Malgré la poussée d’inflation, la BCE pas encore prête à réduire ses soutiens

Comme son homologue outre-Atlantique, l’institution de Francfort abreuve les économies européennes de liquidités abondantes. [Kiev.Victor/Shutterstock]

L’économie européenne rebondit plus fort qu’attendu tandis que la hausse des prix accélère : la Banque centrale européenne va-t-elle commencer à réduire ses soutiens exceptionnels ? La question pourrait être débattue jeudi (9 septembre), mais sans décision avant quelques mois.

La croissance s’est réinstallée en zone euro depuis le printemps tandis que l’inflation a atteint 3 % en août, pulvérisant au passage l’objectif de 2 % de la BCE, grâce aux progrès de la vaccination et la levée des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19.

Soucieux de ne pas casser la croissance, les 25 membres du Conseil des gouverneurs devraient sagement reconduire, à l’issue de leur réunion régulière, la potion anti-crise faite de taux d’intérêt historiquement bas et d’achats massifs de dettes, estiment les observateurs.

À défaut de changement de cap, les marchés brûlent de connaître les intentions de la BCE après la prudence manifestée, fin août, par le président de la banque centrale américaine (Fed), Jerome Powell, resté vague sur le calendrier d’un resserrement de la politique monétaire.

Comme son homologue outre-Atlantique, l’institution de Francfort abreuve les économies européennes de liquidités abondantes.

La BCE a lancé en mars 2020 un plan d’urgence (Pandemic Emergency Purchase Programme, PEPP) gonflé depuis à 1 850 milliards d’euros. Il s’agit de rachats de dette publique et privée sur les marchés qui vont s’étaler jusqu’à mars 2022, voire au-delà, avec pour effet de garantir des financements bon marché et ainsi de doper la demande et l’activité.

Cet outil s’est ajouté au programme initial d’achats de titres, l’APP, lancé depuis 2015 pour lutter contre le spectre de la déflation en zone euro et qui lui n’a pas de limite dans le temps.

En mars, quand les taux d’intérêt auxquels les États européens financent leurs emprunts commençaient à augmenter, la BCE a accéléré son intervention, atteignant depuis 20 milliards d’euros de rachat de dette en moyenne par semaine au titre du PEPP.

Or, « la BCE n’a aucun intérêt à s’engager sur la fin du PEPP ou l’augmentation de l’APP six mois avant la fin prévue du programme d’urgence, alors que l’incertitude reste élevée concernant les effets du variant delta comme la réduction progressive de ses rachats par la Réserve fédérale américaine (Fed) », estime Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Dissensions au conseil

Tout au plus, la BCE pourrait décider jeudi (9 septembre) de « ralentir très légèrement » le rythme du PEPP autour de 70 milliards d’euros par mois en moyenne au dernier trimestre, selon M. Ducrozet.

Le calibrage est délicat car l’accélération de l’inflation en zone euro « renforce les dissensions entre les membres du conseil des gouverneurs de la BCE », note Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management.

Les banquiers centraux hostiles à une politique monétaire ultra accommodante ont donné de la voix ces derniers jours : la poussée d’inflation doit conduire à réduire le stimulus monétaire dès maintenant, plaide Robert Holzmann, gouverneur de la banque d’Autriche.

Même discours du côté d’un autre partisan de l’orthodoxie, Jens Weidmann, président de la Banque fédérale d’Allemagne.

Fièvre des prix temporaire

Rangée derrière la présidente de l’institut, Christine Lagarde, la majorité des autres gouverneurs de banques centrales voient dans l’actuelle poussée d’inflation un phénomène temporaire, lié à la flambée des prix de l’énergie ou aux pénuries de matériaux.

Un nouveau jeu de prévision économique est attendu jeudi : peu de changements sont prévus par rapport à juin, quand les perspectives de hausse de prix s’affichaient inférieures à 2 % en 2022 et 2023.

« Il faudrait que la perspective d’inflation ou la vision d’une spirale d’augmentation prix-salaires change pour que la BCE modifie significativement son cours », estime Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Cela passerait par « une fin progressive des rachats de dettes au titre du PEPP avec en plus toutes les questions politiquement sensibles autour du degré de flexibilité dont disposerait l’autre ancien programme APP », explique Gilles Moec, économiste chez Axa,

Et de conclure que l’institut « n’est pas mûr » pour telle décision en la repoussant à « décembre », lors de la dernière réunion de l’année.

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