Sociétés de conseil : le Parlement analysera la facture salée de la Commission

« Nous allons examiner le montant versé aux Big Four, mais également aux grandes sociétés et ONG », a déclaré Monika Hohlmeier, figure de proue de la commission CONT. [European Parliament]

Le Parlement européen examinera les dépenses faramineuses de la Commission européenne dans des contrats avec des sociétés de conseil et proposera une approche différente afin de limiter leur influence dans les réformes structurelles, a révélé la présidente de la commission du contrôle budgétaire (CONT).

Entre 2016 et 2019 seulement, l’exécutif européen a dépensé plus de 462 millions d’euros dans des contrats avec PWC, Deloitte, KPMG et EY, connus sous le nom des « Big Four ». Bruxelles a également noué des accords à plusieurs millions d’euros avec d’autres sociétés, notamment McKinsey et Accenture.

« Nous allons examiner le montant versé aux Big Four, mais aussi aux grandes sociétés et ONG », a déclaré Monika Hohlmeier, figure de proue de la commission CONT.

Exclusif : la facture faramineuse de la Commission européenne avec les Big Four

La Commission européenne a dépensé plus de 462 millions d’euros entre 2016 et 2019 dans des contrats avec PWC, KPMG, Deloitte et EY, connus collectivement sous le nom des Big Four, selon des estimations réalisées par Euractiv sur la base de documents officiels.

Son équipe enverra des questions préalables à la Commission européenne en juillet afin d’en savoir plus sur les dépenses occasionnées dans des contrats avec des prestataires extérieurs, dans le cadre de sa décharge budgétaire de 2020. Cependant, Mme Hohlmeier a avancé que la commission éplucherait également les années précédentes afin d’évaluer l’ampleur de la note.

Le rapport sera prêt d’ici à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Le Parlement européen doit approuver la gestion du budget de l’UE par la Commission européenne chaque année en séance plénière.

Les dépenses de la Commission dans des contrats avec des sociétés de conseil ont augmenté de manière significative au fil du temps, notamment en raison du programme d’appui à la réforme structurelle (PARS) – désormais devenu l’instrument d’appui technique (TSI).

Au lancement du PARS, moins de 2 % des 22,5 millions d’euros attribués au programme avaient été versés à des prestataires privés, contre plus de 50 % pour des organisations internationales.

Néanmoins, la part des Big Four a grandi de façon exponentielle : en 2018, ils recevaient 11,04 millions d’euros d’une somme totale de 30,5 millions d’euros. En 2019, ils recevaient 24,38 millions d’euros d’une somme totale de 79,4 millions d’euros.

« Nous devons analyser de plus près le programme », a indiqué Mme Holhmeier, ajoutant qu’elle était en faveur de l’initiative. Pour la période 2021-2027, le nouvel instrument d’appui technique disposera d’une enveloppe à hauteur de 864 millions d’euros.

Néanmoins, même si les consultants font du bon travail, un soutien technique « permanent » est nécessaire pour mener à bien ce type de réformes, d’après la représentante allemande.

« C’est la raison pour laquelle nous voulons travailler la Cour des comptes européenne dans le but de trouver une approche différente pour cet instrument. »

La Cour des comptes européenne examine les contrats passés par la Commission avec des consultants

Entre 2016 et 2019 seulement, la Commission a dépensé plus de 462 millions d’euros dans des contrats avec les auditeurs PwC, EY, KPMG et Deloitte, connus sous le nom de Big Four dans le secteur du conseil, selon des estimations publiées par EURACTIV jeudi.

La Cour des comptes européenne étudie actuellement la question, a fait savoir un porte-parole dans un entretien avec Euractiv.

Cet audit vise à évaluer si les résultats des accords entre la Commission et les sociétés de conseil privées présentent un bon rapport qualité-prix et s’ils n’entrainent pas de conflits d’intérêts éventuels, a-t-il renchéri. Le rapport de la CCE devrait être publié l’année prochaine.

Du côté du Parlement, un groupe de 73 députés européens a envoyé une lettre à la Commission européenne soulevant des inquiétudes sur l’implication des sociétés de conseil dans les processus décisionnels et les conflits d’intérêts possibles dans certains domaines.

« Nous voulons que les fonds soient dépensés judicieusement. L’expertise ne doit pas remplacer l’efficacité », a souligné Monika Hohlmeier.

La législatrice allemande et les membres de sa commission remettent également en cause le contenu des analyses et des recommandations fournies par les consultants.

De ce fait, la commission CONT analysera la façon dont l’exécutif obtient cette expertise, « si elle est réellement neutre et fondée sur des éléments tangibles, et si différentes parties de la société y prennent part ».

Les eurodéputés questionnent la Commission européenne sur ses liens avec les sociétés de conseil

Un groupe de 73 députés européens a envoyé une lettre à la Commission européenne soulevant des inquiétudes sur les dépenses faramineuses du bloc dans des contrats avec des sociétés de conseil et la participation de celles-ci dans les processus décisionnels.

Entretemps, Bruxelles a avancé que l’implication des sociétés de conseil était nécessaire, compte tenu de leur savoir-faire dans le cadre du programme de réforme structurelle. De plus, les sociétés concernées « présentent la meilleure offre sur le plan économique et la plus adéquate pour l’État membre bénéficiaire », a maintenu une source de l’exécutif.

Sous le PARS, ces multinationales ont offert des recommandations et ont esquissé des propositions pour les gouvernements nationaux du bloc dans des secteurs sensibles, comme la justice, la sécurité, le marché du travail et la santé.

Toutefois, le lien étroit entre la Commission et les sociétés de conseil va plus loin que le programme.

Par exemple, le Berlaymont a signé un contrat à 8,2 millions d’euros avec PWC pour explorer les possibilités commerciales européennes en Asie du Sud-Est ; EY s’est vu octroyer environ 8 millions d’euros pour mener des activités en faveur des droits de l’homme au Pakistan ; et Deloitte a perçu 1 million d’euros pour réaliser une étude sur l’élaboration d’une plateforme en ligne de résolution des conflits.

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