Porte-paroles de la société civile, les CESE veulent unir leur force

Le CESE réclame une gestion de la crise migratoire plus sociale. Ici, un mur de barbelés a été érigé entre la frontière hongroise et serbe. [@EPA/ZOLTAN GERGELY KELEMAN]

Le Conseil économique et social français (CESE) et son équivalent européen veulent relancer la coopération des sociétés civiles européennes. Objectif: intégrer les questions environnementales et sociales à l’agenda européen.

Les structures de représentation de la société civile adoptent des formes très variées, en Europe et dans le monde. Elles travaillent souvent discrètement, derrière des portes feutrées, même si les choses changent peu à peu. Réformé en 2008, le CESE français intègre désormais de nombreuses ONG et associations, notamment sur l’environnement, en plus des traditionnels syndicats.

Déminer le terrain

« Le travail de concertation que l’on fait en amont permet de déminer le terrain, et les autres institutions commencent à en prendre conscience », assure Patrick Bernasconi, président du CESE. Ainsi, en 2016, sur une dizaine de saisines du gouvernement, plusieurs recommandations du CESE ont été intégrées à des lois, comme la loi travail.

« C’est aussi le sens de notre partenariat avec le CESE européen : nous souhaitons que la collaboration entre société civile et l’Europe se développe pour mieux intégrer les besoins de la société civile dans l’UE », ajoute-t-il. 

Une convention de partenariat doit être signée entre les deux structures, mardi 27 juin, lors d’une rencontre réunissant le commissaire Pierre Moscovici, ainsi que l’eurodéputée Elisabeth Morin-Chartier.

Première structure du genre, créée par la Vième république, le CESE joue aujourd’hui les mentors à de nombreux pays : le Viet Nam, le Chili, l’Afghanistan sont venus s’en inspirer pas plus tard que cette année. Et plusieurs pays d’Afrique francophone en font de même. Préoccupé par la crise de la représentatitivité, à laquelle les CESE ont l’ambition de répondre partiellement, le nouveau président Emmanuel Macron a déjà manifesté son intention de mieux intégrer les travaux de l’organisation dans le projet gouvernemental.

« L’Europe, ce n’est pas l’Inde ou la Chine »

Pour le président du Comité économique et social européen, Georges Dassis, une coopération renforcée entre les organisations représentant la société civile européenne est cruciale pour une raison de fond. « L’UE aura un avenir si c’est un espace de démocratie, de solidarité et de liberté », rappelle cet ancien syndicaliste grec, qui insiste sur le besoin de lutter contre la pauvreté, la misère et le chômage. Son organisation a d’ailleurs adopté, après de longs débats, une résolution proposant de mettre en place un revenu minimum de survie, qui serait financé par l’UE. « On essaie de nous imposer des modèles d’ailleurs, mais l’Europe, ce n’est pas l’Inde ou la Chine », souligne Georges Dassis.

Lors de la journée de l’Europe du CESE, ce 27 juin, la structure française adoptera ainsi une résolution en réaction au Livre blanc de la Commission européenne destiné à « sauver l’Europe ».

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Si le CESE y voit une initiative bienvenue, il critique le manque d’éléments sur les questions environnementales et sociales,  dans la plupart des scénarii. Il suggère aussi d’élargir les domaines d’action, notamment pour inscrire les objectifs sociaux et environnementaux aux Objectifs de développement durable des Nations Unies. Il demande en outre que la question des migrations soit examinée d’un point de vue de politique économique et sociale, et non pas seulement en termes de gestion des frontières.

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Il suggère ainsi d’intégrer ces enjeux aux scénarii, et exclut d’emblée les deux premiers, qui seraient des statu quo. Il suggère en revanche d’intégrer avant tout un socle européen de droits sociaux pour les autres hypothèses.

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Pour Georges Dassis, le Livre blanc n’est qu’un outil de départ, et il faudrait  proposer un autre scénario, qui reste à inventer, pour insuffler plus de solidarité à l’Europe. Le Comité économique et social européen devrait de son côté adopter le 6 juillet une résolution sur ce que la société civile désire pour le futur de l’Europe, après avoir tâté le terrain lors de débats organisés dans les 28 pays.

 

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