Pour l’ambassadeur d’Italie auprès de l’UE, l’argent de la relance n’est pas un cadeau

Maurizio Massari, le chef de la délégation diplomatique italienne à Bruxelles. [European Union]

Selon Maurizio Massari, le fonds de relance de 750 milliards d’euros proposé par l’UE ne doit pas être considéré comme un cadeau aux États membres, mais comme un instrument destiné à financer notamment le verdissement et la numérisation de l’économie européenne.

Pour Maurizio Massari, chef de la délégation diplomatique italienne à Bruxelles, il est « essentiel de corriger le récit que l’on entend sans cesse sur les divers groupes d’États membres qui seraient opposés les uns aux autres » sur le fonds de relance de 750 milliards d’euros proposé par l’UE, a-t-il indiqué lors d’un entretien accordé à Euractiv.

À la veille d’un sommet européen crucial, qui modèlera la réponse de l’Union aux répercussions économiques de la pandémie, le diplomate a souligné que les nouveaux instruments financiers conçus par la Commission européenne permettraient de financer les biens publics européens, bien plus que de soutenir les budgets nationaux des États membres de l’UE.

« Dans ces nouveaux programmes européens, tout a été mis en place pour faire avancer le calendrier stratégique européen dans divers secteurs, dans l’intérêt de tout le monde » a souligné Maurizio Massari.

Il a ajouté que le gouvernement italien avait donné des garanties « au plus haut niveau » sur sa volonté d’utiliser l’argent pour mener des réformes structurelles et moderniser le pays.

« C’est le message que le gouvernement a tenté de transmettre au cours des derniers mois : l’Italie a l’intention de faire bon usage de ces ressources », a-t-il indiqué.

Maurizio Massari a également souligné que ces fonds seraient directement gérés par l’UE – contrairement aux fonds de cohésion – et seraient ensuite remboursés par chaque pays sur la base de leur revenu national brut (RNB).

Bruxelles propose un plan de relance historique de 750 milliards d'euros

La Commission européenne a proposé un plan de relance budgétaire sans précédent de 750 milliards d’euros, constitué essentiellement de subventions non remboursables, afin de permettre à l’Union de surmonter la récession la plus grave de son histoire.

« Parallèlement, nous sommes un contributeur net au budget à long terme de l’UE pour un montant de près de 3 milliards d’euros par an et nous continuerons à l’être », a-t-il déclaré, ajoutant que, contrairement à d’autres pays, l’Italie ne bénéficiait pas d’abattements.

La conditionnalité n’est pas un problème

Interrogé pour savoir si l’Italie approuve l’instauration de conditions liées à l’octroi des fonds de l’UE, Maurizio Massari a répondu que l’Italie avait déjà soutenu ce principe lors de négociations à huis clos.

« Nous n’avons pas de problème avec cela, nous respectons et nous nous conformons aux règles économiques de l’UE », a-t-il relevé.

Cela inclut des propositions visant à lier les plans de dépenses nationaux aux recommandations faites dans le cadre du Semestre européen de coordination des politiques économiques, qui comprend des réformes structurelles.

L’Italie a également accepté la conditionnalité liée aux objectifs climatiques, affirmant que le pays est un précurseur dans la réalisation de ses objectifs climatiques pour 2030.

Rome approuve également l’instauration d’une conditionnalité liée au respect de l’État de droit, une proposition qui crée des tensions avec la Hongrie et la Pologne. Elle estime même que l’UE pourrait aller plus loin sur ce point.

« La proposition sur la conditionnalité liée à l’État de droit pourrait être plus ambitieuse et s’attaquer aux véritables problèmes de fond en la matière » a précisé l’ambassadeur.

Ce qui manque au cadre des négociations

Les négociations sont encore à un stade « fluide », a souligné Maurizio Massari, mais la position des pays dits frugaux – les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark et la Suède – reste critique, aussi bien sur le volume du fonds de relance que sur la répartition entre subventions et prêts qui a été suggérée.

La question de la gouvernance du fonds constitue un élément central du dernier cadre de négociation proposé par le président du Conseil européen, Charles Michel.

Les Pays-Bas ont obtenu que le Conseil joue un rôle plus important, non seulement pour l’approbation des plans de dépenses nationaux qui seront soumis dans le cadre du fonds de relance, mais aussi pour le versement des paiements.

Selon Maurizio Massari, cela contreviendrait aux traités de l’UE qui stipulent que la Commission est la seule institution chargée de mettre en œuvre le budget de l’Union.

« Surtout, cela entraînerait un ralentissement de l’ensemble du processus, faisant du fonds un instrument difficile à exploiter », a souligné l’ambassadeur. En outre, le fait de raccourcir d’un an le délai entre la prise des engagements et les paiements effectifs ne convainc pas totalement l’Italie.

À Berlin, Conte rappelle que le temps presse pour l’adoption des mesures d’aide de l’UE

Cinq jours avant un sommet européen consacré au budget européen et au fonds de relance, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a rencontré Angela Merkel à Berlin. Tous deux plaident pour qu’un accord soit conclu à la fin de la semaine. Un article d’Euractiv Allemagne.

Maurizio Massari estime par ailleurs que l’Europe peut « faire mieux » concernant les propositions visant à doter le budget de l’UE de nouvelles sources de revenus indépendantes des contributions nationales.

« Nous devons également adopter une approche plus ambitieuse en ce qui concerne les nouvelles ressources propres [de l’UE] », a-t-il déclaré. « Nous pensons que nous pouvons faire mieux, notamment parce que moins nous disposerons de ressources pour rembourser cette dette, moins il y aura de ressources en général. »

Les lignes rouges de l’Italie

L’ambassadeur a également défini trois lignes rouges pour l’Italie lors des discussions sur le budget de l’UE.

Tout d’abord, il est essentiel de « maintenir pleinement l’ambition » du fonds de 750 milliards d’euros – y compris le volume total des prêts et des subventions proposé par la Commission – qui figure toujours dans la proposition actualisée présentée la semaine dernière par Charles Michel.

Selon les Italiens, un montant inférieur affaiblirait la réponse de l’UE à la pandémie et fragiliserait la situation de nombreuses grandes économies de la zone euro, telles que l’Italie, l’Espagne et la France.

« Outre nos citoyens, le monde entier et les marchés attendent de voir quelle sera la force de frappe de la réponse européenne et il est clair qu’en cas de compromis à la baisse, l’UE en sortirait perdante », a averti l’ambassadeur.

Ensuite, l’Italie insiste sur la nécessité de trouver un juste équilibre entre la rapidité et les mécanismes de redevabilité pour l’allocation des ressources.

« La rapidité est absolument cruciale, car même avec la proposition actuelle, les premières ressources ne seront allouées qu’à la fin du printemps prochain », a-t-il souligné.

Enfin, l’Italie souhaite conclure un accord le plus rapidement possible, afin de donner au Parlement européen le temps de voter tous les règlements d’application qui devront être adoptés dans le cadre du processus décisionnel de l’UE.

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