La prestation de Mark Zuckerberg n’apaise pas le Parlement européen

Mark Zuckerberg lors de sa séance au Parlement européen. [European Parliament]

Face à une poignée de représentants du Parlement européen, le PDG de Facebook a donné des réponses évasives aux questions sur ses politiques de protection des données.

Scandale sur la protection des données, politique publicitaire opaque et possible monopole, les élus européens étaient prêts à mettre Mark Zuckerberg sur le grill le 22 mai. Après avoir finalement accepté de rencontrer certains eurodéputés, le PDG de Facebook, leur a répondu de manière très vague.

Les échanges ont duré un peu plus de temps que prévu, plus d’une heure et demie. Ce sont surtout les eurodéputés qui ont tenu le crachoir, Mark Zuckerberg ne passant qu’une vingtaine de minutes à répondre aux questions à la fin de l’audition.

Le numéro 1 de Facebook, s’est efforcé d’écarter les questions complémentaires des élus, soulignant vouloir « faire attention à l’heure ». Un signe interprété comme du mépris, alors que sa convocation devant le Congrès américain avait duré plus de dix heures.

La séance a été rythmée de faux pas, accusations et commentaires échaudés. À plusieurs occasions, Mark Zuckerberg a visiblement voulu changer de sujet, voire forcer la fin de la réunion.

Quand le conservateur britannique Syed Kamall a rappelé à l’Américain qu’il n’avait pas répondu à une question sur la manière dont Facebook récolte les données de personnes qui ne sont pas des utilisateurs de la plateforme, celui-ci a eu l’air ennuyé. Il a brièvement expliqué que Facebook collectait les données des non-utilisateurs pour des raisons de sécurité.

Plusieurs eurodéputés ont estimé que le format de la réunion était responsable des réponses rapides du PDG de Facebook. Après la séance, Syed Kamall a ainsi assuré qu’il s’était agi d’une « ‘carte sortie de prison’ [comme au Monopoly] et a donné à M. Zuckerberg trop de possibilités d’éviter les questions difficiles ».

Zuckerberg attendu de pied ferme par les eurodéputés

Après le scandale des fuites de données, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, a finalement accepté de rencontrer des représentants du Parlement européen. Pour Věra Jourová, commissaire à la justice, c’est surtout à lui-même qu’il fait une faveur.

Peu de temps

Le président du Parlement, Antonio Tajani, s’était félicité de la venue de Mark Zuckerberg, qu’il considérait comme une victoire. Il avait négocié cette audience pendant des semaines, et elle n’a été confirmée que le 16 mai.

Le format d’une rencontre avec un petit nombre d’élus ne correspondait cependant pas à ce que le Parlement avait demandé le mois dernier. Le président de l’institution avait en effet écrit à Mark Zuckerberg pour lui demander de comparaitre à une audience publique devant quatre commissions parlementaires après les révélations de mars, selon lesquelles les données privées d’environ 87 millions d’utilisateurs Facebook avaient été analysées sans leur accord par les consultants politiques de Cambridge Analytica.

Finalement, les eurodéputés présents n’ont eu que peu de temps pour interroger le représentant de Facebook. Celui-ci avait au départ donné son accord pour une séance à huis clos, ce qui avait provoqué un tollé au Parlement. La veille de la séance, Antonio Tajani avait finalement annoncé qu’elle serait filmée et diffusée en temps réel.

Dans ses premières déclarations, Mark Zuckerberg a tenté d’apaiser les inquiétudes des Européens sur la vie privée, les campagnes publicitaires politiques en périodes électorales et les contenus extrémistes. Il a insisté sur le fait que la plateforme avait l’intention d’engager des collaborateurs au niveau local et d’ouvrir des bureaux dans davantage de villes européennes. La plupart des élus n’ont cependant pas perdu de temps et ont ouvert le bal avec les questions qui fâchent.

« Il est temps de discuter de la fin du monopole de Facebook, parce qu’il a déjà trop de pouvoir », a estimé Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen, de centre droit, qui souligne aussi que la décision de rendre les algorithmes publics « ne peut pas être celle d’une entreprise, mais des sociétés ».

Le scandale Facebook décrédibilise la protection des données européennes

Pour les eurodéputés, l’UE a besoin de lois encore plus strictes pour empêcher l’utilisation illégale de données de millions d’utilisateurs comme l’ont fait Facebook et Cambridge Analytica..

Facebook et RGPD

Plusieurs élus ont demandé à Mark Zuckerberg de présenter en détail la manière dont Facebook comptait se conformer au RGPD, le nouveau règlement général de protection des données, qui entre en vigueur le 25 mai.

Claude Moraes, président de la commission sur les libertés civiles (LIBE), lui a aussi demandé si la plateforme donnerait aux utilisateurs leurs données personnelles vendues aux publicitaires. Il a averti que le RGPD la forcerait à le faire.

L’eurodéputé vert allemand Jan Philipp Albrecht, qui a dirigé les négociations du Parlement sur le RGPD, a pour sa part voulu savoir si Facebook demanderait aux utilisateurs de consentir à ses différents services. Une mesure de la loi stipule que si les entreprises traitent des données à des fins autres que ce qui est nécessaire pour un service spécifique, les utilisateurs doivent donner leur accord. Mark Zuckerberg n’a cependant dédié que quelques minutes sur le sujet du RGPD.

Le Belge Philippe Lamberts, qui dirige le groupe des Verts au Parlement, a été frustré par la précipitation de la réunion et l’a fait savoir à l’Américain. « Je vous ai posé six questions auxquelles il vous suffisait de répondre par oui ou non. Je n’ai pas eu une seule réponse », a-t-il dit. « Vous n’avez pas demandé ce format [de rencontre] au hasard, c’est clair. »

Antonio Tajani a été obligé de défendre la petite réunion privée à plusieurs reprises. Il a même insisté sur le fait que Mark Zuckerberg n’avait pas refusé d’assister à une audience publique.

À la fin de la réunion, les eurodéputés ont élevé la voix et exigé qu’il intervienne pour faire répondre l’Américain. Le président du parlement s’est retrouvé acculé, il a tenté de calmer les élus en colère, sous le regard fixe de Mark Zuckerberg. « C’est le format », a-t-il répété.

Zuckerberg répondra par écrit

Antonio Tajani a demandé à Mark Zuckerberg de répondre par écrit « dans les prochains jours » aux questions des eurodéputés, ce qu’il a accepté.

C’est peut-être la seule chance qu’auront les législateurs européens d’interroger le PDG de la plateforme sur la connaissance qu’avait réellement l’entreprise du récent scandale de Cambridge Analytica. La pression est cependant toujours forte pour qu’il fournisse aux eurodéputés des explications plus complètes sur l’atteinte à la protection des données.

S’il a fini pas concéder une audition au Parlement européen, Mark Zuckerberg n’a jusqu’à présent pas donné suite à une convocation du parlement britannique.

Après la réunion de mardi à Bruxelles, l’eurodéputé britannique Damian Collins a déclaré dans un communiqué qu’il s’agissait d’une « occasion manquée pour un examen approfondi de nombreuses questions cruciales ». Damian Collins préside la commission parlementaire sur le numérique et la culture, qui a initialement exigé des explications de Facebook.

Il a de nouveau insisté pour que Mark Zuckerberg comparaisse devant l’assemblée britannique « pour fournir aux utilisateurs de Facebook les réponses qu’ils méritent ».

Zuckerberg se résigne à une rencontre à huis clos avec les eurodéputés

Après des semaines de tractations, le PDG de Facebook a accepté une audition à huit-clos devant les eurodéputés sur le scandale des données volées. Un format dénoncé par un partie des parlementaires.

 

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