Peu de moyens et beaucoup de défis: l’OIT s’inquiète du dialogue social du futur

Crédit: Pressmaster

Les nouvelles formes de travail atypiques brouillent la relation employeurs-travailleurs. La représentativité de ces derniers est l’un des enjeux clés du dialogue social dans le futur.

D’après la définition qu’en donne l’Organisation internationale du travail (OIT), lorsqu’il s’avère fécond, le dialogue social favorise la bonne gouvernance, la paix et la stabilité sociale, mais aussi l’économie. C’est dire combien, pour l’agence onusienne, sa fonction est cruciale. Elle l’est aussi aux yeux de la Commission européenne, qui a cherché depuis trente ans à encourager son développement à l’échelle de l’Union, avec, il est vrai, une énergie et des résultats contrastés.

Aussi nombreuses soient les vertus dont il est crédité, le dialogue social voit aujourd’hui son avenir entravé par une série de défis qui sont à la mesure des transformations observées sur le marché du travail. Pour subsister, il devra s’adapter.

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Plus de questions que de réponses

« L’avenir du dialogue social est l’une des questions les plus importantes en ce moment à l’OIT », confirme Konstantinos Papadakis, spécialiste en dialogue social et gouvernance au sein de l’organisation.

« Une partie de l’Initiative sur l’avenir du travail, lancée par l’OIT en 2013, a précisément consisté dans l’organisation d’un dialogue social national dans 120 pays pour envisager le futur. Pour l’heure, il y a beaucoup plus de questions que de réponses !», poursuit l’auteur du Rapport sur l’état du dialogue social mondial qui sera présenté en juin lors de la 107e Conférence internationale du travail.

Preuve de l’acuité du sujet, en novembre dernier, l’OIT a organisé une conférence sur le dialogue social et l’avenir du travail à Athènes et publié un document de travail intitulé : « Le dialogue social : nouveaux enjeux, nouveaux défis ». Signée par l’économiste Jacques Freyssinet, cette note de recherche mentionne trois dynamiques déterminantes : la mondialisation et la financiarisation ; l’automatisation et la numérisation ; et, enfin, la transition écologique.

« Ces mutations n’ont pas seulement pour conséquence de modifier l’agenda du dialogue social, elles bouleversent aussi le rapport des forces entre les acteurs sociaux et, plus largement, entre les différentes parties prenantes de la régulation économique et sociale », note ce professeur émérite à l’Université de Paris I.

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Les formes de travail atypiques

« Du point de vue de l’OIT, l’un des défis principaux porte sur la question de la relation de l’emploi qui est remise en cause par la fragmentation des méthodes d’employer, et la séparation physique qui peut désormais exister entre employeur et travailleur », ajoute pour sa part Konstantinos Papadakis.

Ces formes de travail atypiques constituent un casse-tête autant pour la régulation du travail que pour le dialogue social qu’elles contribuent à diluer. D’après ce spécialiste, l’adaptation des partenaires sociaux à ces évolutions passe par une meilleure représentativité des personnes qui restent en dehors du dialogue social en raison de leur statut professionnel.

« Partout dans le monde, les syndicats essayent d’organiser ces nouveaux groupes de travailleurs qu’ils puissent y participer », poursuit Konstantinos Papadakis. C’est notamment le cas en Bolivie, en Colombie, ou en Moldavie, où des initiatives ont été mises en œuvre pour couvrir les travailleurs informels par des conventions collectives.

Au Canada, aux Philippines, en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du Sud, c’est le travail domestique qui est désormais encadré par de telles conventions. « Nous observons également des efforts pour organiser les travailleurs à travers des coopératives et des plateformes, comme les conducteurs de taxis, ce qui leur donne une voix collective pour négocier », relève le spécialiste.

Une chute des moyens alloués

Mais il y a d’autres défis à surmonter. « Dans le rapport que nous allons présenter en juin, nous constatons une chute des moyens alloués par les pays aux administrations publiques concernées, comme les inspections du travail, souligne Konstantinos Papadakis. Or c’est au contraire un renforcement des mécanismes existants et des capacités des acteurs du dialogue social, notamment des partenaires sociaux, qui serait nécessaire, en même temps qu’un ajustement du droit du travail. »

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