Le Portugal empêtré dans sa dette prend la tête de l’Eurogroupe

Mário Centeno au début de l'Eurogroupe du 4 decembre. [European Council]

Mário Centeno, le ministre portugais des Finances, vient de devenir président de l’Eurogroupe. Il promet du consensus pour renforcer la zone euro. La dette du Portugal vient de sortir de la catégorie spéculative.

Lors de la conférence de presse suivant son élection au poste de président par les 19 ministres des Finances de la zone euro, Mário Centeno, économiste diplômé de Harvard, s’est dépeint comme un bâtisseur de consensus.

Le ministre portugais, qualifié par Wolfgang Schäuble de « Cristiano Ronaldo de l’Ecofin » a emporté l’élection après plusieurs votes, dépassant ainsi le Luxembourgeois Pierre Gramegna, le slovaque Peter Kazimir et la lettone Dana Reizniece-Ozola. Il est le seul socialiste à la tête d’une présidence européenne.

Malte promet de rééquilibrer les forces politiques à la tête de l'UE

Les dirigeants européens vont se pencher  sur le monopole politique détenu par le centre-droit (PPE) à la tête des institutions européennes, a déclaré le Premier ministre maltais, Joseph Muscat.

Cette élection « est un honneur, à cause de la pertinence de ce groupe, de la qualité de mes collègues et de la tâche que nous avons à entreprendre dans les années à venir », a indiqué Mário Centeno lors de sa première conférence de presse en tant que président de l’Eurogroupe, le 4 décembre.

Sa nomination est la dernière grande victoire du Portugal, après deux ans de succès à répétition. Le pays a fait les gros titres en gagnant le championnat européen de football, puis l’Eurovision. C’est également l’ancien Premier ministre Antonio Guterres qui a été choisi au secrétariat général de l’ONU. Mais côté économique, la situation est moins brillante. Certes, le déficit courant a été nettement réduit, et le pays qui était au bord de la faillite en 2011 a sorti la tête de l’eau. Mais la capacité du pays à rembourser sa dette fait encore débat chez les banques : la note S&P sur la dette du pays vient de sortir de catégorie spéculative, à BBB+. La dette du pays est la troisième la plus importante de la zone euro en pourcentage, soit 130 % du PIB, derrière la Grèce et l’Italie. Et en tant que pays du Sud surendetté, le Portugal risque d’avoir une attitude bien différente que l’ex président néerlandais de l’Eurogroupe.

Dans les mois à venir, les deux grandes priorités de Mário Centeno seront de renforcer l’union économique et monétaire et de conclure le troisième accord de renflouement grec cet été. « Nous devons suivre une voie qui renforce la zone euro », a-t-il souligné. Et la création d’un consensus est la seule manière d’y arriver, a-t-il répété à de nombreuses reprises.

Quatre candidats pour un fauteuil à l'Eurogroupe

Ils sont quatre ministres à briguer la succession du Néerlandais Jeroen Dijssebloem à la tête de l’Eurogroupe, ce cénacle informel qui réunit chaque mois les ministres des Finances des 19 pays ayant adopté la monnaie unique.

Le seul conseil que le président sortant de l’Eurogroupe, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a donné au nouveau venu est précisément de se concentrer sur le consensus. « Le plus difficile est de garder l’Eurogroupe uni et solidaire », a-t-il déclaré.

Jeroen Dijsselbloem restera en poste jusqu’au 13 janvier. Pour lui, les moments les plus difficiles ont été le programme de sauvetage chypriote en 2013, au tout début de son mandat, et les négociations sur le troisième sauvetage grec au cours de l’été 2015.

Dijsselbloem président de l’Eurogroupe jusqu’en janvier

Le ministre néerlandais des Finances, continuera à présider l’Eurogroupe jusqu’à la fin de son mandat, en janvier, malgré une débâcle électorale au niveau national.

Mário Centeno a convaincu ses homologues en promettant d’être plus que le candidat des États du sud de l’Europe, où la solidarité l’emporte sur une discipline fiscale stricte. « J’ai la capacité et tenterai de la mettre en œuvre pour mobiliser toutes les idées […] en vue de promouvoir une croissance et une prospérité inclusives susceptibles de mettre fin à une période qui fut très difficile pour l’Europe », a-t-il déclaré.

Il n’aura pas beaucoup de temps pour s’habituer à son nouveau poste, puisque la Commission européenne présente ses propositions d’approfondissement de l’union économique et monétaire dès le 6 décembre. Et l’Eurogroupe se réunira pour un sommet le 15 décembre.

L’une des propositions de l’exécutif consistera à créer un poste de ministre de l’Économie et des Finances de l’UE, un rôle qui combinerait les pouvoirs du président de l’Eurogroupe et du vice-président de la Commission chargé de l’économie.

Économie et finance au menu de la Commission Juncker en 2018

Le programme de travail de la Commission pour 2018 fait une large place  au renforcement des marchés financiers et à l’approfondissement de l’union économique et monétaire. En 2019, la machine législative ralentira pour laisser la place aux élections européennes.

Le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici, grand défenseur de ce poste de « superministre » et lui-même candidat, a assuré être « très heureux » de l’élection de Mário Centeno, qu’il « soutient pleinement ». Bien qu’il espère voir la création du poste « dès que possible », il a reconnu que cela ne se produirait pas pendant son mandat de commissaire.

Depuis que Mário Centeno est devenu ministre des Finances sous le gouvernement socialiste d’António Costa, en novembre 2015, l’économie portugaise vit une reprise forte. Non seulement le pays a mené à bien son programme de sauvetage, mais il est également sorti de la procédure de déficit excessif lancée par l’UE, regagnant ainsi la confiance des investisseurs.

Lors de la même conférence de presse, le 4 décembre, Klaus Regling, directeur général du mécanisme européen de stabilité (MES), a déclaré que le Portugal était « l’une des grandes réussites » de la reprise économique, et que Mário Centeno avait « joué un rôle important à cet égard ».

Le ministre portugais deviendra également président du conseil des gouverneurs du MES, composé des ministres des Finances de la zone euro, qui l’ont complimenté pour sa nomination.

Le ministre espagnol des Affaires économiques Luis de Guindos a qualifié le ministre portugais de bon économiste, qui connaît bien les défis de la zone euro. Bien que membre d’une autre famille politique, Luis de Guindos a voté pour Mário Centeno en raison de la solidarité existant entre les voisins ibériques.

L’Espagnol, qui s’était présenté face à Jeroen Dijsselbloem en 2015 et est le ministre ayant le plus d’expérience parmi ses collègues de la zone euro, convoite quant à lui la vice-présidence de la BCE.

Il s’est déclaré « convaincu » que le poste irait à l’Espagne, parce que « nous le méritons » et que le pays est « sous-représenté » dans les postes hauts placés européens.