Rome appelée à revoir son budget 2019

Mario Centeno, president de l’Eurogroupe; Bruno Le Maire, minister français des Affaires économiques, des Finances et de l’Industrie; Giovanni Triaministre italien des Finances et des Affaires économiques; et Pierre Moscovici, commissaire européen à l’économie. [Consilium]

Les ministres des Finances de la zone euro et la Commission européenne appellent le gouvernement italien à respecter les règles budgétaires de l’UE. Ils estiment que le plan budgétaire présenté par Rome met en danger la stabilité de la région.

La semaine dernière, le gouvernement italien a présenté son projet de budget. Une cascade d’avertissements a suivi, les observateurs soulignant qu’il ne permettrait pas de remplir les conditions budgétaires posées par la Commission pour réduire la dette du pays.

L’ancien gouvernement, de centre gauche, prévoyait de ramener son déficit à 0,8 % du PIB en 2019. Mais le gouvernement actuel mise sur un réduction moins ambitieuse du déficit public 2,4 %. Un objectif qui éloigne l’Italie de la réduction de sa dette publique, qui s’élève à 132 % de son PIB.

À son arrivée à la réunion de l’Eurogroupe, à Luxembourg, le 1er octobre, le ministre italien des Finances, Giovanni Tria, a assuré qu’il expliquerait à ses collègues « ce qu’il se passe et comment le projet de budget a été formulé ».

Il a assuré que les autres ministres des Finances pouvaient rester « calmes », parce que son gouvernement réduirait la dette grâce à la croissance économique. Ses homologues se sont cependant montrés sceptiques.

Les élections italiennes engagent la démocratie monétaire

Les élections italiennes ont une vertu salutaire : celle de forcer l’Europe à accepter ses propres variations politiques dans le respect de réalités sociales différentes. C’est le rapport des forces sociales qui fonde la réalité d’échange d’une monnaie. Pas l’inverse. Une opinion publiée par notre partenaire, La Tribune.

 

Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission chargé de l’euro, a indiqué qu’une évaluation officielle serait réalisée une fois que le projet aura été remis formellement à l’UE à la mi-octobre. Il a cependant souligné que selon les informations divulguées à l’heure actuelle, le budget n’est « pas compatible » avec le Pacte de stabilité et croissance, l’ensemble de règles budgétaires qui régissent l’UE.

Le budget italien n’était pas au programme de l’Eurogroupe, mais le désaccord entre Bruxelles et le gouvernement populiste italien, mené par le Mouvement 5 étoiles et la Ligue d’extrême droite, était « dans tous les esprits », a admis Wopke Hoekstra, le ministre néerlandais des Finances, à son arrivée à Luxembourg.

Les ministres se rappellent que Rome n’a pas encore communiqué tous les détails de son projet, qui sera présenté aux institutions d’ici deux semaines, comme les budgets des autres États membres. Il faudra donc attendre pour se faire une « opinion claire », estime Wopke Hoeksta, même si « les signaux envoyés jusqu’ici ne sont pas vraiment rassurants ».

La Commission s’assure du respect des règles en instaurant des objectifs budgétaires et en proposant des changements structuraux pour que les États équilibrent leurs comptes publics.

«Imposer la zone euro à l’Italie n’est pas une solution»

En faisant miroiter une sortie de la zone euro, les populistes italiens « jouent avec le feu », estime la vice-présidente des socialistes au Parlement européen, Maria João Rodrigues.

Bien que son annonce sur le budget 2019 soit vague, le gouvernement italien a présenté de grandes lignes claires : il veut augmenter les dépenses sociales en incluant un revenu de base universel et réduire les impôts.

Si les dépenses sociales sont très populaires, l’augmentation de la dette publique signifie plus de fonds affectés au paiement des intérêts de la dette et moins aux routes et hôpitaux, avertit Pierre Moscovici, commissaire chargé des affaires économiques.

« Les règles sont là pour être respectées », parce qu’elles sont « justes et protectrices » pour les citoyens, a-t-il insisté.

« Nous disposons d’un ensemble de règles très claires. Elles sont très importantes et doivent être respectées par tous, la stabilité de la zone euro en dépend », a pour sa part jugé le ministre chypriote des Finances, Harris Georgiades.

Son homologue français, Bruno Le Maire, a déclaré que si les États membres sont favorables au renforcement de l’Union économique et monétaire, « nous devons tous respecter nos engagements », comme le gouvernement français le fait actuellement.

« Je veux juste qu’il soit très clair qu’il y a des règles, et les règles sont les mêmes pour tous les États parce que notre avenir est lié », a-t-il ajouté.

Le différend entre Bruxelles et Rome est suivi avec inquiétude par les gouvernements nationaux. De leur côté, les investisseurs réclament déjà davantage en contrepartie d’achats de dette italienne.

Malgré ces turbulences du marché, les autres États membres ne s’inquiétaient pas, à ce stade, d’un risque de contagion. « Il n’y a pas de risque particulier de contagion », a assuré la ministre espagnole, Nadia Calviño.

Après l’arrivée du nouveau gouvernement espagnol socialiste au pouvoir, Nadia Calviño a rencontré Pierre Moscovici pour lui proposer une nouvelle orientation budgétaire. L’Espagne devrait manquer son objectif de déficit de 2,2 % du PIB l’année prochaine d’environ 0,6 %.

La ministre a toutefois déclaré à la Commission que l’Espagne atteindrait 0,4 % de son PIB en effort structurel, ce qui est suffisant pour réaliser un projet de budget « globalement conforme » aux règles budgétaires de l’UE.

Rome, nouvel ennemi de l’euro ?

Le nouveau gouvernement italien projette de laisser filer son déficit, ce qui inquiète déjà Bruxelles.

 

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