Ngozi Okonjo-Iweala, première femme à prendre les rênes de l’OMC

La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a été nommée directrice de l'OMC lundi 15 février. En tant que première femme africaine à ce poste, elle reprend le flambeau d’une organisation qui nécessite des réformes pour surmonter les défis à l’horizon et les tensions commerciales. [International Monetary Fund / Flickr]

La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a été nommée directrice de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) lundi 15 février. En tant que première femme africaine à ce poste, elle reprend le flambeau d’une organisation qui nécessite des réformes pour surmonter les défis à l’horizon et les tensions commerciales.

Le Conseil général de l’OMC a désigné Ngozi Okonjo-Iweala au poste de directrice, succédant à Roberto Azavedo, lors d’une réunion tenue lundi (15 février). La Nigériane devient ainsi la septième personne à la tête de l’Organisation.

Sa nomination n’a été rendue possible qu’après la volte-face des États-Unis qui, sous Donald Trump, s’étaient initialement prononcés en faveur de la candidate sud-coréenne Yoo Myung-hee avant qu’elle ne retire sa candidature. Les 164 membres de l’OMC sont enfin parvenus à accorder leurs violons sur la question.

Ngozi Okonjo-Iweala reprendra le flambeau de l’OMC tandis que l’Organisation traverse ce qui semble être l’une des périodes les plus difficiles de ces 26 ans d’existence. En cause ? Les tensions majoritairement entraînées par les agissements de l’ancien président américain Donald Trump.

Les dissensions sur le plan tarifaire avec plusieurs pays et le blocus de M. Trump concernant la refonte de l’organisme d’appel de l’OMC ont fait la lumière sur les lacunes du système multilatéral.

La réforme en suspend de l’OMC, visant à améliorer ses capacités à aborder les pratiques commerciales inéquitables dans les secteurs des services, des subventions et du numérique, figurera parmi les priorités phares de la cheffe nigériane.

Le vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du commerce, Valdis Dombrovskis, a souhaité rappeler que l’UE soutenait la candidate depuis le début, de même qu’il a exprimé sa volonté de travailler « étroitement avec celle-ci afin de mener à bien cette réforme, dont l’institution a tant besoin ».

« Il convient de formuler des règles en phase avec notre époque au sein de l’OMC ; des règles qui se concentrent sur les transitions durable et numérique de l’économie mondiale », a-t-il déclaré.

L’UE publiera un plan dans ce sens le 18 février. La proposition sera par la suite utilisée comme pierre angulaire afin d’inviter les membres de l’OMC à réformer l’institution.

« Ngozi Okonjo-Iweala a les compétences requises pour donner un nouvel élan et un second souffle à ce système commercial multilatéral », a fait savoir le député européen Bernd Lange, président de la commission du commerce international (INTA) au Parlement européen.

De son côté, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christina Lagarde a indiqué qu’elle connaissait « Ngozi depuis des années. Déterminée, elle travaillera sans relâche afin de mettre en avant le libre-échange au profit des populations du monde entier ».

Une personne d’action

Se décrivant elle-même comme « une personne d’action » dont le CV ne fait qu’appuyer sa capacité à résoudre des problèmes à l’allure insurmontable, Ngozi Okonjo-Iweala aura du pain sur la planche, même si Donald Trump n’est plus locataire à la Maison Blanche.

En tant que directrice générale, un poste qui exerce un pouvoir officiel limité, Mme Okonjo-Iweala devra négocier des accords commerciaux à l’échelle internationale tandis que les conflits persistent entre Washington et Pékin ; répondre aux pressions afin de modifier les règles commerciales ; et contrer le protectionnisme accru en raison de la pandémie de Covid-19.

En qualité de membre de haut rang à la Banque mondiale pendant 25 ans, où elle était chargée d’un portefeuille de 81 milliards d’euros, la Nigériane — prônant une vision selon laquelle le commerce est en mesure de sortir les peuples concernés de la pauvreté — était en lice contre sept autres candidats.

Après avoir traversé la guerre civile au Nigeria alors qu’elle n’était qu’une adolescente, elle est partie aux États-Unis où elle a étudié l’économie de développement à l’Université de Havard. Elle est rentrée dans son pays natal en 2003 et est devenue ministre des Finances. Parmi ses points forts, ses partisans soulignent ses compétences dans les processus de négociations qui lui ont permis d’effacer une dette de milliards de dollars que le Nigeria devait payer au Club de Paris en 2005.

« Elle apporte de la stature, elle apporte de l’expérience, un réseau et un tempérament pour faire avancer les choses, ce qui à mon avis est tout à fait bienvenu », a déclaré Pascal Lamy dans un entretien avec Reuters. « Je pense qu’elle est un bon choix ». La clé de son succès sera sa capacité à œuvrer au centre d’un triangle « États-Unis-UE-Chine », a-t-il commenté.

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