Macron fait à Versailles son Davos avant Davos

Versailles Palace_CREDIT[Ninara_Flickr]

Sur la route du Forum économique mondial de Davos, près de 140 CEO d’entreprises mondiales sont invités à Versailles ce lundi pour rencontrer le gouvernement français et parler attractivité de la France.  Un article de notre partenaire La Tribune

Jupiter aime recevoir en son Olympe. Et Emmanuel Macron, qui s’est vu attribuer le patronyme du roi des dieux du Panthéon romain aime recevoir les grands de ce monde à Versailles (il y avait accueilli Poutine et prononcé un discours devant le Congrès en début de mandat). À l’initiative du président de la République, 140 patrons des plus grandes entreprises mondiales vont donc faire un « stop » à Paris pour une rencontre au sommet avec une quinzaine de ministres du gouvernement français et y parler attractivité et investissement en France.

Belle opération de com’ bien mise en scène avec, ce lundi, en amont de ce sommet intitulé « Choose France », un Macron qui ira à Valenciennes saluer un investissement de 400 millions d’euros de Toyota dans cette usine emblématique, sur les terres de Jean-Louis Borloo. Tout schuss sur la route de Davos, le chef de l’État prononcera aussi mercredi un discours en séance plénière à l’invitation du fondateur du Forum économique mondial qui sera l’occasion pour lui de poser un diagnostic des fractures de la mondialisation et sa vision des remèdes que les dirigeants politiques et économiques doivent y apporter.

Local, national et global

Résumons : du local, du national et du global. Du local dans le nord de la France, pour dire à l’opinion que l’ouverture des frontières aux investissements étrangers apporte aussi du bon, c’est-à-dire de l’emploi ; du national sous les dorures de Versailles, avec un sommet sur l’attractivité inédit dans sa forme et qui devrait être l’occasion d’annoncer 100 mesures concrètes pour attirer les investisseurs étrangers ; et du global à Davos, la petite station des Grisons suisses avec un discours présenté par l’Élysée comme un des temps forts du World Economic Forum, puisque, source Élysée, il n’y aura aucun autre « side event » en parallèle de l’intervention du chef de l’État français, dont le discours précédera même de deux jours celui de son homologue américain, Donald J. Trump devant s’exprimer lui aussi, mais le vendredi, en clôture du forum de Davos.

VRP de la maison France

Bien sûr, chacun pourrait gloser sur le côté un peu pompeux de ce coup de com’ là : Versailles, plus Davos, le tout dans une sorte de huis clos réunissant les « global leaders », les plus grands dirigeants du monde. Mais on pourrait aussi se féliciter de voir Macron jouer de la sorte la carte opportuniste du VRP de la maison France, ce qui est après tout aussi un peu le rôle d’un chef de l’État. Il fut un temps où aller à Davos était mal vu par le monde politique français, le lieu étant qualifié de symbole de la mondialisation opprimant les peuples au nom du profit des plus puissantes multinationales qui s’y réunissent une fois l’an dans une débauche de limousines et d’hôtels de luxe. Mais, plutôt que de fustiger cet entre-soi, pourquoi finalement ne pas considérer comme assez salutaire le tournant de la diplomatie française qui se met enfin à être aussi économique. En reprenant la tête du combat contre les dérèglements climatiques après le retrait des États-Unis de Donald Trump de l’Accord de Paris, le président français cultive un leadership international que la plupart des dirigeants du monde lui reconnaissent, à cause et grâce au caractère particulier de son élection de 2017. Le One Planet Summit de décembre avait déjà permis de relancer à Paris les feux de la COP21 deux ans après, avec la participation de très nombreuses grandes entreprises.

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Flatteur pour la France

Cette séquence attractivité tombe donc à point nommé pour permettre à Emmanuel Macron et l’équipe gouvernementale de faire le service après-vente des réformes déjà engagées et avant-vente de celles encore à venir. Partant du principe que le leadership ne s’use que si on ne s’en sert pas, le chef de l’État a bien raison de lancer cette opération séduction et on doit reconnaître qu’il est finalement assez flatteur, pour la France, de voir 140 PDG ou DG de grands groupes mondiaux, venir participer à Paris à des réunions bilatérales avec le gouvernement français. Qu’aurait-on dit s’ils avaient choisi de faire un stop à Londres ou Francfort…

Du côté des étrangers, la présence sera pour moitié américaine, mais il y aura, selon l’Élysée, 25 % de patrons d’entreprises européennes et 25 % venant d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. Ils déjeuneront avec le Premier ministre Édouard Philippe puis pourront parler en bilatéral sur des dossiers concrets avec Bruno Le Maire (Économie), Muriel Penicaud (Travail), Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères), Agnès Buzyn (Santé), Stéphane Travert (Agriculture), Florence Parly (Défense) et Mounir Majhoubi (numérique), mais aussi Valérie Pécresse (présidente de la région Ile-de-France). Il y aura également les patrons de l’Agence des Participations de l’État, bien pratique à l’approche de nouvelles privatisations, de Bpifrance, Nicolas Dufourcq et de Business France Pascal Cagni (un ancien d’Apple).

« France is back »

Parmi les figures qui seront présentes, des banquiers comme Jamie Dimon, le patron de la puissante banque JP Morgan, Lloyd Blankfein, celui de la banque d’affaires Goldman Sachs, mais aussi celui de Bank of America. Il y aura aussi les patrons de McKinsey, UPS, Manpower, Coca-Cola, SAP, le numéro 2 d’Alibaba et enfin Richard Liu, CEO de JD.Com, le géant chinois de la vente en ligne. Côté français, Maurice Lévy (Publicis), qui organise aussi le forum de Davos, participera, ainsi que Jean-Laurent Bonnafé (BNP Paribas), Thomas Buberl (Axa) et Emmanuel Faber (Danone). On n’attire pas les mouches avec du vinaigre et si le coût de la grand-messe de Versailles de ce lundi n’est sans doute pas donné, il semble évident que le faste du lieu a dû peser dans la balance pour convaincre tous ces chefs d’entreprise internationaux de venir.

Ce présommet de Davos organisé à l’initiative du président a bien évidemment un objectif assumé : « France is back ». D’ailleurs, le sommet économique de Versailles se déroulera en anglais, langue de Davos. John Chambers, l’ancien PDG de Cisco qui investit beaucoup en France, prononcera un discours sur la France dont il ne cesse de chanter les louanges depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Parmi les mesures concrètes qui seront dévoilées lundi par le président, qui prononcera un discours de clôture avant de recevoir tout ce beau monde pour un dîner sans doute grand siècle (dont on ne sait s’il sera aux chandelles…), l’Élysée reste discret. Mais on évoque pêle-mêle un nouveau renforcement du régime fiscal des impatriés (une exonération de charges pour les salariés étrangers des entreprises qui investissent en France), la création d’une chambre internationale pour améliorer l’accueil et l’information des investisseurs qui choisissent la France.

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