Présidentielle : l’exécutif dans une tenaille politique face à la flambée des prix du carburant

Alors que, poussés par un prix du pétrole en hausse, les carburants volent de record en record, la clé de l'équation est ardue pour l'exécutif dont les marges de manoeuvre sont réduites. [Aleksey Sagitov/Shutterstock]

Faire un chèque aux Français et être taxé de clientélisme ou laisser filer et être accusé d’inaction ? Empêtré dans ce dilemme, l’exécutif cherche la parade face à la hausse des prix du carburant qui grignote le pouvoir d’achat à dix semaines de la présidentielle.

Aussi verticale que la courbe de l’épidémie en ce début d’année, celle du prix de l’énergie préoccupe le gouvernement qui fait turbiner depuis plusieurs jours ses « technos » pour trouver rapidement des amortisseurs.

« Cela nous inquiète pas mal. C’est un sujet qu’on suit de près », assure-t-on dans l’entourage du Premier ministre, alors que Bercy confirme qu’une solution émergera « peut-être dans la semaine ». Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire est d’ailleurs reçu par Jean Castex à Matignon mardi (25 janvier) en fin de journée, pour un entretien qui pourrait permettre d’en préciser les détails.

Alors que, poussés par un prix du pétrole en hausse, les carburants volent de record en record, la clé de l’équation est ardue pour l’exécutif dont les marges de manoeuvre sont réduites.

« Éthiquement, faire en février des mesures de pouvoir d’achat, je trouverais la manoeuvre un peu grosse. On me dira : ‘Ah c’est pour les élections, c’est scandaleux », souligne ainsi un poids lourd du gouvernement.

« Le calendrier ne nous est pas favorable », abonde un conseiller de l’exécutif. « Si on fait un geste puissant, on nous le reprochera et si on ne fait rien, on nous le reprochera », relève-t-il.

D’autant que depuis l’automne dernier, le gouvernement a déjà abondamment sorti le carnet de chèques face à l’inflation, en décidant de verser une indemnité de 100 euros à 38 millions de personnes (16,6 l’ont pour l’heure effectivement touchée), à laquelle s’ajoute un versement exceptionnel de 100 euros en décembre pour les six millions de ménages bénéficiaires du chèque énergie, le blocage des prix du gaz et la limitation à 4% de la hausse des prix de l’électricité.

« On ne peut pas dire que l’État n’a rien fait. On a quand même mis 15 milliards sur la table », martèle-t-on à Bercy.

L’exécutif renâcle donc à distribuer une nouvelle aide massive, y compris en abaissant à 5,5% le taux de TVA sur l’essence.

Le levier de l’indemnité kilométrique 

« Dix centimes d’euro de moins le litre, sur un plein de 50 litres, c’est cinq euros en moins » pour le consommateur, mais « 5 milliards » de pertes de recettes fiscales pour l’État, a ainsi relevé M. Le Maire.

Le gouvernement vise donc plutôt l’accompagnement des « personnes qui n’ont d’autre choix que de prendre leur véhicule pour travailler », selon M. Le Maire. De sources concordantes au sein de l’exécutif, cela pourrait passer par le relèvement du barème utilisé pour le calcul de l’indemnité kilométrique, qui concerne 2,5 millions de foyers imposés déclarant leurs frais réels.

Une mesure ciblée, qui ne rencontre pas la recommandation du commissaire européen Thierry Breton de verser directement, « vraisemblablement jusqu’à l’été », des « chèques spécifiques » aux « ménages défavorisés ».

Cela suffira-t-il à prévenir toute éruption sur un sujet qui était au coeur du mouvement des « gilets jaunes » en 2018 ? Cela pourrait-il menacer la campagne de réélection d’Emmanuel Macron, alors que la bosse d’inflation ne devrait pas être surmontée d’ici avril ?

Si l’instauration du « quoi qu’il en coûte » durant la crise de la Covid est plutôt porté au crédit d’Emmanuel Macron, « il y a eu des moments compliqués » durant le quinquennat, « par exemple sur l’augmentation de la CSG pour les retraités », ou « la baisse des APL », relève le directeur des études politiques de Kantar Emmanuel Rivière.

C’est-à-dire des « symboles qui ont pu donner le sentiment que l’on prenait dans la poche de certains Français », ajoute M. Rivière qui, il est vrai, ne se « rappelle pas avoir très souvent vu un exécutif crédité sur le pouvoir d’achat ».

De quoi amener un conseiller à constater, dépité : la suppression progressive de la taxe d’habitation, l’augmentation de la prime d’activité ou la baisse des cotisations sociales, ont été autant de mesures de ces cinq dernières années que « les gens ont déjà oubliées ».

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