L’extrême droite a séduit un tiers des syndicalistes aux élections européennes

[European Commission]

La prochaine Commission doit se concentrer sur des politiques économiques inclusives pour restaurer le contrat social européen, ont expliqué des responsables politiques lors du Forum économique de Bruxelles.

Selon un sondage effectué par la Confédération européenne des syndicats (CES) auprès de ses membres actifs, un tiers d’entre eux ont reconnu avoir voté pour des partis d’extrême droite lors dernières élections nationales et européennes.

Interrogés sur les raisons ayant motivé leur vote, les syndicalistes mentionnent l’insécurité de l’emploi, la précarité, et la peur de perdre leur protection sociale.

« C’est ce qu’on appelle un contrat social rompu », a déclaré le secrétaire général de la CES, Lucas Visentini.

L’Europe a pris un tournant depuis le crash financier de 2008 et la crise de la dette souveraine qui a suivi dans la zone euro. « L’héritage de la crise est très important et a un nom : inégalités », a déclaré le commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici, qui estime que le contrat social « doit être entièrement revu. »

L’Europe subit actuellement de profondes transformations sociales et économiques, entrainées par une série de facteurs comme l’évolution démographique, la révolution numérique et la transition énergétique. Ces changements nécessitent une réponse à l’échelle européenne, affirme le commissaire français. « La question de la lutte contre les inégalités est nationale, mais aussi européenne. »

Pour ce qui est des syndicats, Lucas Visentini défend l’harmonisation des salaires en Europe pour soutenir la création d’emploi. Avec des niveaux similaires de productivité à travers l’Europe, les disparités actuelles de salaire entre pays européens « nuisent au potentiel du marché unique.

« Nous devons recréer la classe moyenne qui a été détruite pendant la crise », a souligné Lucas Visentini. « Et pour cela, nous avons besoin de négociations collectives. »

Ce que confirme Pierre Moscovici. Après 10 ans de réformes structurelles et d’austérité, l’Europe doit prendre soin de sa population en réformant la protection sociale et en réduisant les inégalités.

Lucas Visentini appelle la nouvelle Commission européenne à se concentrer sur le pilier social mis en place par la Commission Juncker. Elle pourrait par exemple travailler à l’universalisation des systèmes de protection sociale et s’assurer que les indépendants et autres travailleurs non conventionnels sont également couverts.

Le Parlement renforce le pilier social européen

Le Parlement a mis les bouchées doubles sur la politique sociale de l’UE en votant le 20 novembre en faveur d’un « gendarme social européen » et d’une coordination des systèmes de sécurité sociale.

Une croissance plus inclusive

« Dans de nombreuses parties d’Europe, et c’est le cas en Espagne, l’Europe était une promesse de prospérité, pas seulement en termes de PIB, mais aussi en termes de bien-être pour les citoyens », a déclaré la ministre espagnole des Finances, Nadia Calviño. « La croissance inclusive devrait être une des priorités de la Commission européenne », a-t-elle souligné.

En effet, la croissance économique ne peut pas se faire au détriment des citoyens et de l’écologie, estime Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission en charge de l’euro. « L’Europe n’a pas besoin de croissance pour l’amour de la croissance, mais pour améliorer le bien-être des citoyens. La croissance doit donc être inclusive et durable », a souligné la ministre espagnole.

Gita Gopinath, économiste en cheffe au Fonds monétaire international (FMI) approuve et appelle à l’intégration des critères écologiques et sociaux dans les mesures de croissance économique. « Ce qui doit changer est le cadre que nous utilisons pour mesurer la croissance », soutient-elle. « La croissance ne se fait pas forcément aux dépens de l’inclusion. »

L’économiste soutient des réformes continues au niveau national, mais aussi sur la finalisation de l’union bancaire et de l’union des marchés des capitaux, lancées durant la crise de la zone euro. « Ces réformes sont très importantes pour renforcer la résilience », souligne-t-elle.

Lucas Visentini insiste aussi sur la nécessité de finaliser la réforme de l’Union économique et monétaire, ce que les États membres ne sont pas parvenus à faire lors de la réunion de la semaine dernière des ministres européens des Finances.

Une Union économique et monétaire complète est essentielle pour atteindre les objectifs de politique sociale, affirme le commissaire Pierre Moscovici, faisant référence aux avancées faites sur le pilier social lancé en 2017, à une politique de cohésion plus solide pour les régions européennes les plus pauvres, et à la mise en place d’indicateurs sociaux dans le semestre européen pour la coordination des politiques économiques.

« Nous avons besoin d’un budget de la zone euro avec une fonction de stabilisation. Tant que nous n’avons pas cela, nous n’aurons pas de convergence dans la zone euro », soutient le commissaire français.

Tour d’horizon des programmes sur l’Europe sociale

En novembre 2017, la Commission européenne a lancé le pilier européen des droits sociaux, qui a débouché sur 25 initiatives législatives. À quelques jours des européennes, Euractiv se penche sur le programme des partis en matière d’Europe sociale.

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