Macron fait l’éloge de l’Europe sociale de Juncker

Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron. [European Commission]

Emmanuel Macron a apporté son soutien à Jean-Claude Juncker sur ses projet en matière de politiques sociales durant sa première visite à Bruxelles.

L’Europe sociale et les politiques liées au travail sont souvent sources de profonds désaccords entre les États membres de l’UE. Mais Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker sont sur la même longueur d’onde, du moins sur certaines questions sociales.

« C’est la première fois qu’un chef d’État ou de gouvernement entame son dialogue avec moi par un sujet comme celui-ci », a déclaré Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne durant la conférence de presse aux côtés du nouveau président français, le 25 mai.

Emmanuel Macron a profité de la rencontre avec Jean-Claude Juncker pour encourager le président de l’exécutif à avancer sur un projet de loi controversé sur les travailleurs détachés.

« Elle est tout à fait conforme à mes propres idées », a déclaré Emmanuel Macron, faisant référence à la loi européenne sur les travailleurs détachés. « Nous avons besoin d’une Europe qui protège les gens et cette loi donnera à l’Europe une nouvelle signification, car sinon les Européens ne la comprennent pas », a-t-il déclaré aux journalistes.

Plusieurs candidats à la présidentielle ont mis la question des travailleurs détachés sur la table en mars et en avril.

La Commission a proposé une nouvelle version de la directive sur les travailleurs détachés l’année dernière. Celle-ci règlemente combien de temps une personne vivant dans un pays européen peut travailler dans un autre État membre. Paris est un fervent défenseur de la loi, jugée nécessaire pour mettre un terme au dumping des travailleurs à faible revenu venant d’un autre pays et proposant une meilleure offre que les locaux.

La France est le pays qui compte le plus grand nombre de travailleurs détachés originaires d’autres pays européens. L’arrivée de travailleurs détachés en France a connu une hausse de 10,7 % entre 2010 et 2015.

Une nouvelle carte pour lutter contre la fraude aux travailleurs détachés

Bernard Cazeneuve et Myriam El Khomri ont remis mercredi la première carte professionnelle à un salarié du BTP, qui va devenir obligatoire cette année. L’objectif est de lutter contre le travail illégal et la fraude au détachement en Europe.

Un groupe d’États membres de l’est se sont férocement opposés à la révision de la loi encadrant cette pratique, rendant les négociations tendues et laborieuses.

« Pour l’instant, le détachement des travailleurs affaiblit l’idée de l’Europe, nourrit les extrémismes et nourrit la haine d’autrui », a commenté Emmanuel Macron.

Les défenseurs de règles plus strictes pour les travailleurs d’autres pays européens soutiennent que sans réglementation, il est difficile pour les travailleurs de trouver un travail dans leur propre pays, car ils font face à des personnes prêtes à travailler pour un salaire plus bas.

« Le principe est simple : si vous faites le même travail dans le même endroit, vous devez gagner le même salaire », a expliqué Jean-Claude Juncker.

« En Europe il n’y a de place ni pour du dumping social ni pour du dumping fiscal. J’aime les choses qui vont de pair, et la lutte contre le dumping fiscal doit être menée avec le même niveau de conviction. »

Selon Emmanuel Macron, Jean-Claude Juncker veut renforcer les mesures de surveillance dans la révision de la directive sur les travailleurs détachés. Cela voudrait dire que les États membres devraient coopérer dans la lutte contre la fraude et identifier les personnes qui ne respectent pas la loi, c’est-à-dire celle qui travaillent dans un autre État membre plus longtemps que permis par exemple. La France avait poussé à l’intégration d’une procédure de surveillance dans le projet de loi européen.

La clause Molière menace la réforme des travailleurs détachés

La multiplication des clauses Molière en France pourrait mettre en péril la révision de la directive sur les travailleurs détachés, que Paris a pourtant défendue bec et ongles.

Jean-Claude Juncker s’exprime souvent sur les salaires minimums et autres politiques sociales. Le mois dernier, l’exécutif a proposé de modifier les règles européennes sur le congé parental et de paternité et a annoncé une révision d’une loi sur les contrats de travail pour potentiellement l’appliquer aux travailleurs de l’économie précaire des applications et leur donner plus de garanties sociales.

La présidence du Conseil de l’UE, qui coordonne le travail des États membres sur les dossiers législatifs et qui est actuellement détenue par Malte, a déclaré vouloir sortir les négociations de l’impasse et conclure un accord sur les travailleurs détachés d’ici au moins prochain.

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