Pour sortir du marasme industriel, l’UE doit réduire les lourdeurs administratives , selon le ministre belge des Finances

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Le ministre belge des Finances, Vincent Van Peteghem. [Shutterstock/Alexandros Michailidis]

Le ministre belge des Finances, Vincent Van Peteghem, a déclaré qu’un « pacte industriel » serait l’une des priorités de la présidence belge du Conseil de l’UE, de même que « la réduction des lourdeurs administratives » et l’amélioration du climat général d’investissement afin de mettre un terme au déclin industriel de l’Union.

Les commentaires de M. Van Peteghem font suite aux remarques du Premier ministre belge Alexander De Croo au Parlement européen la semaine dernière, lorsqu’il a appelé à un « pacte industriel » (Industrial Deal) aux côtés du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) « pour maintenir la production industrielle ici en Europe ». Le Premier ministre a également souligné le besoin de « carottes » plutôt que de « bâtons » pour encourager l’investissement.

La Belgique assure la présidence tournante du Conseil pour six mois depuis début janvier. Les élections européennes se dérouleront durant sa présidence, ce qui donne au pays la possibilité de définir les priorités de l’Union pour les cinq années à venir.

Les remarques du ministre des Finances interviennent également dans un contexte de baisse de la production industrielle dans l’ensemble de l’Union européenne. La production industrielle a baissé de 5,8 % en novembre par rapport à l’année précédente, après un recul de 5,4 % pour le mois d’octobre.

Les syndicats s’inquiètent du déclin industriel de l’UE

Les principales organisations syndicales européennes ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l’ampleur du déclin industriel de l’UE, alors que les prix structurellement élevés de l’énergie continuent de détruire un pilier essentiel de l’économie de l’Union.

« Nous devrions bien sûr essayer d’éviter cette évolution [à la baisse] », a déclaré M. Van Peteghem lors d’un évènement organisé par Bloomberg mardi (23 janvier), en réponse à une question d’Euractiv.

Faisant écho à M. De Croo, M. Van Peteghem a ajouté que le Green Deal européen — l’initiative environnementale phare de l’UE approuvée en 2021 — a jusqu’à présent « mis l’accent sur le bâton et pas assez sur la carotte », et cela aurait « désavantagé » l’UE « par rapport à d’autres continents », a-t-il poursuivi.

Il a également fait remarquer que la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA), qui prévoit 369 milliards de dollars de subventions pour stimuler les investissements dans l’industrie écologique, était supérieure aux initiatives industrielles européennes actuelles en raison de la relative absence de règlementations qui y sont attachées.

« Si vous comparez les États-Unis et l’IRA à d’autres continents, vous avez l’impression qu’il n’y a pas de paperasserie et que tout va beaucoup plus vite et beaucoup plus facilement », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas quelque chose que nous pourrons régler du jour au lendemain [mais] c’est quelque chose sur lequel nous devrons nous concentrer dans les années à venir. »

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« Difficile de rivaliser »

Philipp Lausberg, analyste au Centre de politique européenne (European Policy Centre, EPC), a déclaré qu’il était « tout à fait d’accord » avec l’appel de la Belgique en faveur d’un « pacte industriel européen », soulignant que toute proposition visant à réindustrialiser l’économie de l’Union devait être mise en œuvre au niveau européen.

« Regardez la Chine et les États-Unis : la mobilisation massive de ressources qui y a lieu, les milliards qui sont dirigés vers les industries vertes, les nouvelles technologies innovantes et ainsi de suite », a-t-il déclaré. « Il est difficile de rivaliser avec ces pays si l’on ne fait pas quelque chose de similaire, et l’Europe devrait faire de même. Et si vous voulez le faire efficacement, vous devez le faire au niveau européen ».

M. Lausberg estime lui aussi qu’une surabondance de règlementations limite aujourd’hui le potentiel économique de l’UE et exacerbe le malaise qui touche l’industrie.

« C’est l’un des principaux problèmes dont les entreprises se plaignent, l’un des principaux problèmes qui limitent la compétitivité de l’Europe », a-t-il déclaré.

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Une proposition controversée

M. Van Peteghem a également appelé l’UE à renforcer son Union des marchés de capitaux et à améliorer la culture financières des citoyens ordinaires. Il a également souligné la nécessité de « mobiliser tout le potentiel du secteur privé » pour financer la transition écologique et numérique du bloc.

Le ministre belge des Finances a fermement défendu l’objectif de révision des règles fiscales de l’Union, dont les négociations finales ont débuté la semaine dernière.

« Revenir aux anciennes règles n’est pas une option », a-t-il affirmé. « Nous devons obtenir des résultats. Les gouvernements et les marchés financiers ont besoin de prédictibilité et de clarté, et il est également important pour notre propre crédibilité européenne de parvenir à un compromis et à une décision. »

Avec un tel point de vue, il est probable que le Conseil, dirigé par la Belgique, se heurte de plein fouet aux syndicats, qui estiment que les règles proposées rendraient encore plus difficile pour l’UE de protéger et de développer sa capacité industrielle.

Judith Kirton-Darling, secrétaire générale par intérim d’industriALL Europe, qui représente quelque sept millions de travailleurs européens, a déclaré à Euractiv la semaine dernière que les nouvelles règles de l’Union européenne « entrav[eraient] encore davantage le développement industriel, ce qui risque de compromettre la position concurrentielle de l’Europe sur le marché mondial ».

Elle a plutôt appelé l’Union à introduire des règlementations fiscales plus souples afin d’encourager les investissements industriels et la production.

M. Lausberg, du Centre de politique européenne, n’est toutefois pas d’accord avec l’évaluation de Mme Kirton-Darling. Il a affirmé que les nouvelles règles « laissent en fait plus de place à l’investissement » par rapport aux règlementations précédentes.

Il a également  mis en garde contre l’augmentation des subventions industrielles au niveau national, qui constituerait une « menace pour la cohérence du marché unique », ce que les règles fiscales pourraient contribuer à éviter, selon lui.

« Si vous voulez mener une politique industrielle correcte, vous devez investir beaucoup », a déclaré M. Lausberg. « Et si l’on fait cela au niveau national, certains États membres seront plus à même de rassembler des milliards d’euros que d’autres. »

« Si les États membres investissent indépendamment les uns des autres, les règles du jeu ne sont plus les mêmes », a-t-il ajouté, appelant à une approche coordonnée au niveau de l’UE.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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