Olaf Scholz : social-démocrate conservateur et candidat inattendu au poste de chancelier

Le premier voyage officiel de M. Scholz à l’étranger serait à Paris, a-t-il déclaré lors d’un débat télévisé en juin. « L’amitié franco-allemande est essentielle si nous voulons réaliser des progrès pour l’UE et la souveraineté européenne, et c’est une bonne tradition. » [Council Newsroom]

Olaf Scholz, le candidat désigné des sociaux-démocrates au poste de chancelier pour les élections fédérales allemandes, est passé d’outsider à favori, se présentant comme le véritable héritier de la chancelière sortante, la conservatrice Angela Merkel. EURACTIV se penche sur ses priorités et sur ce qu’elles pourraient signifier pour l’UE.

Le premier voyage officiel de M. Scholz à l’étranger serait à Paris, a-t-il déclaré lors d’un débat télévisé en juin. « L’amitié franco-allemande est essentielle si nous voulons réaliser des progrès pour l’UE et la souveraineté européenne, et c’est une bonne tradition. »

Mais il a également souligné, pas plus tard que cette semaine, que le leadership allemand dans l’UE est essentiel, et n’a pas caché sa prédilection pour la prudence budgétaire.

En juin, les chances que l’actuel ministre allemand des finances soit élu chancelier semblaient minces et son parti, le SPD social-démocrate, talonnait la CDU de Mme Merkel dans les sondages.

Deux bons mois — et un certain nombre de faux pas de ses adversaires — plus tard, la cote de popularité personnelle de M. Scholz monte en flèche et plusieurs sondages récents placent le SPD en tête.

Souveraineté européenne

M. Scholz s’est efforcé de démontrer qu’il est n’est pas un inconnu à Paris. Lundi (6 septembre), il a rendu visite au président français Emmanuel Macron pour parler des « questions stratégiques des prochaines années », notamment de la souveraineté européenne, dont, selon M. Scholz, « nous avons besoin pour rester pertinents à l’avenir ».

Pour M. Scholz, cette souveraineté inclut l’acquisition commune de systèmes de défense. Il a également demandé l’abandon de la règle de l’unanimité dans la politique étrangère et de sécurité de l’UE, ainsi que dans la politique financière.

Dans un discours prononcé devant le Bundestag mardi, M. Scholz a souligné l’importance du leadership allemand au sein de l’UE. « Nous devons être le pays qui se sent responsable du progrès commun en Europe et qui favorise la poursuite de l’intégration », a-t-il déclaré.

Pour démontrer qu’il est prêt à jouer ce rôle, M. Scholz aime à rappeler son rôle dans la mise en place du Fonds européen de relance économique, en collaboration avec son homologue français, Bruno Le Maire, qu’il a également rencontré lors de sa récente visite à Paris.

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Quelle future politique fiscale  ?

Il n’est pas certain, cependant, que l’implication de M. Scholz dans le Fonds de relance puisse être considérée comme une indication de sa position sur la politique fiscale européenne. Etant donné que le dirigeant social-démocrate avait clairement indiqué que la politique expansive de la période de pandémie devait être vue comme une mesure ponctuelle, il est peu probable qu’il encourage la contraction d’une dette européenne commune de plus à l’avenir.

Au niveau national, M. Scholz est connu pour être le champion du « zéro noir », ou budget équilibré, une tradition fiscale chère à l’Allemagne qu’il n’a abandonnée que temporairement pour la reprise post-pandémie.

« Notre approche de la politique budgétaire reste inchangée », a-t-il déclaré lorsque le journal grec Ta Nea lui a demandé s’il pensait que le Zéro noir ferait son retour après la pandémie. « Nous établissons un budget sain afin d’être en mesure de résister fermement à la crise — ce sont les deux faces d’une même pièce », a-t-il ajouté.

Au niveau européen, il en va de même pour le pacte de stabilité et de croissance, l’ensemble des règles que les pays de l’UE se sont fixées pour leurs finances publiques. Pour permettre la reprise post-pandémie, le pacte a été temporairement suspendu, mais M. Scholz a clairement indiqué qu’il doutait que cette suspension dure plus que nécessaire.

La prudence budgétaire est également un point sur lequel M. Scholz est en désaccord avec une grande partie de son propre parti. Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans, que le SPD a élus à la tête du parti en décembre 2019, sont nettement plus à gauche que M. Scholz.

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Les pas de Merkel ou un virage à gauche  ?

Les divergences entre M. Scholz et certaines fractions de son parti s’étendent également aux options de coalition préférées. Alors que le parti des Verts est le partenaire favori de la plupart des membres du SPD, une coalition à deux a peu de chances de réunir une majorité au Parlement, selon les sondages actuels.

Le troisième partenaire serait très probablement choisi entre le FDP libéral — l’option préférée de M. Scholz — et le parti d’extrême gauche Die Linke. Ce dernier a la préférence de l’aile gauche du SPD, mais n’a jusqu’à présent pas pu former de coalitions fédérales en raison de son héritage communiste, de son parti pris pro-russe et d’autres questions de politique étrangère.

M. Scholz n’a pas explicitement exclu une coalition impliquant Die Linke, mais il a tenté de rendre cette option aussi improbable que possible pour des raisons programmatiques, en insistant par exemple sur un engagement clair envers l’OTAN de la part de tout partenaire de coalition.

Cette question est d’ailleurs fréquemment soulevée par les conservateurs dans le but de discréditer M. Scholz et de regagner les électeurs centristes.

Le dirigeant social-démocrate, quant à lui, a essayé de se présenter comme le successeur légitime de Mme Merkel, en indiquant clairement qu’il avait l’intention d’imiter le style politique de cette dernière, fait de pragmatisme et d’équilibres prudents.

Cependant, Mme Merkel a récemment pris ses distances avec son vice-chancelier. « Moi chancelière, il n’y aurait jamais de coalition avec Die Linke », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse la semaine dernière, précisant qu’il s’agissait là d’une différence claire entre elle et M. Scholz.

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