Sandro Gozi : Macron a conduit l’Allemagne à des décisions jusqu’alors « impensables »

Le député européen LREM Sandro Gozzi. [EPA/JULIEN WARNAND]

La récente proposition franco-allemande d’un fonds de relance de 500 milliards d’euros est le résultat du « tournant » pris par le président français Emmanuel Macron en avril dernier, selon l’eurodéputé Sandro Gozi dans un entretien à Euractiv Italie.

« Je place beaucoup d’espoir dans l’action européenne d’Emmanuel Macron, qui a pris un tournant très important en avril dernier. Pour la première fois depuis longtemps, un président français n’a pas accepté un compromis minimaliste proposé par l’Allemagne », indique l’Italien Sandro Gozi, député européen élu en France avec la République en marche.

« Mais [Emmanuel Macron] a réuni un groupe de pays comprenant l’Italie, l’Espagne, le Portugal, qui travaille à s’adjoindre l’Irlande, le Luxembourg, la Belgique, afin d’éviter la confrontation d’un bloc du Sud contre le Nord, qui ne serait dans l’intérêt de personne. Un accord de principe a ainsi été conclu sur le fonds de relance et les obligations de relance, amenant l’Allemagne à des positions qui étaient impensables il y a encore quelque temps », ajoute l’eurodéputé.

La chancelière allemande Angela Merkel et Emmanuel Macron ont fait part de leur proposition commune pour un programme de relance européen de 500 milliards d’euros à l’issue d’une conférence virtuelle lundi 18 mai.

Merkel et Macron proposent un plan de relance inédit de 500 milliards d’euros

La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron, ont présenté une proposition conjointe de plan de relance européen à hauteur de 500 milliards d’euros, pour sortir l’UE de la crise de façon « unie et solidaire ».

L’initiative, qui repose sur des subventions plutôt que sur des prêts, a été saluée par la Commission européenne, le Parlement européen et la Banque centrale européenne. Le Sud de l’Europe a déclaré qu’il s’agissait d’un bon point de départ.

La grande question porte désormais sur les conditions qui accompagneront les modalités d’octroi de cet argent.

Un diplomate de l’UE souligne que l’argent de l’UE est toujours assorti de « conditionnalités ». « Pour une raison simple : si vous dépensez l’argent de tout le monde, des modalités doivent s’appliquer. »

Pour des raisons politiques, économiques et culturelles, toute idée de relance de l’Europe qui n’inclut pas de conditions est vouée à l’échec, selon Sandro Gozi.

« Aujourd’hui, il n’y a plus de véritable couple franco-allemand. Quant à l’Italie, elle se trouve objectivement dans une position de faiblesse et est confrontée à de grandes difficultés. Elle est le principal bénéficiaire de l’action de la BCE et sera le principal bénéficiaire du Fonds de relance. Cette vulnérabilité économique nous affaiblit, c’est évident », souligne-t-il.

Bruxelles lève le voile sur son plan de relance

Ursula von der Leyen a donné des détails sur son plan de relance de l’économie européenne. Elle n’a en revanche pas révélé le montant du nouveau projet de budget à long terme de l’UE, qui sous-tendra la feuille de route.

Sandro Gozi estime que la relance de l’Union devrait être fondée sur une protection accrue de l’État de droit et des valeurs fondamentales, sur un plan de relance économique, sociale et de transformation écologique, financé par des ressources propres et une dette européenne commune.

« Un compromis possible reviendrait à s’accorder sur un plan de relance et de transformation, financé par une dette européenne commune, fondé sur de nouvelles ressources propres de l’Europe, embryon de cette capacité budgétaire, c’est-à-dire de cette capacité fiscale européenne, que nous, fédéralistes, jugeons nécessaire. Cela constituerait un bon pas vers l’Europe que nous voulons. Pour y parvenir, les Français, les Allemands et les Italiens doivent penser l’impensable », relève-t-il.

« Cela dépendra en grande partie du courage de la Commission von der Leyen, qui a même mentionné Altiero Spinelli dans son discours au Parlement européen. L’exécutif doit faire une proposition ambitieuse, et non choisir le plus petit dénominateur commun entre les 27, en prenant la direction politique du Parlement qui lui a donné sa confiance », conclut-il.

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