Angela Merkel fait fi des appels à la relance budgétaire

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L’Europe a appelé la chancelière allemande, Angela Merkel à augmenter les dépenses publiques afin d’éviter l’austérité qui a aggravé la crise de l’euro, mais cette dernière ne s’y est pas pliée.

Lors de la réunion hebdomadaire du cabinet ministériel allemand, Angela Merkel a déclaré aux journalistes que le projet du budget national pour l’année prochaine incluait déjà des niveaux record de dépenses publiques.

« Avec cette politique budgétaire, nous pouvons également enregistrer une croissance », a affirmé la chancelière allemande.

Mais aux yeux des institutions européennes, la marge de manœuvre de Berlin est plus grande qu’il n’y paraît. S’adressant à commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen, le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno, a déclaré que pour éviter la récession, « des actions préventives [étaient] nécessaires ».

Le ralentissement économique sème le trouble dans l’UE

Les États membres de l’UE devraient se préparer à « tous les scénarios », alors que l’économie européenne continue de ralentir et ne devrait pas reprendre de si peu, avertit la Commission européenne dans ses dernières prévisions économiques.

« Il n’y a pas de raison de dramatiser, mais nous devons agir si nous voulons maintenir les tendances récentes du marché économique et du marché du travail », a-t-il ajouté.

La Commission européenne et la Banque centrale européenne ont appelé les gouvernements dont les finances publiques sont équilibrées, en particulier l’Allemagne et les Pays-Bas, à investir pour stimuler la croissance économique. L’Allemagne a échappé de peu à la récession technique lors du troisième trimestre avec un faible taux de croissance de 0,1 %.

Plus tôt ce mois-ci, l’exécutif européen a ajusté ses prévisions du PIB allemand à 0,4 % pour cette année, mais a réduit la prévision de croissance à 1 % en 2020 et en 2021.

Le commissaire des affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a martelé que l’Allemagne devrait œuvrer davantage sur le front budgétaire pour soutenir son économie.

Mercredi 20 novembre, la Commission fera connaître son avis sur les budgets nationaux des membres de la zone euro pour l’année 2020.

Alors que la crise économique menace en Europe, M. Centeno a maintenu que si la récession frappe, les gouvernements nationaux ne devraient pas revenir à l’austérité « qui empirerait les choses », comme cela s’est produit en 2011-2012 lorsque l’Europe a plongé dans une crise économique auto-infligée en raison de coupes budgétaires.

« Nous ne devons pas faire reproduire les mêmes erreurs », a souligné Mario Centeno devant la commission parlementaire.

Pression allemande

Angela Merkel a également été confrontée à une pression nationale pour stimuler l’économie outre-Rhin.

La Fédération des industries allemandes (BDI) et la confédération allemande des syndicats (DGB) se sont exceptionnellement alignées pour réclamer davantage de dépenses publiques.

« L’Allemagne doit sortir de l’apathie », a déclaré Dieter Kempf, le président de la BDI. « Il ne s’agit pas ici de lutter contre les signes de récession, mais de s’atteler aux causes bien plus profondes de la faible croissance économique », a-t-il renchéri.

D’après M. Kempf, le numérique et l’infrastructure des transports constituent une priorité. En outre, selon lui, 0,5 % du PIB allemand (environ 17 milliards d’euros) devrait être ajouté, dans le budget 2020, au 43 milliards d’euros accordés à l’investissement public.

Pour KfW, une banque allemande de développement appartenant à l’État, presque 140 milliards d’euros sont nécessaires dans l’investissement public à travers les grandes villes allemandes.

« Nous ne pouvons plus mettre en péril la prospérité des futures générations avec une infrastructure si surannée et un système d’éducation insuffisamment financé », a affirmé le chef de la DGB.

La déclaration conjointe de la DGB et de la BDI presse le gouvernement de revoir « frein à l’endettement», une règle inscrite dans la constitution allemande visant à garantir un budget équilibré.

Toutefois, lors de la réunion du cabinet ministériel, le ministre des Finances Olaf Scholz, a fait la sourde oreille face aux remarques de la DGB et BDI, considérant qu’il s’agissait plutôt d’un signe de soutien au budget en expansion du gouvernement.

Mais le ministre a récemment laissé entendre que Berlin pourrait revoir ses positions bien ancrées dans le secteur économique.

Après près de cinq ans d’opposition allemande au système de garantie des dépôts à l’échelle européenne, il a déclaré qu’il était prêt à le soutenir notamment si les partenaires de la zone euro reconsidéraient le traitement réglementaire accordé à la dette publique détenue par les banques.

Pour M. Centeno, ce revirement de la part de M. Scholz a apporté un « nouveau souffle » lors de débats du mois dernier entre les ministres des Finances de l’eurozone sur les garanties des dépôts.

« Nous sommes désormais sur le point d’établir une feuille de route pour commencer les discussions au sujet d’une garantie commune des dépôts », a-t-il précisé auprès des eurodéputés.

Les pays de la zone euro voudraient adopter ce régime en décembre 2019, afin de commencer les discussions politiques l’année prochaine.

En Europe, le chômage se stabilise et la croissance cale

La croissance dans la zone euro est restée stable au troisième trimestre, mais à un niveau faible de 0,2%, signe d’une stagnation de l’activité en Europe, selon l’Office européen de statistiques Eurostat. Un article de notre partenaire, la Tribune.

 

 

 

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