Oettinger reproche la baisse du budget aux États membres

Günther Oettinger [European Commission]

Suède, Danemark, Pays-Bas, Autriche, Allemagne, Finlande… le commissaire européen au budget, Günther Oettinger n’a pas hésité à pointer du doigt les pays réticents à augmenter leur contribution au prochain budget de l’UE sur sept ans.

Les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) sont sur le point de démarrer. Un processus qui déterminera la taille et l’ampleur des finances de l’UE de 2021 à 2027.

Le commissaire Günther Oettinger a donné un avertissement aux pays de l’UE qui ne veulent pas compenser le déficit budgétaire laissé par le Royaume-Uni lorsqu’il sortira de l’Union européenne l’année prochaine.

« Je ne procède pas à ces coupes parce que j’en ai envie ou parce que je n’aime pas ces programmes », a déclaré Günther Oettinger, mais parce que certains pays refusent d’augmenter leurs contributions nationales, a-t-il déclaré lors de la session plénière du Comité économique et social européen (CESE), le 19 septembre.

Günther Oettinger répondait aux accusations du CESE, qui estime que la proposition de budget de la Commission pour les sept prochaines années manque d’ambition. Le commissaire allemand a souligné qu’il avait dû soumettre une proposition réaliste afin d’obtenir l’assentiment des 27 États membres. Il a aussi insisté sur le fait que cette proposition était « un point de départ » aux négociations.

« Nous avons l’occasion ici de dire que les coupes budgétaires ne sont pas la marche à suivre », affirme Javier Doz, rapporteur du CESE pour le CFP, qui a demandé au commissaire de convaincre les États membres « de ne pas procéder à des coupes à cause du Brexit ».

L’exécutif européen a proposé un plafond de 1 300 milliards d’euros dans son budget à long terme, ce qui équivaut à environ 1,14 % du revenu national brut de l’UE. C’est un peu moins que la demande du Parlement européen qui réclamait une hausse des dépenses de 1,3 % du RNB du bloc, mais toujours plus élevé que le budget actuel, qui dépasse à peine les 1 000 milliards.

La Commission propose un budget européen en hausse de 3 % pour 2019

Exécutif et le Parlement européen s’accordent sur le besoin d’une hausse des dépenses. Reste à convaincre ceux qui tiennent les cordons de la bourse : les Etats-membres.

Günther Oettinger a toutefois rappelé que l’UE se retrouverait avec un déficit de 10 à 12 milliards d’euros par an après le départ du Royaume-Uni. Et puisque les nouvelles priorités à long terme sont nombreuses : sécurité, défense, immigration, des coupes doivent être faire, surtout dans la Politique agricole commune (5 %) et la politique de cohésion (7 %), a-t-il expliqué.

Usual suspects

L’Autriche, les Pays-Bas, la Suède et le Danemark n’ont pas caché leur opposition au maintien du budget de l’UE dans l’état actuel après le Brexit.

Lars Løkke Rasmussen et Mark Rutte, respectivement Premier ministre danois et Premier ministre néerlandais, soutiennent qu’une « UE plus petite signifie un budget plus petit ».

En tant que détenteur de la présidence tournante de l’UE, l’Autriche est censée jouer le rôle d’intermédiaire pour conclure un accord avant la fin de son mandat le 1er janvier. Mais le chancelier autrichien, Sebastian Kurz a déclaré en mai que la proposition de la Commission n’était pas acceptable pour Vienne non plus.

Ceux qui veulent un budget plus centré sur leurs préoccupations devront faire pression sur les États membres, a prévenu le commissaire, qui assure que sans coupes, sa proposition aurait été immédiatement rejetée par les pays européens.

Les États membres se braquent contre la hausse du budget de l’UE

La proposition d’augmenter modérément le budget européen a immédiatement été rejetée par une partie  États membres. Une position qui augure d’une rude bataille budgétaire à venir.

Nouvelles ressources propres

Les membres du CESE ont rappelé que la hausse des ressources propres pouvait être une alternative à la réduction du budget, comme l’a souligné à plusieurs reprises le Parlement européen.

Günther Oettinger n’y voit pas d’inconvénients, mais a à nouveau reproché aux États membres de bloquer ces propositions, prenant pour exemple la taxe numérique. En mars dernier, la Commission a proposé d’imposer une taxe de 3 % sur les revenus numériques des grandes entreprises comme Google et Facebook, une proposition qui a fait l’objet de critiques en Irlande, dans les pays du Nord et en Allemagne.

« Il faut prendre le temps de débattre », a déclaré le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz devant la presse lors d’une réunion des ministres européens des Finances à Vienne début septembre. L’Allemagne craint les possibles réactions de l’administration américaine si l’UE impose une taxe numérique.

Quant à la taxe sur les transactions financières, aussi connue sous le nom de taxe Tobin, c’est la même chose. Celle-ci est bloquée depuis sept ans. « Si nous nous étions accordés là-dessus, aujourd’hui nous aurions ces ressources », a martelé le commissaire.

L’augmentation des ressources propres de l’UE ravit les eurodéputés

La proposition de développer les ressources propres de l’UE a suscité l’enthousiasme des eurodéputés, lors de la présentation du budget 2021-2027 par Jean-Claude Juncker et Günther Oettinger.

Le plus tôt sera le mieux

Günther Oettinger et les représentants du CESE se sont accordés sur le fait qu’atteindre un compromis pour le prochain budget pluriannuel avant les élections européennes de mai enverrait un message fort aux citoyens européens.

« Je vous demande je vous prie de m’aider pour que le CFP devienne une priorité, a déclaré Günther Oettinger, pour que les États membres l’adoptent le plus tôt possible, assurant une transition en douceur entre les deux périodes de programmation.

La tâche ne sera pas aisée. « Vous êtes l’homme de mission impossible, et nous sommes aussi ici pour travailler à cette mission impossible », a déclaré le président du CESE, Luca Jahier, avant d’ajouter : « Nous avons besoin de ça pour les citoyens ».

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