Les grèves dans deux des principales économies de l’UE sont directement liées à des mesures essentielles prévues par les gouvernements français et allemand pour atteindre les objectifs de Lisbonne. Elles mettent en doute leur capacité à mettre en peuvre des réformes socio-économiques douloureuses.
Ces mouvements de protestation soulignent les difficultés que les Etats membres rencontrent pour mettre en oeuvre des réformes de leur marché du travail et relancer leur économie. Ils montrent ce que le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a indiqué en 2005 : « Nous savons ce que nous devons faire, mais nous ne savons pas comment nous y prendre pour gagner les élections après l’avoir fait ».
Réactions
Au sujet des raisons pour lesquelles les gouvernements comme celui d'Angela Merkel sont réticents à inscrire le prolongement de l'âge de la retraite dans leurs plans d'action nationaux pour la croissance et l'emploi, de directeur exécutif du 'European Policy Centre' (
EPC
), Hans Martens, a déclaré à EURACTIV : "Il est évident qu'avec une espérance de vie plus longue et un taux de natalité plus faible, il faut travailler plus longtemps qu'aujourd'hui. Cependant, même si cette logique est claire, il s'agit d'une des réformes les plus impopulaires à proposer et de nombreux politiciens l'évitent pour cette simple raison. Beaucoup de personnes veulent partir à la retraite plus tôt, ce qui signifie peut-être qu'ils préfèrent faire autre chose que l'activité qu'ils ont exercée pendant des années. Il peut s'agir d'un problème en soi. Le problème est que l'Europe a besoin de réformes structurelles dans de nombreux domaines, dont celui de l'emploi, mais qu'en règle générale, les hommes politiques n'aiment pas ces réformes structurelles car ils considèrent qu'elles sont assez impopulaires. De plus, leurs effets ne sont pas immédiats, contrairement à la politique fiscale ou à la politique monétaire par exemple, ce qui explique probablement pourquoi la large coalition en Allemagne ne peut pas vraiment contenir ce problème."
Au sujet des grèves en France, M. Martens a déclaré : "La principale leçon est que la France a besoin de réformes et qu'elle en a besoin rapidement. Dans le système actuel, la législation donne une sorte de 'protection' à l'employé que le marché du travail ne peut plus donner. Une des conséquences est le niveau élevé d'insécurité sur le marché du travail français, y compris les grandes inquiétudes au sujet de la mondialisation et du 'plombier polonais'. Une réforme inspirée du modèle de flexicurité serait vraiment bénéfique à la France, car elle offre la flexibilité nécessaire mais avec un niveau élevé de sécurité spéciale qui fonctionne bien mieux que dans le système français actuel. Cela ne signifie pas qu'il faut introduire une flexibilité de type néolibérale comme au Royaume-Uni, mais un système qui associe la flexibilité à une vraie sécurité pour l'employé. Cependant, mettre en place une politique du marché du travail active nécessite des réformes dans le secteur public, qui doit devenir beaucoup plus efficace que c'est le cas actuellement dans l'administration publique française assez dépassée. Les syndicats en France ne représentant pas plus de 10% du marché du travail et sur-représentant le secteur public, on pouvait s'attendre à ces réactions. Mais il serait beaucoup plus intéressant pour la France de disposer de syndicats efficaces et modernes comme ceux des pays nordiques, qui représentent l'ensemble, et non seul un fragment du marché du travail."
La porte-parole de la CES, Patricia Grillo, a déclaré à EURACTIV : "Ce qui se passe en France concerne plus le droit du travail que la flexicurité, puisqu'il s'agit de donner "plein pouvoir" aux employeurs pour pouvoir employer et licencier les salariés à leur guise, donc ça n'a rien à voir avec la flexicurité qui est plutôt un aménagement entre employeurs/employés, dans ce cas les employés ne décident rien du tout."
Contexte
L'Allemagne connaît actuellement sa première grève dans le secteur public du pays depuis 14 ans. Cette grève surprise, qui est coordonné par ver.di, le syndicat allemand des services, concerne plus de 10 000 personnes travaillant dans le secteur de l'enlèvement des déchets, dans les hôpitaux et les maternelles dans le Land du Baden-Wurtemberg. Ils protestent contre le projet des autorités locales de rallonger d'une heure et demie le temps de travail de leurs employés, pour atteindre 40 heures par semaine.
De nouvelles grèves sont prévues : dans le Land de Basse Saxonie et dans la ville de Hambourg, les employés des autorités locales ont décidé de rejoindre le mouvement de grève, tandis que dans l'ensemble du pays, 60 000 employés des autorités régionales ont décidé de se mettre en grèce pour protester contre des projets semblables. Selon les syndicats, la grève pourrait durer jusqu'à six semaines.
Les grèves ont lieu quelques semaines après que le nouveau gouvernement allemand a annoncé son intention de faire passer l'âge de la retraite de 65 à 67 ans avant 2029. Le prolongement de l'âge de la retraite et des heures de travail par semaine, bien qu'il ne soit pas mentionné dans le plan d'action national de l'Allemagne pour la croissance et l'emploi, est un élément central de la stratégie du gouvernement d'Angela Merkel pour relancer l'économie stagnante du pays. La résistance à laquelle son gouvernement est désormais confronté met en doute les chances du gouvernement d'obtenir le soutien du grand public sur les mesures encore plus douloureuses de la stratégie de Lisbonne.
En France, le parti de l'UMP n'a pas trouvé d'allié à l'Assemblée nationale pour voter en faveur du projet controversé de Contrat première embauche (CPE). Le parti du président Chirac a cependant recueilli suffisamment de voix pour adopter l'amendement à la législation française sur l'égalité des chances malgré l'opposition de tous les autres partis. Cette loi, qui selon ses auteurs est inspirée du modèle nordique de flexicurité, permettra aux employeurs de licencier les employés âgés de moins de 26 ans sans indiquer aucun motif au cours des deux premières années de leur embauche. Le premier ministre Dominique de Villepin considère que cette loi, qui malgré son nom ne s'applique pas seulement aux premiers emplois, est indispensable pour permettre la relance de l'économie française.
Après les premières grèves le 7 février 2006, les syndicats professionnels et étudiants décideront le 10 février de leurs réactions au vote. Le 7 février, près de 400 000 personnes ont participé à 187 manifestations dans tout le pays contre le projet, qui a été voté à l'Assemblée nationale le jour suivant. Les manifestations ont été organisées par tous les syndicats nationaux (CGT, CFDT, CFTC, FO, UNSA, FSU), par presque tous les mouvements nationaux de jeunesse et par des syndicats lycéens et étudiants.
Plus d'information
Governments
- Prime minister Dominique de Villepin:Thematic page on employment
- Ministry of labour affairs:Le contrat première embauche en discussion à l’Assemblée Nationale
Press articles
- L'ExpressL'Assemblée vote l'amendement créant le CPE
- Libération:CPE: le PS poursuit la guérilla à l'Assemblée
- Nouvel Observateur:Une nouvelle mobilisation est envisagée
- ARD:Bundestag befasst sich mit Rente ab 67
- Handelsblatt:Streiks im öffentlichen Dienst weiten sich aus
- Reuters:Keine Bewegung im Tarifstreit im öffentlichen Dienst
Press Dossiers
- Nouvel Observateur:Édition spéciale sur le CPE
