européen », une des autres propositions envisagées.

Pour réformer l'UEM, la Commission veut un siège au FMI

La Commission européenne défend la création d’un siège unique pour la zone euro au FMI, dans le cadre de son initiative de renforcement de l’union économique et monétaire.

Après le sommet, Donald Tusk a affirmé qu’il existait un « large consensus » quant à la création de ce fonds, qui se chargerait des programmes de sauvetage. La Commission a proposé qu’il soit un prêteur de dernier recours pour les banques de l’union bancaire, via le Fonds unique de résolution.

Nécessité d’une union fiscale

En ce qui concerne le long terme, Mariano Rajoy a insisté sur le fait qu’il était « impossible » d’avoir une union économique et monétaire sans une union fiscale comprenant un budget de la zone euro, une autorité européenne de gestion et l’émission d’euro-obligations.

Cependant, pour atteindre cette phase d’intégration, les pays doivent d’abord mettre de l’ordre dans leurs affaires individuelles, en instaurant discipline budgétaire et réformes structurelles – une idée sur laquelle Mark Rutte a également insisté.

Le Premier ministre espagnol a toutefois ajouté que les pays de la zone euro ne pouvaient pas rester avec une union économique et monétaire à moitié réalisée, rejoignant ainsi Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, qui a lui aussi insisté sur ce point.

Au cours de ces derniers mois, Mario Draghi a vivement encouragé les banques nationales à constituer des réserves de fonds propres afin de se protéger contre les créances douteuses qui figurent toujours dans leur bilan. Pour lui, les structures de la zone euro doivent également être renforcées. « Nous devrions être prêts à agir en cas de nouveau choc », a-t-il dit.