M. Sarkozy se verrait à la présidence européenne jusqu’en 2010, dirigeant le gouvernement économique informel de la zone euro afin de mieux coordonner les réponses à la crise financière, a indiqué EURACTIV France.
Le plan, révélé mercredi 22 octobre par le quotidien français Le Monde, est fondé sur le raisonnement, selon lequel l’UE a besoin d’une présidence forte et un front beaucoup plus uni pour répondre de manière appropriée aux défis mondiaux, comme la crise financière actuelle.
« Un gouvernement économique clairement identifié »
Le 21 octobre, s’exprimant devant les eurodéputés, M. Sarkozy avait déjà souligné la nécessité d’un « gouvernement économique clairement identifié » dans l’Eurozone, appelant à des rencontres plus régulières au niveau des chefs d’Etat et du gouvernement comme la rencontre extraordinaire de l’Eurogroupe qui s’est tenue le dimanche 12 octobre à Paris et dont l’objectif était de remédier à la déroute boursière européenne. Quand des crises prennent de telles proportions, « la seule réunion des ministres des Finances n’est pas à la hauteur », a-t-il souligné.
M. Sarkozy se verrait présider ce groupe hypothétique jusqu’en 2010 afin de mettre en place une meilleure gestion que celle qui serait à l’œuvre au hasard des présidences semestrielles, en tombant tout d’abord entre les mains du gouvernement eurosceptique tchèque, qui est en difficulté, puis entre celles des Suédois, qui sont toujours en dehors de l’Eurozone. En 2010, l’Espagne pourrait reprendre le mandat de M. Sarkozy, en assumant à la fois la présidence de l’UE et celle de l’Eurozone.
Entre temps, M. Sarkozy espère imposer sa vision économique au reste de l’UE, y compris ses plans pour mettre en œuvre des fonds souverains européens qui empêcheraient l’acquisition des entreprises stratégiques par des pays exportateurs de pétrole comme la Russie, Dubai et le Qatar qui font miroiter d’agréables sommes aux entreprises fragilisées par la crise. Hier, le gouvernement français a annoncé que la France allait créer un « fonds stratégique d’investissement » de 175 milliards d’euros pour éviter que le capital des entreprises ne passe sous contrôle étranger.
Annuler la présidence tchèque?
Mais M. Sarkozy est encore loin de convaincre ses collègues européens. Le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra a immédiatement rejeté la proposition qui annulerait la présidence tchèque, en déclarant que « personne ne pouvait annuler la présidence tchèque ». Selon le Thomson Financial News, il a déclaré que toute spéculation sur le prolongement de la présidence actuelle est sans fondement et n’est pas acceptable.
M. Vondra a ajouté que les plans français diviseraient encore plus l’Union au lieu de la renforcer. « Si l’Eurogroupe se met d’accord pour être présidé par un Français et pour se rencontrer plus souvent, on ne peut probablement pas l’empêcher, mais ce ne serait pas une sage décision. Ce serait un pas de nature à diviser l’UE plutôt qu’à l’unifier », a-t-il affirmé.
L’Allemagne a également indiqué qu’elle était opposée à ces plans. « Le président naturel » d’une telle instance serait le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui dirige déjà l’Eurogroupe des ministres des Finance, a indiqué le porte-parole du gouvernement allemand, cité par le quotidien britannique The Independent.
Démenti
Hier 23 octobre, le ministre français des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet a indiqué que la question de l’éventuelle présidence de l’Eurozone n’est pas à l’ordre du jour. Il a cependant soutenu l’idée que les rencontres de l’Eurogroupe devraient avoir lieu au niveau des chefs de l’Etat et du gouvernement. Selon Reuters, il a ajouté que les Etat de l’UE devaient d’abord décider s’ils veulent renouveler les réunions de cette organisation politique avant de nommer un président.
M. Jouyet a en outre insisté sur le fait que la question de la présidence de M. Sarkozy ne se pose pas. Si Jean-Claude Juncker est nommé, ce sera Jean-Claude Juncker. Ce qui est important, c’est que l’impulsion, l’énergie et une attitude pro-active reste en place, a-t-il ajouté.
La question, selon lui, est de savoir si l’Europe veut reprendre son cours normal ou l’UE elle veut capitaliser sur l’impulsion donnée à l’Eurozone. Les dirigeants sont tous d’accord sur le fait que M. Sarkozy a géré la question de la crise financière de manière « exemplaire », a –t-il indiqué.

