Pré-rentrée délicate pour le gouvernement français

Meeting of Socialist and Social_democrat leaders in Paris. Photo French Presidency.

L'Elysée souhaite réorganiser une réunion des sociaux démocrates européens comme ici, en juin 2014 [Présidence de la République]

Face à la situation économique fragile, le gouvernement table sur le soutien des autres sociaux-démocrates européens pour infléchir la politique européenne de croissance.

La pause estivale est terminée pour le gouvernement français, qui se réunit mercredi 20 août pour un conseil des ministres en forme de pré-rentrée.

Après deux trimestres de stagnation, la France table sur une croissance du Produit intérieur brut de l’ordre de 0,5% en 2014, moitié moins que prévu, et estime que rien ne permet de prévoir pour 2015 une croissance très supérieure à 1%.

Un rythme insuffisant pour faire retomber le taux de chômage, qui augmente de mois en mois, jusqu’à toucher plus de cinq millions de Français, et dans le domaine de la construction les mises en chantiers sont en chute libre, au plus bas depuis 1998, contredisant tous les projets du gouvernement.

Selon l’agence américaine Moody’s, cette situation revêt la forme d’un test pour la zone euro.

>>Lire Le déficit français met la zone euro à l’épreuve

« Comment voulez-vous qu’une politique produise des résultats avant même qu’elle soit mise en oeuvre ? », demandait Michel Sapin lundi sur RTL. « Lorsqu’on est au gouvernement, on n’est pas là pour faire tout et son contraire le lendemain ».

Le ministre du Travail confirmait la ligne fixée la veille dans le Journal du dimanche par Manuel Valls, pour qui il est « hors de question » de changer de politique économique, la stagnation de la croissance obligeant le gouvernement à maintenir le cap des réformes qui « nécessitent du temps ».

Pour le Premier ministre, il n’y a pas d’alternative à la politique actuelle du pacte de responsabilité – des baisses du coût du travail pour doper la compétitivité des entreprises, qui entreront en vigueur début 2015.

Il est suivi en cela suivi par le président du Medef, qui a estimé lundi sur son blog que le pacte était « la bonne solution » et que le gouvernement allait « dans la bonne direction ».

Mais Pierre Gattaz a souligné qu’il faudrait aller plus loin, les 41 milliards d’euros de baisse de charges prévues ne faisant selon lui que compenser les hausses subies par les entreprises depuis 2011, au prix de leur compétitivité.

Il demande au gouvernement de faire sauter les verrous qui paralysent la croissance, comme les seuils sociaux et l’interdiction du travail du dimanche.

Relance de la croissance et de l’emploi

Manuel Valls a émis le souhait de relancer le débat sur les seuils sociaux de salariés au-delà desquels les entreprises se voient imposer des obligations sociales, une réforme rejetée par les syndicats et le PS, mais sur laquelle des négociations vont s’ouvrir à la rentrée sous l’égide du gouvernement.

La réforme des professions réglementées, par laquelle le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg entend rendre 6 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français, et des mesures d’encouragement à la construction de logements sont également prévues, quelques mois à peine après l’adoption de la loi Alur que le gouvernement détricote petit à petit.

Pour démontrer qu’il ne se soucie pas que des entreprises, le gouvernement pourrait faire un « geste fiscal » en faveur des classes moyennes afin de compenser la censure, par le Conseil constitutionnel, de la baisse des cotisations salariales dégressive pour les salariés rémunérés entre 1 et 1,3 SMIC.

Cette mesure, d’un coût total de 2,5 milliards euros, était un des éléments en faveur des ménages décidés en contrepartie des quelque 41 milliards de baisses de charges et d’impôts promises aux entreprises d’ici 2017.

Le ministre du Travail, François Rebsamen, réunira le 10 septembre les organisations patronales et syndicales des 50 principales branches pour faire le point sur les contreparties en embauches aux baisses de prélèvements accordées aux entreprises, qui tardent à se dessiner.

Manuel Valls installera quant à lui le comité de suivi patronat-syndicat du pacte de responsabilité.

Mi-septembre, François Hollande présidera une réunion sur l’apprentissage à l’Élysée. Des assises de l’investissement sont annoncées pour « fin septembre, début octobre ».

Le président expliquera ses choix lors de sa prochaine grande conférence de presse, la semaine du 15 septembre.

Paris recherche le soutien de ses partenaires européens

Paris veut convaincre ses partenaires européens de mener une politique stimulant la croissance et l’emploi, avec un premier rendez-vous au Conseil européen de Bruxelles le 30 août.

François Hollande aimerait réunir avant cette date les dirigeants sociaux-démocrates européens comme l’Italien Matteo Renzi, dont le pays assure la présidence tournante de l’Union. Il l’avait déjà fait fin juin, à Paris, lors d’une réunion axée sur l’orientation de la politique européenne

Manuel Valls prépare une tournée des capitales européennes à la rentrée, en commençant avec Angela Merkel en septembre, pour obtenir que la réduction des déficits puisse se faire en France à un rythme qui n’étouffe pas une activité encore balbutiante.

Il devra démontrer que la France a consenti les efforts nécessaires pour obtenir un nouveau délai, une requête qui pourrait être facilitée par la stagnation de l’économie de la zone euro, notamment en Allemagne, où le PIB a chuté de 0,2% au deuxième trimestre.

 

 

 

 

Le Parti socialiste européen a fait campagne contre l’austérité pour les élections européennes. Arrivé en tête, avec une courte majorité, le Parti populaire européen se voit contraint de construire une majorité avec les sociaux-démocrates. Ce qui  suppose, dans l’idée de la gauche européenne, d’assouplir la contrainte budgétaire du Pacte de stabilité en l’interprétant de façon plus souple. Les négociations en cours pour la formation d'une nouvelle Commission se voient compliquées par ces objectifs divergents.

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