L’UE toujours impuissante contre le blanchiment d’argent

P040733-464225 (1) [European Commission]

Aux yeux du vice-président de la Commission pour l’euro, Valdis Dombrovskis, et de la commissaire européenne à la Justice, Věra Jourová, l’UE a besoin de plus de compétences pour contrer efficacement le blanchiment d’argent.

« L’Europe souffre d’un grave problème. Europol estime qu’environ 1 % des richesses de l’Union européenne sont impliquées dans des activités financières suspectes. C’est l’équivalent du budget annuel de l’UE », a déclaré la commissaire Věra Jourová.

D’après Valdis Dombrovskis, « nos analyses portent à croire que la lutte efficace contre le blanchiment d’argent demande d’accroître les compétences de l’UE et d’établir un règlement uniforme s’appuyant sur des règlements et non des directives ».

« Les gros scandales liés au blanchiment d’argent, dans lesquels sont souvent empêtrées plusieurs banques, ont montré au grand jour que l’UE doit se retrousser les manches », a indiqué Valdis Dombrovskis. « Nous aurions dû donner à l’UE une autorité de contrôle en matière de lutte contre le blanchiment d’argent », a-t-il insisté.

Selon le vice-président, même si les réglementations contre le blanchiment d’argent en Europe font partie des plus strictes au monde, mais nous manquons de rigueur pour les appliquer. « Les règles doivent être fermement appliquées », a ajouté Věra Jourová.

Toutefois, pour l’exécutif européen, renforcer le pouvoir de l’Autorité bancaire européenne s’est avéré être insuffisant.

Les transactions individuelles, les devises virtuelles et l’opacité des propriétés bénéficiaires ont été déclarées, par la Commission européenne, comme étant des risques majeurs de blanchiment d’argent.

En outre, l’analyse a révélé que même si dans plusieurs cas, le manque de rigueur est dû à des problèmes de gestion, dans bien d’autres, la rigueur n’était simplement pas une priorité des banques », a déploré Valdis Dombrovskis

« Elles ont donné la priorité à certaines de leurs autres obligations, mais n’ont pas regardé d’assez près d’où venait l’argent, surtout après la crise », a ajouté Věra Jourová.

La situation est d’autant plus préoccupante que les cas concernent plusieurs pays. « Les instances de surveillance des États membres et leurs services de renseignements financiers n’en font pas toujours assez, en particulier lorsqu’il s’agit de coopération transfrontalière », a souligné la commissaire chargée de la justice.

« Cela met en évidence le problème structurel de l’Union, incapable d’empêcher que le système financier ne soit utilisé à des fins illégitimes», a déclaré le vice-président.

Les gendarmes européens dotés de plus de pouvoir contre le blanchiment d’argent

Les États membres ont décidé de donner de nouveaux pouvoirs à l’Autorité bancaire européenne pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Une tâche pour la nouvelle Commission

Les membres de l’actuelle Commission ont préféré ne pas se pencher sur les formes que pourrait prendre l’autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent.

En revanche, le vice-président a souligné que, quelle que soit la forme que prendrait l’institution, « pour qu’une autorité européenne puisse agir plus efficacement, il serait utile d’avoir un règlement uniforme basé sur des règlements et non des directives, comme c’est le cas aujourd’hui ».

Actuellement, ces règles prennent la forme de directives qui sont ensuite transposées de différentes manières par différents États membres, ce qui rend leur application plus difficile pour une institution européenne.

De son côté, Věra Jourová, commissaire à la Justice, a défendu la nécessité de donner à l’Autorité bancaire européenne « plus de pouvoirs pour collecter des données et prendre des mesures rapides sur des comportements à risque. »

La commissaire a, par ailleurs, proposé que les crimes de blanchiment d’argent soient traités par le Parquet européen. « Pour la justice criminelle, le parquet devrait jouer un rôle de plus en plus important car cela permettrait de créer un organe opérationnelle paneuropéen de lutte contre le crime financier. »

Le Conseil et le Parlement européen adoptent, quant à eux, des approches tout à fait différentes sur la dimension externe de l’initiative de lutte contre le blanchiment d’argent.

Les États membres ont rejeté la liste noire de la Commission pour les États tiers non désireux de coopérer dans la lutte contre les crimes financiers, alors que les eurodéputés appellent l’UE à se montrer plus sévère à ce sujet.

« Résultat : nous traînons des pieds car la dernière mise à jour de la liste des pays tiers à haut risque a eu lieu mi-2018 », regrette Věra Jourová.

 

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