La suspension des réseaux sociaux de Donald Trump soulève des inquiétudes au sein du bloc

À la suite de la suspension des comptes Twitter et Facebook de Donald Trump, la Commission européenne a déclaré qu’il n’était plus acceptable pour les géants des réseaux sociaux de prendre des décisions de telle ampleur de leur propre chef. [Shutterstock]

À la suite de la suspension des comptes Twitter et Facebook de Donald Trump, la Commission européenne a déclaré qu’il n’était plus acceptable pour les géants des réseaux sociaux de prendre des décisions de telle ampleur de leur propre chef.

Les comptes Twitter et Facebook du président américain Donald Trump ont été suspendus par les deux plateformes numériques pour incitation à la violence dans le cadre des émeutes qui ont éclaté au Capitole la semaine dernière.

S’adressant aux députés européens lundi (11 janvier), Prabhat Agarwal, dirigeant du département eCommerce à la DGConnect de la Commission européenne, a mis en exergue la façon dont la législation européenne sur les services numériques (DSA) tentait de réajuster l’équilibre entre la suppression efficace de contenu illégal et le maintien de la liberté d’expression en ligne.

« D’après nous, il n’est plus acceptable que les plateformes prennent des décisions de telle ampleur de leur propre chef, sans supervision, sans responsabilité et sans dialogue ou transparence », a fait savoir Prabhat Agarwal.

« La liberté d’expression est une valeur clé dans ce contexte », a-t-il ajouté devant la commission parlementaire du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO).

Les législateurs appellent l'UE à renforcer sa législation sur la désinformation à la suite des émeutes aux États-Unis

Le Parlement européen a soulevé des inquiétudes sur le rôle des réseaux sociaux dans l’insurrection au Capitole, avançant que la nouvelle législation européenne sur les services numériques devrait s’axer davantage sur la lutte contre la propagation d’infox conspirationnistes en ligne.

Des propos qui font suite aux inquiétudes formulées par certains législateurs concernant la suspension des comptes de réseaux sociaux de Donald Trump. Ce faisant, les plateformes numériques ont révélé l’étendue de leur pouvoir sur la liberté d’expression en ligne.

« Le fait que des réseaux comme Twitter et Facebook puissent décider de qui peut parler librement est dangereux », a indiqué la députée européenne Kim van Sparrentak (Verts/ALE).

« Pendant des années, ces plateformes ont tiré profit de la propagation à grande échelle d’infox et de propos haineux, jusqu’à l’attaque au Capitole… nous devons reprendre le contrôle de notre liberté d’expression, désormais aux mains de sociétés privées, et le redonner aux institutions démocratiques », a-t-elle renchéri.

La fin de « Parler » et les modèles publicitaires

Parallèlement, Prabhat Agarwal a dévoilé l’une des raisons pour lesquelles l’exécutif européen n’a pas introduit de mesures plus solides dans sa loi DSA afin d’endiguer les modèles économiques publicitaires établis par les géants numériques.

Au sujet de la plateforme d’extrême droite « Parler », ayant contribué à la propagation de messages de violence à l’aube de l’insurrection à Washington, le représentant de la DGConnect a noté que l’introduction de règles plus strictes sur les modèles publicitaires n’aurait pas empêché les membres du réseau de relayer des informations fallacieuses.

Récemment, Euractiv a identifié que « Parler » et « Gab » avaient été les plateformes à la source d’un déversoir d’infox et d’incitations à la violence, quelques jours avant le siège du Capitole.

« Parler » subit désormais les courroux des grandes plateformes numériques, notamment Google, Apple et Amazone qui ont tous retiré l’application de leur boutique en ligne.

« Les modèles économiques publicitaires peuvent amplifier et accélérer la propagation virale de contenu. Mais cela ne suffisait pas, à notre yeux, pour interdire purement et simplement cette pratique ».

« Prenez comme exemple Parler. La plateforme a été retirée au cours du week-end. Même si elle voulait monétiser les campagnes de publicité, elle ne reposait encore fortement sur celles-ci », a soutenu M. Agarwal, arguant que l’interdiction des campagnes publicitaires dans ce cas, n’aurait rien changé au caractère viral du phénomène.

Les commentaires de la Commission européenne surviennent tandis que plusieurs politiques de haut rang à travers le bloc ont soulevé des craintes face à la suspension des comptes de réseaux sociaux de Donald Trump.

D’après Steffen Seibert, porte-parole d’Angela Merkel, l’introduction de restrictions à la liberté d’expression pour gérer des choses comme les discours de haine et les menaces de violence ne devrait pas être laissée aux mains des mamamouchis du numérique.

De son côté, le ministre français des Finances Bruno Le Maire a également émis des doutes concernant la suspension des comptes de réseaux sociaux du président américain, mettant en exergue que « la régulation des géants du numérique ne peut pas et ne doit pas se faire par l’oligarchie numérique elle-même. Elle est nécessaire, mais elle doit se faire par les États et par la Justice ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer