Varsovie et Berlin veulent accélérer les négociations du budget européen

Ministre polonais de l'Investissement et du Développement, Jerzy Kwiecinski. [Grzegorz Momot /epa]

L’Allemagne et la Pologne souhaitent accélérer les négociations pour conclure le budget européen. Pour Varsovie les enjeux sont cruciaux, et Berlin espère que le budget sera conclu avant de prendre la tête de la présidence du Conseil de l’UE, en juillet.

« Nous craignons un déficit d’investissements comme celui de 2014, qui avait eu des conséquences désastreuses sur notre politique régionale », a déclaré le ministre polonais des Investissements et du Développement, Jerzy Kwieciński, le 11 septembre à Berlin. Selon lui, les négociations se poursuivront au-delà de la présidence finlandaise.

La Croatie, qui reprendra la présidence tournante du Conseil de l’UE au premier semestre 2020, est un petit État aux ressources insuffisantes pour mener seul les négociations. Le ministre polonais se repose donc sur l’Allemagne pour gérer cette problématique. « Je dirai une seule chose à ces deux pays : s’il vous plait, travaillez main dans la main », a-t-il conclu.

À l’heure actuelle, stimuler les investissements est important, car selon des estimations de la Banque mondiale, la récession se profile à l’horizon 2021, a expliqué Piotr Arak, directeur de l’institut économique polonais. « L’Allemagne aura une croissance nulle, ce qui envoie de mauvais signaux. Nous avons besoin de stimuler l’économie ».

De son côté, le gouvernement allemand espère qu’il sera épargné par cette épreuve et ne devra pas gérer les négociations du cadre financier pluriannuel. Berlin demande donc que l’affaire soit bouclée rapidement, « Au mieux avant le début de la présidence allemande en 2020 », a affirmé Claudia Dörr-Voß, secrétaire d’État au ministère de l’Économie.

Le Parlement européen a rendu son avis, en mars, sur la proposition du budget 2021-2027 esquissée par la Commission européenne. Le Conseil a lui aussi rendu son avis en juillet, mais en ne délivrant qu’« un mandat partiel ». Le Conseil des affaires générales (CAG) se prononcera, quant à lui, dans les prochains jours. Le trilogue s’organisa bientôt et le CAG espère conclure un accord avant la fin de l’année.

La Pologne deviendra pays contributeur

Selon les prévisions de la Commission européenne, le budget pour la politique de cohésion, qui s’élève aujourd’hui à 352 milliards d’euros et représente ainsi un tiers du budget total de l’UE, devrait être revu à la baisse. Pour Varsovie, cette nouvelle pourrait signifier une baisse de 10 %, alors que Berlin s’attend à une diminution de 20 % des fonds reçus.

Lors de la prochaine période budgétaire, la Pologne devrait rester le premier pays bénéficiaire de la politique de cohésion, en recevant 72,7 milliards d’euros des Fonds structurels. En parallèle, l’Allemagne se verra allouer 17,6 milliards d’euros.

« La politique de cohésion joue un rôle important en Pologne. Elle a engendré de sérieuses réformes structurelles et a permis à notre pays d’aller de l’avant en matière économique », a indiqué Jerzy Kwieciński, avançant que « nous voulons aussi devenir un pays contributeur d’ici 10 à 15 ans ».

Les réductions proches des 10 % sont à mettre en lien avec les pertes financières liées au Brexit. « Il apparait, néanmoins, que les coupes iront bien au-delà », déclare le ministre. En réalité, le budget de la politique de cohésion chutera de 47 milliards d’euros, dont 11 milliards seulement proviendront du Brexit. La Commission veut, en outre, injecter 25 milliards dans un « service de soutien à la réforme structurelle ». L’argent doit stimuler les réformes dans la politique budgétaire, fiscale et du travail des États membres, et lier ainsi plus étroitement leurs politiques au Semestre européen.

L’Allemagne : ne pas galvauder la proposition de la Commission

Interrogé par Euractiv au sujet de la proposition de la Commission visant à lier la politique de cohésion à l’état de droit, Jerzy Kwieciński a répondu « nous soutenons les nouvelles priorités européennes comme la migration et la sureté intérieure et extérieure, du moment que la politique de cohésion reste inchangée. L’état de droit pose néanmoins problème : « qui doit le contrôler ? Comment le contrôler ? ». Le ministre polonais a par ailleurs précisé que la Commission ne se positionnerait pas en tant qu’organisme neutre.

L’exécutif européen avait aussi proposé d’introduire de nouveaux critères pour les soutiens financiers octroyés aux régions — des critères qui iraient au-delà du critère de revenus par habitant : le chômage chez les jeunes, le niveau de formation, les mesures de protection du climat et l’accueil des migrants.

Aux yeux de la secrétaire d’État, l’Allemagne défend cette proposition européenne même si toutes les régions continueraient de recevoir des fonds européens. « Nous espérons que cette proposition sera approuvée par le trilogue, sans qu’elle soit remaniée à outrance ».

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