Les inégalités progressent en Allemagne

À Gelsenkirchen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie,le revenu des ménages est moitié moins élevée qu'à Starnberg, près de Munich.

Le chômage chute, les exportations augmentent et le taux de croissance est relativement stable. Sur le papier, l’économie allemande se porte bien. Mais les Allemands laissés sur le carreau sont de plus en plus nombreux. Un article d’Euractiv Allemagne.

En Allemagne, l’écart entre les régions riches et pauvres ne cesse de se creuser, conclut la nouvelle étude de la Friedrich-Ebert-Stiftung intitulée « Ungleiches Deutschland » (« Allemagne inégale »). Elle met en garde contre les dynamiques d’exclusion et de répression. Car si certaines villes et communes sont en plein essor, d’autres risquent d’être laissés pour compte à long terme.

Cela vaut surtout pour l’Allemagne de l’Est, mais aussi pour les régions métropolitaines de l’Ouest, qui ont été confrontées à des problèmes majeurs en raison des changements structurels dans l’industrie.

À Gelsenkirchen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, par exemple, le revenu des ménages privés s’élève à 16 203 euros par habitant, soit la moitié de celui de la commune la plus riche du pays : Starnberg, près de Munich.

Le taux de chômage à Gelsenkirchen est de 10,7 %, nettement supérieur à la moyenne allemande. La ville est également affectée par l’endettement, la faible croissance et l’émigration. Un cercle vicieux qui s’accélère parce que l’équilibre entre le gouvernement fédéral et les Länder ne fonctionne plus, selon le rapport de la Friedrich-Ebert Stiftung.

Toutes les régions n’ont pas les réponses adéquates aux défis de la mondialisation, de la numérisation et du changement démographique, et l’écart se creuse. Selon l’étude, les conséquences directes de ces changements sociétaux sont la perte de confiance de la population dans la politique et le renforcement du populisme de droite. « Les gens se détournent des partis politiques établis et doutent de plus en plus de l’efficacité des processus démocratiques », estiment les auteurs de l’étude.

L'automatisation pourrait creuser les inégalités territoriales

D’après l’OCDE, l’automatisation du travail pourrait frapper des régions entières et accroître les inégalités si aucun effort n’est fait pour renforcer les compétences de la main d’œuvre, explique notre partenaire, La Tribune.

Risque accru de pauvreté, même dans les villes riches

Leur analyse indique cependant que le risque croissant de pauvreté touche même les villes économiquement prospères. Ainsi, le chômage à Althouh a connu une baisse constante depuis 2005 – de 3,4 % il y a dix ans à 2,3 % aujourd’hui. Pourtant, ça n’empêche pas l’écart entre riches et pauvres de se creuser. En effet, le coût de la vie et les loyers ont fortement augmenté. L’emploi devient également précaire avec les nouvelles formes d’emploi et des salaires bas.

Afin d’éviter que la situation ne s’aggrave, le gouvernement allemand a créé à l’été 2018 une commission « Conditions de vie égales ». En juillet 2019, cette commission doit présenter un rapport contenant des propositions concrètes pour combattre les inégalités.

Les auteurs de l’étude de la Friedrich-Ebert Stiftung espèrent qu’une des propositions de la commission comporte une restructuration des aides publiques à l’investissement. Ces propositions doivent tenir compte des besoins spécifiques et des différences des régions, et renforcer les pouvoirs administratifs communaux.

Pour rompre le cercle vicieux de la faiblesse de l’économie, du chômage et de l’émigration, la Friedrich-Ebert Stiftung propose de créer un fonds commun d’allègement de la dette applicable à la fois au pays et aux Länder et qui permettrait de réunir les dettes des communes les plus touchées. Pour que cette mesure permette une amélioration à long terme, elle devra être associée à des conditions précises, indiquent les auteurs de l’étude.

Ils recommandent également des exemptions de cotisations sociales. « Des mesures supplémentaires de soutien aux parents isolés, de lutte contre la pauvreté des enfants et de lutte contre le décrochage scolaire devraient également exister », précise l’un d’entre eux, Phillip Fink.

Le document divise l’Allemagne en cinq catégories différentes. La plus importante est le «  centre solide de l’Allemagne », avec près de 33 millions d’habitants et 187 communes. Les bons chiffres qui donnent une moyenne positive proviennent de cette catégorie.

Les deux catégories les plus riches bénéficient d’investissements orientés vers l’avenir et d’un avantage concurrentiel distinct. Pourtant, les ménages à faible revenu qui y vivent sont encore plus désavantagés et même les ménages à revenu moyen sont menacés par la hausse du coût de la vie. Cela s’applique au sud de l’Allemagne, à certaines villes de l’ouest et du nord, ainsi qu’à Berlin.

Les régions qui n’ont pas bénéficié des changements structurels et les zones rurales en crise structurelle sont au bas de l’échelle de la répartition des richesses. Elles comptabilisent 13,6 millions d’habitants, soit 16 % de la population, à qui le marché du travail n’a pas ouvert aucune perspective.

L'enjeu du revenu de base intéresse aussi l'Allemagne

Un projet allemand de crowdfunding pour un revenu de base a déjà permis de récolter de quoi verser 1 000 euros par mois à 300 participants pendant un an. 13 départements français veulent tenter l’expérience. Un article d’Euractiv Allemagne.

 

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